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Les mandarines et les olives ne tombent pas du ciel

De l’Assemblée des travailleurs africains de Rosarno à Rome sur l’Ire des Chênaies n° 333
mardi 23 février 2010 par anik

En ce jour, 31 janvier 2010, nous sommes réunis pour constituer l’Assemblée des Travailleurs Africains de Rosarno à Rome.
Nous sommes les travailleurs qui ont tété obligés de quitter Rosarno, après avoir revendiqué leurs droits. Nous travaillions dans des conditions inhumaines. On vivait dans des usines abandonnées sans eau ni électricité.

Notre travail était mal payé. On quittait les lieux où on dormait chaque matin à 6 heures pour ne rentrer que le soir à 20 heures pour 25 €uros qui ne finissaient pas tous dans nos poches. Des fois on ne réussissait même pas après une journée de dur labeur à nous faire payer. On rentrait les mains vides, le coprs plié par la fatigue.
Nous étions depuis plusieurs années, objets de discriminations, d’exploitations et de harcèlements de tous genres.
Nous étions exploités le jour et chassés la nuit par les enfants de nos exploiteurs.
Nous étions bastonnés, harcelés, braqués comme des bêtes... enlevés, un de nous est à jamais disparu.
On nous a tiré dessus, par jeu ou pour l’intérêt de quelqu’un - nous avons continué à travailler -.
Avec le temps nous étions devenus des cibles faciles. On n’en pouvait plus.

Ceux qui n’étaient pas blessés par des coups de feu étaient blessés dans leur dignité humaine, dans leur orgueil d’être humain.
On n’en pouvait plus d’attendre une aide qui ne serait jamais arrivée parce que nous sommes invisibles, on n’existe pas pour les autorités de ce pays.
Nous nous sommes fait voir, nous sommes descendus dans la rue pour crier notre existence.
Les gens ne voulaient pas nous voir. Comment quelqu’un qui n’existe pas peut manifester ?

Les autorités et les forces de l’ordre sont arrivées et ils nous ont déportés de la ville parce que nous n’étions plus en sécurité. Les gens de Rosarno se sont mis à nous chasser, à nous lyncher, cette fois-ci organisés en vraies et propres équipes de chasse à l’homme.
Nous avons été enfermés dans des centres de détention pour immigrés.
Beaucoup y sont encore, d’autres sont retournés en Afrique, d’autres sont éparpillés dans certaines villes du Sud.
Nous, nous sommes à Rome. Aujourd’hui nous sommes sans travail, sans un lieu où dormir, sans nos bagages, nos salaires encore impayés entre les mains de nos exploiteurs.
Nous disons que nous sommes des acteurs de la vie économique de ce pays dont les autorités ne veulent ni nous voir, ni nous entendre. Les mandarines, les olives et les oranges ne tombent pas du ciel. Ce sont des mains qui les cueillent.

Nous avions réussi à trouver un travail qu’on a perdu parce que tout simplement on a demandé d’être traité comme des êtres humains. Nous ne sommes pas venu en Italie pour faire les touristes. Notre travail et notre sueur servent à l’Italie comme ils servent à nos familles qui ont placé beaucoup d’espoir en nous.

On demande aux autorités de ce pays de nous voir et d’entendre nos requêtes :
Nous demandons que le permis de séjour pour motif humanitaire concédé aux onze africains blessés à Rosarno le soit aussi à nous tous, victimes d’exploitations et de notre condition irrégulière quui nous a laissé sans travail, abandonnés et oubliés dans la rue.

Nous voulons que le gouvernement de ce pays prenne ses responsabilités et nous garantisse la possibilité de travailler dignement.

L’Assemblée des travailleurs africains de Rosarno à Rome

Texte paru sur l’Ire des Chênaies N° 333 de Radio Zinzine.
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