robin-woodard

un mois après le début de la saison, les restos du coeur n’arrivent plus à assurer la nourriture aux précaires

samedi 9 janvier 2010 par anik

Vendredi matin, je me suis rendue à la distribution hebdomadaire de nourriture aux restos du coeur du canton dont je dépend ; les rayons sont presque vides comme en fin de saison mais cette fois-ci cela ne fait qu’un mois que les distributions ont commencé.

Tout en regardant la liste des produits à fournir, la litanie des "non, y’a pas" s’égrène comme un chapelet interminable. C’était la même chose l’année dernière mais en fin de saison.
Pour chaque table, il y a moins de choix, moins de produits y compris les plus mauvais, y compris les produits fournit pas la CEE (qui font d’ailleurs aussi parti des plus mauvais).
Les quelques boites d’une qualité correcte sont le plus souvent issues des collectes auprés des particuliers, pas des organisations d’aide alimentaire.

Plus de pain, mais une bénévole me trouve un peu de pain très dur, mis de coté pour les animaux : pas grave car ce pain là n’est pas moisi et fait de très bons puddings dans le four de la vieille cuisinière à bois que j’ai réussi à récupérer.

Les bénévoles du centre du canton sont vraiment très gentilLEs, comme pour s’excuser le responsable qui distribue aussi à une table me dit qu’il a reçu un coup de téléphone de Mont de Marsan lui annonçant qu’il allait devoir réduire les points attribués pour tout le monde car il n’y avait pas assez, il n’y a presque rien. "Nous avons reçu 3 boites de thon alors que cette année nous avons 100 dossiers" dit-il.
Les autres années nous étions une quarantaine de dossiers, cette année le nombre de familles inscrites a donc plus que doublé ; la pénurie est bien là et de toute évidence l’administration rigide, presque "militaire" des restos du coeur n’a pas prévu cette explosion de la demande.

À la table des fruits, il y a des poires, il me reste beaucoup de points mais il n’y pratiquement plus rien, la bénévole est désolée, je la rassure et lui dit que je serais ravie avec quelques morceaux de ses cakes qu’elle fait chaque vendredi et qui sont tous très différents.
C’est l’avantage du centre cantonal, certes le lieu est froid malgré les multiples poeles à pétrole, mais il y a une table ronde avec une nappe, des assiettes avec les cakes et petits gateaux faits maison par Annie et il est possible d’avoir une bonne tasse de thé dans une vraie tasse et pas dans un verre en plastic. Les bénévoles sont agréables, mais suivent toutes les instructions à la lettre, l’accueil y est vraiment bien meilleur que dans les grands centres.
Une des bénévoles a un fils qui a un magasin bio, et je suis une fervente assidue des produits qu’elle amène et souvent quand elle me voit elle me signale les produits qu’elle a amené car elle sait que je les apprécie vraiment. Cela fait un an maintenant que je me nourris essentiellement grâce aux restos du coeur et la mauvaise qualité des produits commence à se faire sentir. Pour compenser je fais tout mon possible pour produire un minimum dans mon petit potager malgré un dos cassé, mais cela n’est pas encore au point surtout pour l’hiver.

Nous avons entendu parlé de la "crise" toute l’année dernière, des milliards ont été distribués de tous côtés, mais la malbouffe distribuée dans les centres des restos du coeur manquent déjà après seulement un mois de distribution.
Les jardins du coeur liés à Mont de Marsan dont dépend le centre cantonal ne produit pas de légumes et de fruits frais pour les précaires, lors d’une conversation téléphonique, la personne m’avait répondu que ce n’était pas le but initial des jardins du coeur et que le but essentiel était la réinsertion des personnes qui y travaillaient. J’ai dû louper une marche quelque part ... à moins que ce ne soient eux et leur manière de concevoir leurs jardins ???

La question est bien de savoir dans combien de centres de distribution cette situation se répète-telle ?

Il semblerait que la centralisation est redevenue le mode de fonctionnement privilégié en france et cela à tous les niveaux : politiques, sociaux, économiques et d’aide humanitaire. Cela empêche totalement toute initiative créatrice ; installe et maintient les personnes dans une passivité tant récriée de toutes parts mais bien organisée volontairement.

L’alimentation est un véritable problème aujourd’hui, un casse tête difficile à résoudre mais qui ne trouvera pas de solution de façon isolée. La liste des produits à supprimer doit s’allonger et certaines habitudes sont longues à perdre et détricoter les sensations de besoin n’est pas si facile ; je n’arrive toujours pas à me priver de produits laitiers et pourtant certaines théories maintiennent que le lait est nocif pour les adultes.
Les fruits sont incontournables, il va falloir tout revoir, trouver comment produire ces aliments, comment y avoir accès sans argent....
L’industrialisation maximale pour nourrir les personnes est un échec flagrant et pas seulement pour les pays pauvres, en perdant les petits paysans nous avons perdu beaucoup plus que nous ne pouvions imaginer.

Le problème de la survivance est à poser de plus en plus sérieusement, et à celui-ci s’ajoute également celui du froid...

bonne année 2010 disent-ils....


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