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L’intervention des peuples

Par Jean Zin
dimanche 7 mars 2010 par anik

La situation semble complètement absurde où les gouvernements se retournent contre leur peuple et, comme un quelconque FMI jouant les croquemitaines, veulent imposer des politiques ne pouvant qu’aggraver la crise. C’est là qu’on se rend compte que les gouvernements qu’ils soient de droite ou de gauche ne sont que les fondés de pouvoir des marchés financiers, avec une marge de manoeuvre très limitée, démonstration à quel point les élections sont des pièges à con, ne visant qu’à nous faire accepter le système, nous en faire les complices !

On a surtout la démonstration de la nécessité de l’intervention des peuples pour mettre une limite à des logiques devenues folles et dénoncer les dettes accumulées sur notre dos. L’histoire ne se fait pas toute seule même si on ne fait pas ce qu’on veut et qu’on en est à peine les acteurs. Tout phénomène laissé à lui-même va à sa perte selon les lois de l’entropie universelle. Sans notre intervention les bornes seront vite dépassées, de même qu’il faut souvent faire grève pour empêcher les petits chefs de péter les plombs et les cadences de devenir infernales. Notre dignité est de mettre des limites, d’exiger le respect de notre humanité, ne pas être réduit à un chiffre ni un moyen pour des fins qui nous sont étrangères. Les caves se rebiffent quand on pousse le bouchon un peu trop loin ! Ce n’est pas une question de sensibilité ou de caractère mais une nécessité logique.

Il faut la catastrophe, il faut que l’impasse soit évidente aux yeux de tous pour que les choses changent, on l’a bien vu, mais il n’y a que l’intervention des peuples qui peut abolir les dettes, rompre les contrats, refuser l’héritage de nos pères, redistribuer la propriété, arrêter la course en avant. Bien sûr, ce n’est pas si simple, il faut avoir un plan de rechange mais ce sont les événements qui nous forcent la main plus que des convictions personnelles qui peuvent vite changer.

Dans l’état actuel les gouvernements se trouvent dans une nasse, à la merci des banques qu’ils ont sauvées. En effet, les sommes injectées mettent à l’épreuve les capacités de remboursement des différentes économies, livrées ainsi aux spéculateurs. Paradoxalement, les gouvernements n’ont guère le choix en l’absence d’accord international que de se soumettre aux pressions des marchés financiers alors même qu’elles les mènent à des politiques contraires à leurs intérêts, et même à l’intérêt général !

On n’est pas encore sorti de la crise qu’on nous en présente déjà l’addition, signifiant en tout cas qu’on n’a plus les moyens de faire face à une nouvelle crise. Privé de la possibilité de dévaluer, c’est-à-dire créer une inflation interne, il ne reste plus que la déflation, c’est-à-dire augmenter les impôts et réduire les salaires et les dépenses de l’Etat pour absorber la dette, avec la conséquence d’une réduction de l’activité aggravant encore la situation et les recettes de l’Etat. L’Etat fiscal est complètement dépendant de l’économie sur laquelle il prélève ses impôts, raison pour laquelle il est aux ordres de la finance, mais la déflation achève de le ruiner menaçant du même coup les autres économies soumises tout à tour au même régime. Il faut donc que la déflation apparaisse comme insupportable pour que l’inflation s’impose enfin, inaugurant un nouveau cycle de Kondratieff.

On n’a pas à s’inquiéter de la dette si l’inflation est assez importante pour les faire fondre rapidement, pas de meilleure solution pour "euthanasier les rentiers" comme le préconisait Keynes. C’est l’autre face des "destructions créatrices" de Schumpeter : destruction d’entreprises dépassées d’un côté et destruction de dettes de l’autre. Il faut bien dire qu’il s’agit aussi pour les jeunes générations de dépouiller les retraités d’une partie de leurs droits mais on n’a pas vraiment le choix, pas d’autre façon de se débarrasser d’un fardeau qui nous encombrerait trop longtemps et de rééquilibrer des inégalités devenus déraisonnables. La Chine y serait perdante à court terme mais sans doute gagnante à long terme puisque l’inflation est favorable aux nouveaux entrants et aux actifs. En tout cas, il sera bien difficile de s’opposer aux peuples s’ils se mobilisent en masse et qu’il n’y a pas d’autre solution.

On n’a pas le choix car si on se laisse faire on sera tondu. On n’évitera pas quelques révolutions qui remettent les pendules à l’heure. Bien sûr, il ne faut pas rêver et sous-estimer la tentation du pire, ne pas croire que tout va bien se passer et dans le bon sens, comme s’il n’y avait pas de tendances autoritaires et xénophobes, mais on ressent bien dans la conjoncture actuelle la nécessité effective de la pratique juive de grands jubilés tous les 50 ans, où toutes les dettes étaient remises. Simplement, il ne faut pas compter sur une intervention divine mais seulement sur l’intervention des peuples, intervention du sujet en acte. Utopie concrète qui n’a rien à voir avec une cité idéale mais qui a plus de chance de se réaliser, signifiant qu’on peut repartir à zéro et qu’une nouvelle vie commence, avec toutes ses difficultés certes mais sans le poids écrasant d’un passé interminable...

Le jour des Expiations vous sonnerez de la trompe dans tout le pays. Vous déclarerez sainte cette cinquantième année et proclamerez l’affranchissement de tous les habitants du pays. Ce sera pour vous un jubilé : chacun de vous rentrera dans son patrimoine. Lévitique (25:8–11)


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