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Paysans, le retour

De Hervé Kempf pour Le Monde
samedi 6 juin 2009 par anik

Mesdames et Messieurs, J’ai l’honneur et le privilège de vous informer du retour des paysans.

La pensée dominante nous a depuis des décennies habitués à penser que l’activité agricole devait être, en termes d’emploi, résiduelle : l’augmentation de la productivité agricole, l’urbanisation des sociétés, l’évolution vers une économie de services rendraient marginal ce qui a fondé l’armature des civilisations pendant des siècles. Une page aurait été définitivement tournée.

Les politiques se sont organisées avec obstination autour de cette idée, encourageant l’agrandissement des exploitations sans s’inquiéter de la diminution constante du nombre d’agriculteurs, considérant l’espace agricole comme une simple réserve à l’expansion urbaine, ignorant les effets environnementaux d’une agriculture ultraproductiviste.

Mesdames et Messieurs,

J’ai l’honneur et le privilège de vous annoncer une bonne nouvelle : les idées d’une époque peuvent mourir, les dogmes peuvent être renversés. Et j’ai donc l’immense plaisir de vous informer qu’en ces temps de marasme mental et politique nous pouvons créer un million d’emplois en Europe, cinq cent mille en France - des emplois de paysans.

Effacez, s’il vous plaît, l’esquisse du sourire ironique qui se dessine sur vos lèvres, et écoutez. Entre 1950 et 2007, la productivité du travail agricole a été multipliée par 26 : cela signifie qu’un paysan produit vingt-six fois plus aujourd’hui qu’il y a soixante ans. Cela peut-il continuer ? A l’évidence, non. Et d’autant moins que ce calcul oublie les "effets externes" de cette évolution stupéfiante : érosion des sols, pollution des nappes phréatiques, baisse de la biodiversité, utilisation de masses énormes de pesticides et d’antibiotiques.

En réalité, il devient essentiel de réduire ces effets externes, qui ont un coût caché pour la société très important. Cela signifie travailler la terre autrement, y affecter plus de soin et moins de machines. Donc réduire la productivité apparente du travail agricole. Et donc, augmenter l’emploi paysan.

Autre point : croyez-vous vraiment que vous allez diminuer le nombre de chômeurs, qui reprend sa courbe ascensionnelle, en fabriquant encore plus d’automobiles, d’avions et d’emballages ? Poser la question, c’est y répondre.

Il nous faut bousculer nos schémas mentaux : l’agriculture est un secteur d’avenir. Dans un texte intitulé "L’agriculture : un projet européen pour sortir des crises", et que vous lirez sur Internet, des associations interpellent citoyens et politiques. Ce qu’ils disent, c’est : un million de nouveaux paysans, c’est possible. A condition de changer la politique agricole, de favoriser l’installation des jeunes, de freiner l’étalement urbain et de contrôler la spéculation foncière, de soutenir les nouveaux modes de production écologiques.

Mesdames et Messieurs,

Merci de votre attention enthousiaste.

Hervé Kempf


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