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L’avenir du nucléaire s’assombrit sous l’ère Obama

Par Stéphane Lhomme
jeudi 25 juin 2009 par ortie

Il serait naïf de prétendre que subitement, sous Obama, l’administration américaine soit devenue frontalement antinucléaire : elle ne s’oppose pas à la construction de nouveaux réacteurs et, plus généralement, aucun plan de sortie du nucléaire n’est envisagé aux USA, où 103 réacteurs sont actuellement en service.

Pourtant, l’avenir de l’industrie nucléaire est très sombre, dans ce pays comme d’ailleurs sur l’ensemble de la planète. Certes, cette affaire va se jouer sur des années, voire des décennies, mais la tendance est clairement au déclin, irréversible, pour l’atome.

Ainsi, dans son plan de relance face à la crise mondiale, Obama a attribué aux énergies renouvelables les 50 milliards de dollars attendus par l’industrie nucléaire, qui a pris à ce moment là un énorme coup de massue.

D’ailleurs, le 13 février 2009, dans une grande dépêche [1] titrée « Plan de relance : les gagnants et les perdants », l’Associated Press a classé dans les gagnants : « Les énergies alternatives : pas moins de 50 milliards de dollars (38,84 milliards d’euros) sont consacrés au renforcement de l’efficacité énergétique et à des programmes d’énergies renouvelables. »
Et dans les perdants : « Le secteur de l’énergie nucléaire : il ambitionnait de décrocher 50 milliards de dollars de garanties de prêts fédérales au titre des énergies économes en carbone, mais a été exclu des bénéficiaires du plan de relance. La victoire va donc aux écologistes. »

Mieux : au delà du seul plan de relance, c’est une option générale de l’administration Obama de soutenir prioritairement les énergies renouvelables. Du coup, les électriciens américains voient s’évanouir une bonne partie des fortes aides publiques promises par Bush en faveur de l’atome. Et, de fait, la vérité des chiffres apparaît : sans d’importantes subventions publiques, le nucléaire n’est pas rentable.

Ainsi, le 23 avril dernier, la société AmerenUE a annulé [2] un projet de réacteur EPR prévu dans le Missouri. Certes, pour sauver la face, il est question d’un renoncement « temporaire », mais cette décision est fondée sur des données économiques claires : le nucléaire est trop cher. CQFD.
Et, le 15 mai, c’est au tour d’Exelon d’annuler [3] deux projets de réacteurs prévus dans le Texas, et d’expliquer que l’ensemble de ses projets nucléaires est remis en question. Et toujours pour la même raison : trop cher !

Pour essayer de stopper cette spirale descendante, Areva et les groupes américains Duke Energy et Unistar Nuclear Energy ont annoncé le 18 juin être « entrés en négociations pour un projet de réacteur EPR dans l’Ohio ». Mais discuter ne fait pas pousser le réacteurs et, surtout, ne les finance pas.

Il faut néanmoins noter que des aides publiques existent toujours aux USA pour le nucléaire. Ainsi, l’AFP note que « Areva se réjouit que le département de l’Énergie ait présélectionné quatre projets de centrales pour obtenir les 18,5 milliards de crédits fédéraux garantis ». Pourtant, il y a encore deux ou trois ans, il était question de 30 nouveaux réacteurs aux USA. Puis de dix-huit, puis de douze. Finalement, si de nouveaux réacteurs sont réellement construits, ils se compteront sur les doigts des deux mains… ou même d’une seule.

Pendant ce temps, l’autorité de sûreté des USA, la NRC, prolonge la durée de vie des réacteurs en service, dont certains sont autorisés à aller jusqu’à l’age canonique de 60 ans. Passons - bien que ce soit une situation très grave - sur l’augmentation du risque de catastrophe avec ces réacteurs vieillissants. De toute façon, l’industrie nucléaire US ne fait que gagner du temps : tôt ou tard, il faudra bien fermer ces réacteurs, par dizaines. Le déclin de l’atome aux USA est inéluctable.

Ceci dit, si le risque nucléaire est immense, la part de cette énergie est en fait très faible : l’atome représente 20% de l’électricité des USA, c’est-à-dire moins de 4% de toute l’énergie consommée. Or, Obama a annoncé d’ambitieux programmes d’efficacité énergétique afin de réduire les gigantesques gaspillages : il n’y aurait en fait aucune difficulté à se passer rapidement des malheureux 4% représentés par le nucléaire.

Au niveau planétaire, la situation est assez comparable : les 430 réacteurs en service couvrent seulement 2% de la consommation mondiale d’énergie, bien moins que les énergies renouvelables dont la part, en augmentation brutale, est déjà de 15%.

A titre d’exemple, les barrages ont produit en 2008 sur Terre plus que le nucléaire : 3200 Twh contre 2600. Et, selon Le Monde du 6 février, pas moins de 1200 grands barrages - ce sont les ouvrages de plus de 15 mètres de hauteur dont le réservoir contient au moins 3 millions de m3 d’eau - sont en construction [4] et devraient accroître de 19 % la capacité hydroélectrique mondiale. Comparativement, les quelques 30 réacteurs nucléaires en construction - pour la majorité en Chine - sont pratiquement négligeables.

Le phénomène est massif, les énergies renouvelables se développent partout de façon exponentielle : même la Chine annonce que, dès 2020, les seules éoliennes produiront plus que le nucléaire [5] . Cette tendance va s’accélérer et, avec les choix clairs d’Obama, on peut pratiquement dire que la question du nucléaire est classée même si, nous l’avons vu, cela prendra
Il restera alors seulement à financer le démantèlement des centrales, et à s’occuper des déchets radioactifs pendant des millénaires : l’industrie nucléaire laisse aux générations actuelles et futures une véritable bombe à retardement. Raison de plus pour la contraindre à arrêter au plus vite ses activités…

Stéphane Lhomme est porte-parole du réseau Sortir du nucléaire

[1Voir ici.

[4Attention, il ne s’agit pas ici de promouvoir ces "grands barrages", qui posent effectivement des problèmes environnementaux : il s’agit de constater que le nucléaire est complètement marginalisé.


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