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Conférence de Londres : Les Afghans, entre l’enclume de l’OTAN et le marteau taliban…

vendredi 12 février 2010 par Karim Lakjaa

La fin de l’année 2009 marque l’achèvement de 7 années de guerre en
Afghanistan. En 2001, plusieurs centaines d’hommes des forces spéciales
américaines avaient suffi à envahir l’Afghanistan, à mener la
conquête du pays en quelques semaines et à susciter la chute du régime
rétrograde taliban. 7 ans plus tard, alors qu’une conférence
internationale sur l’Afghanistan s’est tenue à Londres le 28 janvier
2010, l’heure n’est plus au triomphalisme.

En effet, les Talibans ont désignés dans 33 des 34 provinces afghanes un
gouvernement local parallèle. Un gouvernement central taliban est
également prêt à reprendre les rênes du pays dans l’hypothèse de la
défaillance de l’administration Karzai. Les institutions talibanes
disposent d’un budget annuel de près de 200 millions de dollars dont une
partie est injectée dans l’économie locale afin de démontrer la
vacuité et la corruption du gouvernement Karzai. Le géopolitologue
Gérard Challiand* observe que « si les Talibans progressent c’est parce
qu’ils rendent la justice même s’il s’agit d’une justice frustre
 », se faisant ainsi les détenteurs et les exécuteurs d’une
prérogative étatique. Anthony Cordesman, du Center For Strategic and
International Studies (CSIS), estime, quant à lui, que le Gouvernement
afghan et l’OTAN ont perdu le contrôle de 30% à 80% du territoire. Les
Talibans capturés par les troupes de l’OTAN et « débriefés » dans
les prisons secrètes comme le centre de détention Parwan de l’aéroport
de Bagram, sont certains de leur succès prochain. « Nous sommes sur la
voie de la victoire, et nous reprendrons bientôt le pouvoir » disent-ils
à celles et ceux qui les torturent.

Dans un rapport au Conseil de sécurité (S/2009/674) en date du 28
décembre 2009, la Mission d’Assistance des Nations Unies à
l’Afghanistan (MANUA) souligne, pour sa part, l’élargissement du
fossé entre la population et le Gouvernement afghan. Le divorce est
d’autant plus important que la population subit tant la violence des
insurgés que celle de l’OTAN. L’exemple de la bavure de Kunduz en
témoigne. Sur demande des troupes allemandes, 142 civils ont trouvé la
mort dans un bombardement exécuté par l’aviation américaine, le 4
septembre 2009. Ces civils, à la suite de l’attaque d’un convoi par
des insurgés, ne faisaient que récupérer l’essence des camions, afin
de la revendre pour survivre. Le Chef d’Etat Major des Armées
françaises (CEMA), le Général Jean-Louis Georgelin* peut donc affirmer
que « les bombardements au sol, mal maitrisés ruinent nos efforts et
sapent la volonté de nos nations, chez nous ». Ces bombardements
engendrent donc un double effet en Afghanistan mais aussi dans les Etats de
la coalition. La députée UMP du Nord, Françoise Hostalier* qui s’est
rendue à plusieurs reprises en Afghanistan, note elle aussi que « 
certains de nos partenaires ne se conduisent pas très bien en Afghanistan
 ». Elle perçoit également « une spirale sécuritaire conduisant à des
dépenses plus importantes pour se sécuriser que pour les afghans ». De
fait, sur les 325 milliards de dollars qu’a coûtés la guerre en
Afghanistan, à peine 10% ont été utilisés pour la reconstruction.

Le nombre d’afghans rentrant d’eux-mêmes au pays (sans faire
l’objet d’une expulsion) se ressent de cette situation. Il n’aura
été que 54 272 personnes en 2009. Au point que l’ONU écrit, qu’en
2009, le rapatriement d’Afghans réfugiés dans des Etats voisins a été
considérablement inférieur à l’année 2008. Au Pakistan, demeurent
encore 1.5 million de réfugiés afghans. Ils y sont peu à peu rattrapés
par la guerre à travers les bombardements clandestins américains du Joint
Special Operations Command et de ses drones d’attaque.

Justement sur le plan militaire, la lecture du rapport précité
S/2009/674, laisse apparaître que les incidents recensés au cours du
dernier trimestre 2009 ont été au nombre de 1244, soit 65% de plus
qu’au cours de la même période de 2008. D’août à octobre 2009, 784
civils ont perdu la vie, soit un accroissement de 12% par rapport à la
période équivalente de 2008. En 2009, 2412 décès de civils dus au
conflit ont été dénombrés par la MANUA, soit une augmentation de 14%
par rapport à 2008.

Le Commandement central de l’armée américaine (UNCENTCOM) tente de
remettre en cause la réalité de cette perte de contrôle en signalant que
70% des attaques talibanes ont lieu sur 10% du territoire. Certes, il y a
bel et bien une concentration des activités de l’insurrection sur une
partie du territoire. Cependant, l’ensemble de l’Afghanistan est
touché et notamment la capitale Kaboul où tout fait y revêt une force
symboliquement significative : que ce soit la tentative d’attentat contre
Hamid Karzai, le 27 avril 2008 ; les attentats, du 11 février 2009 contre
deux ministères et la prison de Kaboul ; l’attaque contre le contingent
italien du 17 septembre 2009 ayant entraîné la mort de 6 soldats italiens
 ; ou encore l’action du 18 janvier 2010 quelques jours avant la
conférence de Londres, opérée au moment même où certains nouveaux
ministres (proches de l’insurrection) prêtaient serment. Toute aussi
symboliquement significative, est l’attaque contre la base Chapman de la
CIA, proche de Khost, le 30 décembre 2009, qui s’est traduite par la
mort de 5 membres de la CIA, de 2 mercenaires de Xe (Blackwatter) et d’1
membre des services de renseignement jordaniens. Porter le feu au cœur
même d’une base de la CIA atteste de certaines capacités.

L’évolution du nombre d’Improvised Explosive Device (IED ou engins
explosifs improvisés) en dit long sur l’apptitude des adversaires de
l’OTAN. En 2009, 7 228 IED ont été comptabilisés, contre 2718 en 2007
et 81 en 2003. En 6 ans, ils ont donc été multipliés par 89 ! La
progression quantitative se double d’un processus qualititatif
équivalent. Les IED de moins de moins de 12 kilos représentaient 60% du
nombre total d’IED en mai 2008, contre moins de 20% en décembre 2009. Le
CSIS regrette ainsi que les IED de moins de 12 kilos aient « 
dramatiquement décru ». Cette évolution de la masse des IED traduit
diverses choses. Déposer un IED de 10 kilos est relativement aisé et
discret. En revanche, installer un IED de 500 kilos est une autre chose,
bien plus sophistiquée et dangeureuse. La facilité à déployer de tels
IED serait donc la conséquence d’une marge de manoeuvre et d’une
organisation des insurgés sur le terrain plus importantes qu’auparavant.
Au demeurant, en augmentant considérablement la charge, les insurgés
provoquent des dégâts plus sévères. Un IED contenant 150 kilos
d’explosif peut projeter un véhicule tactique léger comme le Lince (4,6
tonnes) à plus de 25 mètres de distance. Cette technique est peu chère
d’autant que l’Afghanistan, après plusieurs décennies de conflits,
regorge de munitions de tous types. Elle permet de détruire ou
d’endommager pour un coût ridicule des matériels de la coalition forts
onéreux. Le général Elrick Irastorza, Chef d’Etat-Major de l’Armée
de Terre (CEMAT) française remarque qu’un dispositif à 200 € est à
même de détruire un matériel coutant jusqu’à 8 millions d’€. IED,
usage intensif et conditions climatiques conduisent à une faible
disponibilité des matériels et à leur renouvellement plus fréquent.
Ainsi, 50% des véhicules britanniques déployés en Afghanistan ne sont
pas opérationnels ! En ce début d’année 2010, les Etats-Unis viennent
d’acheter près de 1000 camions surblindés à la société Oshkosh pour
364 millions de dollars. Ils ont également commandé 2000 M-ATV blindés
et dotés de brouilleurs d’IED pour la somme de 1,05 milliard de dollars.
La France n’est pas en reste avec l’achat de 53 chenillettes blindées
Bvs10 très prisées des troupes présentes en Afghanistan.

Il n’y pas que les matériels qui subissent les IED. 70% des pertes de
la coalition sont leur fait. En 2009, 506 soldats de l’OTAN et alliés
ont été tués contre 295 en 2008, soit une augmentation de 71%. 310 des
tués étaient américains en 2009 contre 155 en 2008, soit une
augmentation de 100%. Les pertes américaines croissent plus vite que
celles des alliés des Etats-Unis : Albanie, Allemagne, Arménie,
Australie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Bosnie, Bulgarie, Canada,
Croatie, Danemark, Emirats Arabes Unies, Espagne, Estonie, Finlande,
France, Géorgie, Grande-Bretagne, Grèce, Hongrie, Islande, Italie,
Jordanie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Norvège, Nouvelle-Zélande,
Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Singapour, Slovaquie, Slovénie,
Suède, Tchéquie, Turquie, Ukraine, Yougoslavie. Sur les 188 000
militaires et policiers afghans, un millier a péri en 2009, contre 695 en
2008 et 757 en 2007.

Après 7 années de guerre, des comparaisons peuvent être établies avec
l’intervention soviétique. L’Union soviétique avait envoyé 120 000
hommes, la coalition 71 030 soldats. Moscou eût 9367 tués, la coalition
1441 (dont 868 américains et 219 britanniques). L’armée rouge put
s’appuyer sur l’Afghan National Army et ses 240 000 militaires. L’ANA
de 2010 ne dispose que de 98 000 recrues. L’Union soviétique avait
engagé 650 hélicoptères, la coalition seulement 216 (dont 13 ont été
perdus officiellement depuis 2001). Une autre donnée ne doit pas être
négligée : l’Afghanistan est passé entre temps de 15 millions à 30
millions d’habitants.

Même dans le domaine aérien, la suprématie otaniene est remise en
cause. Pourtant, la couverture aérienne est assurée par près de 350 vols
quotidiens, consommant 20 000 tonnes de carburant. Au demeurant, les
Talibans de 2010 n’emploient pas contrairement aux moudjahidines des
années 80 des missiles anti-aériens qui ont fait si mal à l’aviation
soviétique. Malgré cette supériorité aérienne totale, des
hélicoptères non identifiés ont réussi à héliporter des groupes
d’hommes armés dans les provinces de Balhk, Baghlan, Kunduz et Samagan,
dans le Nord. Pour ce faire, il faut disposer de capacités financières et
logistiques sérieuses. Dans un autre registre, les insurgés ont réussi
à pirater les images prises par les drones américains. Par le biais de
cette méthode, ils ont retourné les chiens de garde robotisés US contre
leurs maîtres. En effet, les drones leurs fournissaient une cartographie
précise de la présence des troupes de l’OTAN. Il est vrai que ce
détournement de la prééminence technologique de la coalition a été
permis par les conditions spécifiques à l’Afghanistan. Comme le
souligne le Général Douglas Raaberg*, commandant de la composante
aérienne américaine en Afghanistan : «  L’absence de réseau de
communication et internet a contraint l’armée américaine à des
communications par satellites
 », moins sécurisées. Le Colonel français
Cyril Carcy*, ancien chef du détachement SIDM Harfang (drone) à Bagram
constate lui aussi que « le caractère limité de la bande passante (en
Afghanistan) a contraint à l’usage de vieux satellites
 ».

Nous sommes donc très loin de l’image d’Epinal d’une guérilla
afghane faîte de vieux paysans aux visages burinés, incultes, ne
connaissant que leur montagne et ne disposant que de AK47 et de RPG. La
guerre d’Afghanistan est aussi celle d’une techno-guérilla
asymétrique, prenant chaque jour qui passe davantage de poids. En 2004, il
ne restait plus que 400 Talibans selon l’OTAN. Aujourd’hui cette
organisation militaire les évalue à 30 000. Mais qui sont ces 30 000
hommes ? Pour Jean-Louis Georgelin* (CEMA), « il n’y a pas d’armée
talibane, même s’il y a une vraie guerre de contre insurrection
 ».
Alain Boinet*, fondateur de l’ONG « Solidarités » (très discrète)
présente en Afghanistan depuis 30 ans, observe que « même s’il y a
encore des terroristes d’Al Qaida, on se bat contre des insurgés
nationalistes
 ». La députée Françoise Hostalier* appréhende les
mécanismes qui fournissent une réserve humaine permanente aux Talibans :
« 45% des afghans ont moins de 15 ans et les seuls qui tiennent un
discours valorisant auprès des jeunes afghans ce sont les Talibans ».
Comme d’autres, le ministre de la défense britannique, Bill Rammell,
démonte le fumeux déterminisme belliqueux d’essence religieuse qui
conduirait tout Afghan ou tout Musulman à être un terroriste potentiel.
Pour Rammell, «  20% des insurgés sont de véritables Talibans et 80% le
sont pour survivre
 ». Analyse logique quand il apparaît que les Talibans
louent les services de paysans 50 dollars par jour, alors que le salaire
journalier d’un fonctionnaire n’est que deux dollars. Le Ministre des
affaires étrangères indien Krishna n’a pas goûté le distinguo
puisqu’il a déclaré : «  il ne devrait y avoir aucune distinction entre
bon taliban et un mauvais taliban
 ».

A la vue de cette rapide analyse situationnelle de l’Afghanistan en ce
début 2010, il est possible comme Arnaud de Borchgave dans le Washington
Times du 2 février 2010 de déclarer : « la question aujourd’hui
n’est plus comment gagner la guerre, mais comment y mettre fin ».

Ce fût d’ailleurs l’objet principal de la conférence de Londres du
28 janvier 2010, succédant à celles de Bonne (2001), Tokyo (2002), Paris
(2008), La Hague (2009) et intervenant avant celle de Kaboul fin 2010
(s’il est possible qu’elle ait lieu d’ici là dans la capitale
afghane).

De la conférence de Londres devait émerger un Afghanistan sécurisé,
prospère, et démocratique, caractérisé par une bonne gouvernance (sans
corruption) et l’effectivité des services étatiques à la population.

Pour y parvenir, les 77 Etats participants ont défini une approche
globale civile et militaire reposant sur trois points :

- Développer les institutions étatiques et économiques afghanes

- Acheter financièrement et politiquement des fractions de
l’insurrection pour l’affaiblir

- Créer des espaces sous contrôle militaire et politique de la
coalition, tout en maintenant une pression coercitive afin de négocier un
accord politique

Depuis 2001, la guerre en Afghanistan a coûté près de 325 milliards de
dollars. Seuls 32 milliards ont été affectés à la reconstruction et à
la population, soit un peu plus de 100 dollars par an et par Afghan. Ce
n’est pas avec une telle somme que l’on peut reconstruire un Etat et
mettre en place des services publics de base. L’Etat afghan est exsangue
financièrement au point qu’il réussit à peine à financer 15% de son
budget. Comme l’affirme Gérard Challiand*, « les conditions générales
d’une reconstruction promise n’ont jamais été réalisées ». Il
ajoute que réussir en Afghanistan passe par « un changement des
conditions de vie de 18 millions de ruraux ». Alain Boinet*, fin
connaisseur de l’Afghanistan note que l’espérance de vie y est de 43
ans ; que le taux de mortalité infantile atteint 25% ; que 60 000 femmes y
meurent chaque année, en accouchant ; que 78% de la population n’a pas
accès à l’eau potable. Lors de la conférence de Londres, 20 milliards
de dollars ont été promis pour la reconstruction, soit 666 dollars par
Afghan... L’Afghanistan risque de rester dans le haut du classement des
Etats où les conditions de vie de la population sont les plus mauvaises.
Mais pour certains Afghans, les choses s’amélioreront.

En effet, la conférence de Londres a adopté le principe d’acheter
financièrement et politiquement des fractions de l’insurrection
(qu’elles soient talibanes ou non). Avant même la conférence de
Londres, des négociations ont eu lieu en plein mois du Ramadan, du 24 au
27 septembre 2009, à la Mecque entre le Gouvernement Karzai et des
représentants de l’insurrection. Mi janvier 2010, le gouvernement Karzai
a intégré un des séides de Gulbuddin Hekmatyar, chef du Parti islamique.
Abdul Hadi Arghandiwal a donc été nommé ministre de l’Economie. Robert
Gates, le 22 janvier 2010, reconnaissait que les Talibans font partie du
paysage politique afghan. Deux jours avant Londres, le Conseil de
sécurité commettait un geste fort en direction des Talibans. Le 26
janvier, il retirait 6 responsables Talibans d’une liste de personnes
soumises à des sanctions en vertu de diverses de ses résolutions : 1267
(1999), 1333 (2000), 1390 (2002), 1455 (2003), 1526 (2004), 1617 (2005),
1735 (2006), 1822 (2008), 1904 (2009). Ces résolutions visaient des
individus associés aux Talibans ; des entités, groupes et entreprises
associés aux Talibans ; des individus associés à Al Qaida ; des
entités, groupes et entreprises associés à Al Qaida ; soit un total de
500 noms dont 142 Talibans. Ces personnes, groupes et entreprises se sont
vues privées depuis 1999 et 2001, notamment de leurs avoirs et de leur
liberté de circuler à l’international. En entendant, la demande
d’Hamid Karzai, le Conseil de sécurité a donc ouvert la porte au
ralliement d’une partie de l’insurrection. D’autant que les personnes
qui disparaissent de cette liste ne sont pas de petits poissons barbus. Il
s’agit de l’ancien ministre taliban des affaires étrangères, Wakil
Ahmad Mutawakkil ; de l’ancien ministre adjoint du commerce taliban Fazl
Mohamed Faizan Qamarudin ; de l’ancien ministre des questions
frontalières, Abdul Hakim Monib Mohammad Nazar (gouverneur de la province
d’Uruzgan depuis 2007) ; de l’ancien ministre de la planification
taliban Mohammad Musa Hottak Abdul Mehdi (parlementaire représentant la
province de Wardak depuis 2007) ; et du responsable taliban du centre de
presse du ministère des affaires étrangères Shals Us Sfa Aminzai.

Tout était donc en place à Londres pour l’approfondissement d’un
processus visant à permettre à une partie des alliés des Talibans ou à
des Talibans de revenir au pouvoir et de bénéficier de prébendes. En
effet, à Londres, les 77 Etats présents se sont mis d’accord pour
financer un fonds de 500 millions de dollars (360 millions d’euros) qui
favorisera la réintégration sociale et économique des insurgés. Un
consensus s’est dégagé autour du constat de Karzai : «  il n’y a pas
de solution purement militaire à l’insurrection
 ». Sa position n’est
d’ailleurs pas si éloignée de celle du Général Jean-Louis Georgelin*
pour qui l’Afghanistan constitue «  une crise qui ne se réglera pas
uniquement par des voies militaires
 ». Or, la voie politique a été
jusqu’à ce jour un échec, même si l’ambassadeur afghan en France,
Omar Samad*, estime à 5000 (soit 15% des Talibans), les insurgés qui ont
bénéficié, au cours des 5 dernières années d’un programme de retour
à la vie civile. Selon l’ONU, les effectifs ont été bien moindres :
170 en 2009. Quoi qu’il en soit Omar Samad* envisage désormais une « 
réconciliation avec ceux qui abandonnent la violence ». Il ajoute que « 
la réconciliation ne se construit pas uniquement par le dialogue. Il faut
d’autres mécanismes politiques, économiques et sociaux. Le Mollah Omar
ne viendra pas à la table des négociations, mais d’autres oui ». Mais
de là comme Alain Boinet* vouloir «  réconcilier les trois grandes
familles politiques afghanes : les communistes, les islamistes non
terroristes et les pro-occidentaux
 », il y a un gouffre. Certains peuvent
toujours rêver à une Jirga (assemblée tribale) de la paix...

Le troisième point d’accord à Londres a consisté dans le maintien de
la coercition militaire. Hilary Clinton Clinton a ainsi affirmé à
l’issue de la Conférence : « nous continuerons nos actions militaires,
mais dans le même temps nous allons créer des opportunités pour les
Talibans de quitter le champ de bataille (…) pour que ces Talibans
puissent réintégrer la société ». Pour assurer ce volet coercitif,
l’Afghan National Army verra ses effectifs passer à 171 600 hommes
contre 98 000 actuellement et l’Afghan National Police à 134 000 agents
contre 90 000. Certains d’entre eux seront des repentis talibans. 4 000
instructeurs étrangers (dont 400 policiers originaires de l’Union
européenne) seront chargés de leur formation et de leur entrainement. 30
000 hommes de l’OTAN et des autres alliés arriveront en Afghanistan.
Beaucoup proviendront des troupes que l’OTAN entend retirer du Kosovo.
Sans attendre les nouvelles troupes afghanes et de la coalition,
l’opération la plus importante depuis 2001 a été initiée par les
forces américaines et britanniques, réunissant 15 000 hommes dans le
Helmand pour écraser au cours d’une campagne de 6 à 8 semaines 1000
combattants dont 150 étrangers afin de créer des espaces sous contrôle
militaire et politique de la coalition, tout en maintenant une pression
coercitive afin de négocier un accord politique.

En cette année 2010, la population afghane se retrouve donc plus que
jamais prise entre le marteau de l’OTAN et l’enclume des Talibans. Ces
derniers n’ont jamais été aussi forts depuis 2001. Par le biais d’un
processus politique et financier, ils devraient pour certains revenir dans
le jeu de pouvoir afghan. Gageons qu’ils ne manqueront pas de tenter une
nouvelle fois d’imposer leur idéologie réactionnaire et totalitaire.
Quant à l’OTAN, engluée dans la pseudo-guerre contre le terrorisme
(GWOT), elle va bénéficier de moyens supplémentaires financiers et
militaires, détournés des besoins sociaux. Par un de ses curieux hoquets
dont elle à le secret, l’histoire retiendra donc que pour sortir
d’Afghanistan, l’OTAN tout en les combattant s’en est remise aux
Talibans. Les jours meilleurs du peuple afghan ne sont pas pour demain…

Karim Lakjaa

* Citation réalisée à partir des notes de l’auteur prises lors du
colloque organisé par le CESA à l’école militaire le 1er décembre
2009, intitulé « le fait aérien en Afghanistan »

FILMOGRAPHIE : «  la 9ème compagnie », de Fyodor Bondarchuk,
l’histoire d’un groupe de jeunes soviétiques envoyés en Afghanistan.
Un regard sur le passé et un éclairage sur ce qui se passe aujourd’hui
en Afghanistan.


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