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En hommage à Howard Zinn

jeudi 28 janvier 2010 par anik

Quelques vidéos de Howard Zinn décédé hier. Un de ses principaux livres : l’histoire populaire des états unis est à lire absolument. Reproduit aussi un texte traduit sur l’endehors : sept principes de désobéissance civile.Egalement le lien vers l’émission de Mermet La bas si j’y suis diffusée récemment.

La mentalité américaine, Howard Zinn

Howard Zinn on Capitalism and Socialism

Howard Zinn : A People’s History of American Empire

Howard Zinn
_Une histoire populaire des États-Unis
De 1492 à nos jours
Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton

Cette histoire des États-Unis présente le point de vue de ceux dont les manuels d’histoire parlent habituellement peu. L’auteur confronte avec minutie la version officielle et héroïque (de Christophe Colomb à George Walker Bush) aux témoignages des acteurs les plus modestes. Les Indiens, les esclaves en fuite, les soldats déserteurs, les jeunes ouvrières du textile, les syndicalistes, les GI du Vietnam, les activistes des années 1980-1990, tous, jusqu’aux victimes contemporaines de la politique intérieure et étrangère américaine, viennent ainsi battre en brèche la conception unanimiste de l’histoire officielle.

Une histoire populaire des États-Unis a reçu le prix des « Amis du Monde diplomatique » en 2003.

Howard Zinn a enseigné l’histoire et les sciences politiques à la Boston University, où il est aujourd’hui professeur émérite. Son œuvre (une vingtaine d’ouvrages) est essentiellement consacrée à l’incidence des mouvements populaires sur la société américaine.

Howard Zinn
_L’Impossible Neutralité
Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton

Je peux comprendre que ma vision de ce monde brutal et injuste puisse sembler absurdement euphorique. Mais pour moi, ce que l’on disqualifie comme tenant de l’idéalisme romantique ou du vœu pieux se justifie quand cela débouche sur des actes susceptibles de réaliser ces vœux, de donner vie à ces idéaux.

La volonté d’entreprendre de tels actes ne peut se fonder sur des certitudes mais sur les possibilités entrevues au travers d’une lecture de l’histoire qui diffère de la douloureuse énumération habituelle des cruautés humaines. Car l’histoire est pleine de ces moments où, contre toute attente, les gens se sont battus ensemble pour plus de justice et de liberté, et l’ont finalement emporté – pas assez souvent certes, mais suffisamment tout de même pour prouver qu’on pourrait faire bien plus.

Les acteurs essentiels de ces luttes en faveur de la justice sont les êtres humains qui, ne serait-ce qu’un bref moment et même rongés par la peur, osent faire quelque chose. Et ma vie fut pleine de ces individus, ordinaires et extraordinaires, dont la seule existence m’a donné espoir.

On peut lire cette autobiographie comme le troisième volet d’un triptyque dans lequel l’auteur déplace son point de vue sur le projet d’une « macro-histoire par le bas » : remettre le plus grand nombre, avec son quotidien et ses idéaux, à sa place d’acteur principal de l’Histoire.

Témoin des événements majeurs de la vie américaine depuis les années 1930, Howard Zinn reste l’inlassable défenseur de la désobéissance civile et de l’action directe non violente au cœur du mouvement des droits civiques et contre la guerre du Vietnam. Professeur émérite à la Boston University, il est notamment l’auteur de Une histoire populaire des États-Unis, du recueil d’essais « Nous, le Peuple des États-Unis… » et de la pièce de théâtre Karl Marx, le retour.

À lire aussi : SEPT PRINCIPES DE LA DESOBEISSANCE CIVILE

1.

La désobéissance civile est la violation délibérée, spécifique, de la loi, au nom d’un principe social essentiel. Elle devient non seulement justifiable mais nécessaire quand un droit humain fondamental est menacé et quand les moyens légaux pour faire respecter ce droit sont inadaptés. Il peut prendre la forme de violation d’une loi injuste, de protestation contre une situation injuste ou d’application symbolique d’une loi ou d’une situation souhaitable. Qu’elle soit reconnue comme légale, au nom d’un droit constitutionnel ou international, ou non, son but est toujours de combler la brèche qui sépare la loi de la justice, dans un processus infini de développement de la démocratie.

2.

Il ne faut reconnaître aucune valeur sociale à l’obéissance absolue comme à la désobéissance absolue à la loi. Prôner l’obéissance à des mauvaises lois, comme façon d’inculquer une certaine servilité abstrait à « l’ordre légal » ne peut qu’encourager les tendances déjà très répandues des citoyens de se courber devant le pouvoir de l’autorité, de refuser tout affrontement avec l’ordre établi. Exalter l’ordre légal comme quelque chose d’absolu est la marque du totalitarisme, et il est possible de créer une atmosphère totalitaire dans une société qui possède nombre des attributs de la démocratie. Revendiquer le droit des citoyens à désobéir à des lois injustes et le devoir de désobéir à des lois dangereuses, c’est la véritable essence de la démocratie, qui accepte que le gouvernement et ses lois ne sont pas sacrés mais qu’ils ne sont que des instruments, au service de certaines fins : la vie, la liberté, le bonheur. Les instruments sont accessoires ; pas les fins.

3.

La désobéissance civile peut demander la violation de lois qui ne sont pas injustes par elles-mêmes, pour protester à propos d’une question que l’on estime très importante. Dans tous les cas, l’importance de la loi transgressée doit être mesurée en relation à l’importance de la question. Une règle du code de la route, transgressée temporairement, n’est pas aussi importante que la vie d’un enfant renversé par une auto ; l’occupation de bureaux publics l’est moins que l’homicide de civils au cours d’une guerre ; l’occupation illégale d’un bâtiment est moins injuste que le racisme à l’école. Non seulement des lois déterminées, mais aussi des situations personnelles peuvent être insupportables et la transgression de lois normalement acceptables peut agir comme mode de revendication.

4.

Si un acte déterminé de désobéissance civile est un acte de revendication moralement justifiable, il s’ensuit que l’emprisonnement de ceux qui l’ont commis est injuste et devrait être opposé et contesté jusqu’au bout. Celui qui revendique doit refuser la condamnation autant qu’il refusait de respecter la règle transgressée. Il peut exister des cas où les personnes impliquées dans une revendication peuvent décider d’aller en prison comme moyen de continuer leur acte de protestation, pour rappeler à leurs concitoyens l’injustice qu’elles subissent, ce qui ne veut pas dire que l’emprisonnement fait nécessairement partie d’une règle gouvernant la désobéissance civile. L’important est que l’esprit de la revendication soit conservé dans tous les cas, que l’on aille en prison ou non. Accepter la prison comme acte de pénitence en accédant aux « règles » signifie retomber abruptement dans le même esprit de servilité, et minimiser la gravité de la revendication.

5.

Ceux qui s’engagent dans la voie de la désobéissance civile devraient choisir des tactiques aussi peu violentes que possible, en accord avec l’efficacité de la revendication et l’importance du sujet. Le degré de désordre provoqué doit être raisonnablement en rapport avec l’importance de la question traitée. La distinction entre tort infligé aux personnes et tort infligé aux biens doit être primordiale. Les tactiques appliquées aux biens peuvent comprendre (toujours : en considérant l’efficacité et l’importance de la question) : la dévalorisation (comme dans le cas des boycotts), la dégradation, l’occupation temporaire et l’appropriation permanente. Dans tous les cas, la force impliquée dans tout acte de désobéissance civile devrait agir clairement et spécifiquement sur l’objet de la revendication.

6.

Le degré de désordre dans la désobéissance civile ne devrait pas être mesuré en rapport à une fausse « paix » supposée exister dans l’ordre établi, mais face au vrai désordre et à la violence qui font parties de la vie courante, qui se manifestent ouvertement au plan international dans des guerres, mais qui se cachent aussi localement derrière le masque de « l’ordre » occultant l’injustice de la société actuelle.

7.

Lorsque nous réfléchissons sur la désobéissance civile, nous ne devons jamais oublier que nos intérêts sont différents de ceux de l’état et que nous ne devons jamais laisser les agents de l’état nous persuader du contraire. L’état veut le pouvoir, l’influence, la richesse, comme des fins en elles-mêmes. Les individus recherche la santé, la paix, l’activité créatrice, l’amour. L’état, grâce au pouvoir et aux richesses qu’il détient, ne manque pas de porte-paroles pour défendre ses intérêts. Cela signifie que les citoyens doivent comprendre la nécessité de penser et d’agir par eux-mêmes ou en accord avec d’autres membres de la collectivité.

Howard Zinn

Traduit par Borogove à partir de l’original en anglais :

1.
Seven guidelines for civil disobedience
1.
by Howard Zinn
1.
from Disobedience and Democracy : Nine Fallacies on Law and Order (New York : Random House/Vintage, 1968), 119-122

1.

Civil disobedience is the deliberate, discriminate, violation of law for a vital social purpose. It becomes not only justifiable but necessary when a fundamental human right is at stake, and when legal channels are inadequate for securing that right. It may take the form of violating an obnoxious law, protesting an unjust condition, or symbolically enacting a desirable law or condition. It may or may not eventually be held legal, because of constitutional law or international law, but its aim is always to close the gap between law and justice, as an infinite process in the development of democracy.

2.

There is no social value to a general obedience to the law, any more than there is value to a general disobedience to the law. Obedience to bad laws as a way of inculcating some abstract subservience to “the rule of law” can only encourage the already strong tendencies of citizens to bow to the power of authority, to desist from challenging the status quo. To exalt the rule of law as an absolute is the mark of totalitarianism, and it is possible to have an atmosphere of totalitarianism in a society which has many of the attributes of democracy. To urge the right of citizens to disobey unjust laws, and the duty of citizens to disobey dangerous laws, is of the very essence of democracy, which assumes that government and its laws are not sacred, but are instruments, serving certain ends : life, liberty, happiness. The instruments are dispensable. The ends are not.

3.

Civil disobedience may involve violation of laws which are not in themselves obnoxious, in order to protest on a very important issue. In each case, the importance of the law being violated would need to be measured against the importance of the issue. A traffic law, temporarily broken, is not nearly as important as the life of a child run over by a car ; illegal trespass into offices is nowhere as serious as the killing of people in war ; the unlawful occupation of a building is not as sinful as racism in education. Since not only specific laws, but general conditions may be unbearable, laws not themselves ordinarily onerous may need to be violated as protest.

4.

If a specific act of civil disobedience is a morally justifiable act of protest, then the jailing of those engaged in that act is immoral and should be opposed, contested to the very end. The protester need be no more willing to accept the rule of punishment than to accept the rule he broke. There may be many times when protesters choose to go to jail, as a way of continuing their protest, as a way of reminding their countrymen of injustice. But that is different than the notion that they must go to jail as part of a rule connected with civil disobedience. The key point is that the spirit of protest should be maintained all the way, whether it is done by remaining in jail, or by evading it. To accept jail penitently as an accession to “the rules” is to switch suddenly to a spirit of subservience, to demean the seriousness of the protest.

5.

Those who engage in civil disobedience should choose tactics which are as nonviolent as possible, consonant with the effectiveness of their protest and the importance of the issue. There must be a reasonable relationship between the degree of disorder and the significance of the issue at stake. The distinction between harm to people and harm to property should be a paramount consideration. Tactics directed at property might include (again, depending on efficacy and the issue) : depreciation (as in boycotts), damage, temporary occupation, and permanent appropriation. In any event, the force of any act of civil disobedience must be focused clearly, discriminately on the object of protest.

6.

The degree of disorder in civil disobedience should not be weighed against a false “peace” presumed to exist in the status quo, but against the real disorder and violence that are part of daily life, overtly expressed internationally in wars, but hidden locally under that facade of “order” which obscures the injustice of contemporary society.

7.

In our reasoning about civil disobedience, we must never forget that we and the state are separate in our interests, and we must not be lured into forgetting this by the agents of the state. The state seeks power, influence, wealth, as ends in themselves. The individual seeks health, peace, creative activity, love. The state, because of its power and wealth, has no end of spokesmen for its interests. This means the citizen must understand the need to think and act on his own or in concert with fellow citizens.

Mis en ligne par Borogove, sur l’endehors.

Howard Zinn, historien américain, nous a quitté le 27 janvier 2010.
_Là-bas si j’y suis lui rend hommage en diffusant cet entretien qu’il avait accordé à Daniel Mermet autour de son livre "Une Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours" et qui avait été diffusé pour la première fois le 10 décembre 2003.

Howard Zinn (né le 24 août 1922 à Brooklyn, New York, mort le 27 janvier 2010 à Santa Monica, Californie[1]) est un historien et un politologue américain.

Les écrits de Zinn s’inspirent du marxisme, de l’anarchisme, et de la pensée social-démocrate. Depuis les années 1960, il est un acteur de premier plan du mouvement des droits civiques comme du courant pacifiste aux États-Unis.

Auteur de vingt livres, dont le best-seller Une histoire populaire des États-Unis, Howard Zinn était professeur émérite du département de science politique de l’Université de Boston. Il vivait à Newton dans le Massachusetts. Sa femme Roselyn, elle-même artiste et éditrice, a activement participé à la publication de tous les livres de son mari. Elle est décédée le 14 mai 2008, ils étaient mariés depuis 64 ans.


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