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Grippe porcine : une belle cochonnerie et de gros porcs !

Traduction de Christian Berdot pour les Amis de la Terre
samedi 9 mai 2009 par Christian Berdot

Nous traduisons cet article du New York Times sur la conquête de l’Europe de l’Est par Smithfield, car, avec l’apparition du virus de la grippe A(H1N1), il a souvent été question de problèmes rencontrés au Mexique par l’entreprise Granjas Caroll, justement filiale de Smithfield.

Smithfield est très critiqué aux Etats-Unis. Ses méthodes de production de ont été mises en cause, ses violations du droit du travail et des règlements environnementaux aussi. (Voir article de Public Citizen :www.citizen.org/ )

Lors de l’apparition du virus A (H1NI), il a souvent été question de problèmes rencontrés au Mexique par l’entreprise Granjas Caroll, justement une filiale de Smithfield. L’association Grain a apporté des informations importantes : http://grain.org/articles/?id=50

En France, plusieurs grandes marques connues sont passées sous le contrôle de Smithfield, notamment la société Jean Caby qui a gardé son nom. (Lorsqu’en septembre 2008, 350 emplois sont supprimés à Saint Priest, à côté de Saint-Etienne, c’est Jean Caby qui met les ouvriers à la porte, pas Smithfield…)

Autres groupes sous le contrôle de Smithfield : Aoste, Cochonou, Julien Bridou … Et ce n’est qu’un début.

Cette entreprise s’est lancée dans une conquête très agressive de l’Europe de l’Est, dans des conditions fort criticables comme le présente l’article du New York Times.

Les foyers de futures mutations des virus de la grippe se multiplient sans contrôle réel, avec la bénédictions des politiques et le soutien financier des contribuables européens...

Il est vraiment temps de lutter pour une autre agriculture !

Au boulot et d’abord bonne lecture :


Article de Doreen Carvajal et Stephen Castle, paru le 5 mai dans le New York Times : « A US Hog Giant Transforms Eastern Europe »

Cenei – Roumanie

Depuis des décennies - depuis l’empire des Habsbourg et durant la dictature communiste – les paysans gagnaient péniblement leur vie en élevant des cochons, en conduisant des chevaux le long de vieilles routes défoncées, tout en murmurant des prières rituelles, les jours d’abattage.

Les coutumes et les métiers anciens disparaissent et l’atmosphère elle-même, est en train de changer, transformée par un nouvel arrivant, Smithfield Food. Sans qu’on le remarque dans le reste du continent, ce géant de l’agrobusiness est entré dans l’Europe de l’Est avec la force d’une machine industrielle, rassemblant des réseaux de fermes, élevant des porcs à grande vitesse et les abattant sans perdre le moindre bout de viande ou de muscle qui puisse être pressé dans une saucisse.

Le bouleversement que connaissent, dans la ceinture des fermes porcines, la Pologne et la Roumanie, les deux principaux pays membres de l’Union Européenne à l’Est, fait partie des plus grandes transformations agricoles que le continent ait connues.

C’est aussi un bon exemple de la façon dont cette compagnie classée dans le Fortune 500, et basée en Virginie opère dans ses avant-postes les plus éloignés. Smithfield a un joint-venture dans un élevage de porcs au Mexique situé pas loin de là où des scientifiques états-uniens recherchent un lien potentiel entre les porcs et une nouvelle souche de grippe chez les humains. Alors que l’origine du virus est toujours sujette à caution, Smithfield insiste sur le fait qu’aucun de ses porcs, ni de ses employés n’a été touché par la maladie.

Mais la démarche globale de Smithfield est claire. Son président Joseph Luter III a décrit son entreprise comme se développant « beaucoup, beaucoup et très, très vite ». En moins de 5 ans, Smithfield a recruté des politiciens en Pologne et en Roumanie, a profité des importantes subventions agricoles de l’Union Européenne, contré les groupes locaux d’opposition pour créer un conglomérat d’usines d’aliments, d’abattoirs et de porcheries climatisées, abritant des milliers de porcs.

La firme s’est développée à une telle vitesse qu’elle a oublié d’obtenir les autorisations environnementales ou d’informer les autorités sur les cas de décès de porcs – oublis qui apparurent lorsque la fièvre porcine balaya 3 installations en 2007, dont deux fonctionnaient sans permis. Quelques 67 000 porcs moururent ou furent détruits qu’ils soient infectés ou en bonne santé, afin d’empêcher l’extension de la maladie.

Au Etats-Unis, Smithfield affirme qu’il a été une aubaine pour les consommateurs. Les prix du porc ont baissé de 20% entre 1970 et 2004, d’après le ministère de l’Agriculture, ce qui représente une économie de 29 dollars par an et par consommateur.

En Europe de l’Est, comme dans les états agricoles des Etats-Unis où Smithfield a développé sa stratégie industrielle, la question est de savoir si ces économies contrebalancent les énormes coûts. La compagnie affirme être « à l’écoute des préoccupations de ses voisins » et que les plaintes proviennent souvent de résidents mécontents d’être laissés de côté.

Par contre, pour Robert Wallace, un professeur de géographie l’Université du Minnesota en visite, l’ascension mondiale de Smithfield n’est qu’une partie « d’une révolution plus large de l’industrie de l’élevage qui a créé de véritables villes de porcs et de volailles », dans les nations pauvres aux réglementations faibles. «  Le prix à payer s’alourdit pour les petits paysans ».

D’après les statistiques de l’Union Européenne, le nombre d’éleveurs de cochons en Roumanie a baissé de 90% - il est passé de 477 030 en 2003, à 52 100 en 2007. Les ex-paysans ont été coulés par les bas prix de Smithfield et doivent, soit émigrer, soit se tourner vers le secteur de la construction. A leur place, la compagnie emploie ou est sous contrat avec 900 personnes et achète les céréales auprès de 100 agriculteurs.

En Pologne, il y avait 1,1 million de paysans produisant du porc en 1996. Selon Chambre Nationale de l’Agriculture Polonaise, en 2008, leur nombre avait baissé de 56%, car l’arrivée de méthodes agricoles modernes avait transformé l’agriculture.

Il y a deux ans, Daniel Neag avait 300 cochons dans les étables aujourd’hui vides et balayées par le vent, à Lugoj en Roumanie. Depuis 2005, le nombre de membres de son association d’éleveurs est tombé de 300 à 42. Le trésorier travaille maintenant comme apiculteur.

L’impact sur l’environnement est encore plus frappant. Avec près de 40 fermes dans l’ouest de la Roumanie, Smithfield a construit d’énormes réservoirs métalliques pour les déjections afin d’injecter les déchets dans le sol. «  Cette odeur quotidienne nous rend fous » dit Aura Danielescu, directrice de l’école de Masloc, tout en fermant bien la fenêtre.

Dans le comté roumain de Timi, les installations de Smithfield sont parmi les principales sources de pollution de l’air et de l’eau d’après un rapport local. Le rapport indique aussi que les émissions de gaz dans l’air ont augmenté de 65% entre 2002 et 2007.

Les contribuables doivent aussi payer une partie de la facture. Smithfield tape dans le pot des subventions de l’Union Européenne – un total de 50 milliards d’euros disponibles l’an dernier pour l’ensemble de l’Union – subventions censées favoriser une agriculture équilibrant modernité et souci de l’environnement.

C’est le même enchaînement de circonstances qui fait que des éleveurs de cochons africains abandonnent leurs activités car ils ne peuvent faire face à la concurrence de Smithfield qui a dégoté d’autres subventions pour favoriser l’exportation des bas morceaux bon marché de porcs de la Pologne vers l’Afrique.

Les représentants de Smithfield défendent énergiquement leurs méthodes. Ils affirment qu’ils ont tout fait pour étouffer les cas de fièvre porcine et ils prétendent que l’absence de permis était une omission. Charles Griffith, avocat de la compagnie répondit à une question écrite : «  Nous avons appris à ne pas considérer que la connaissance de nos projets et opérations par le gouvernement équivalait à une autorisation de continuer à avancer jusqu’à que nous ayons obtenu les permis nécessaires ».

Les responsables de la compagnie insistent aussi sur les investissements importants réalisés dans des régions pauvres de l’Europe de l’Est et sur leur engagement à réinvestir les bénéfices localement. Monsieur Griffith illustra certaines de ces donations en citant « l’acquisition, la rénovation et la construction d’usine de transformation de viande, les unités d’élevage, les fabriques d’aliments et les installations de stockage réfrigérées » ainsi que le soutien apporté à des «  réseaux d’agriculteurs indépendants qui sont sous contrats pour abriter et engraisser les porcs jusqu’au poids du marché ».

Certains villageois dans la nouvelle zone du porc sont sidérés. « Pour eux, c’est comme avoir à faire avec des sauvages dans la pampa où seul comptent le pouvoir et la force », nous dit Emilia Niemyt, mairesse de Wierzchkowo, petit village polonais de 331 personnes qui a porté plainte à cause des odeurs. « Ils réalisent leur idée de la conquête de l’Est avec les mêmes méthodes que la conquête de l’Ouest ».

Chaîne d’assemblage de porcs

Lorsque l’Est fit signe en 1999, Smithfield exporta sa stratégie d’intégration verticale, copiée sur le géant de la volaille Tyson Foods. Le principal partisan de cette stratégie est Mr Luter, dont la famille transforma un établissement de conditionnement de la viande, en un monstre affichant presque 12 milliards de revenus annuels.

Chaque étape de la vie d’un porc – de l’insémination artificielle, aux caractéristiques génétiques d’élevage – est contrôlée. Une poignée de salariés surveillent des milliers de porcs qui passent toute leur vie confinés, sous lumière constante pour favoriser la croissance. Les truies produisent 3 ou 4 fois par an des petits. Dans un délai de 300 jours, un porc pesant en gros 120 kg est prêt pour l’abattage.

C’est dans les années 1990, dans l’est de la Caroline du Nord, que Smithfield a mis au point sa méthode, dans une région productrice de tabac, en crise. En 2000, de l’argent provenant d’un comité d’action politique de Smithfield a commencé à être versé dans cet état, puis un peu partout aux Etats-Unis. Finalement, plus d’un million de dollars furent versés à des candidats pour des élections locales et fédérales. Les avocats de Smithfield aidèrent à l’obtention rapide d’autorisations pour Smithfield et à l’exemption des élevages de porcs, des règlements de zonages.

Tandis que Smithfield s’épanouissait, le nombre d’élevage de porcs aux Etats-Unis plongea de 90% passant de 667 000 en 1980, à 67 000 en 2005. Certains états agricoles commencèrent à s’inquiéter. Lorsque l’ouragan Floyd frappa la Caroline du Nord en 1999, des pluies torrentielles détruisirent six lagunages de lisier de porcs, amenant les autorités locales à imposer un moratoire sur de nouvelles unités d’élevage utilisant des lagunages.

L’état du Missouri aussi imposa à Smithfield d’installer les technologies nécessaires pour réduire les odeurs. Dans l’Iowa, les lobbyistes de Smithfield repoussèrent les tentatives visant à forcer les transformateurs de viande à acheter leurs porcs sur le marché général, au lieu de n’utiliser que leurs propres animaux.

Devant faire face à plus de restrictions aux Etats-Unis, Smithfield déplaça son projet d’élevage de gibier de la Caroline du Nord vers la Pologne et la Roumanie, où la compagnie profita habilement de la faiblesse des économies et de celle des systèmes politiques et réglementaires.

Aujourd’hui Smithfield est le premier producteur de porc en Roumanie où la firme possède une énorme usine de conditionnement de la viande, presque 40 élevages de porcs et des terres agricoles couvrant plus de 20 000 hectares. En Pologne, la compagnie emploie 500 agriculteurs pour élever des porcs destinés à son abattoir datant de l’époque communiste, Animex.

Smithfield refuse de dévoiler le montant total des subventions que la firme a touchées. La Roumanie paye une taxe de 30 euros par porc élevé, ce qui laisse penser qu’avec 600 000 porcs produits par an, Smithfield a droit à 18 millions d’euros de subventions nationales spéciales, prévues pour améliorer la maigreur des porcs. Bien que la compagnie ait affirmé mardi dernier, que tous ses porcs n’étaient pas qualifiés pour recevoir cette prime, elle refusa de préciser le nombre. Des données roumaines récemment publiées montrent que la compagnie a reçu 300 000 euros de subventions pour ces terres cultivées l’an dernier et plus de 200 000 euros de dotation spéciale pour les nouveaux états de l’Union Européenne. En Pologne, Smithfield a encaissé plus de 2 millions d’euros pour sa filiale AgriPlus.

Le directeur général d’AgriPlus, Luis Cerdan, explique que « Les subventions sont de l’argent et qu’elles améliorent les profits de la compagnie ».

Mais pour Mr Griffith, l’avocat de la firme, les bénéfices sont minces. D’autant plus ajoute-t-il « Si vous considérez que nous n’avons pas gagné le moindre argent de ces opérations et que nous n’avons pas en projet de le faire dans le futur prévisible ».

Des aides au plus haut niveau

Dès leur arrivée en Europe de l’Est, Smithfield fit la cour à des politiciens importants, à la fois en Pologne et en Roumanie, ce dernier pays étant particulièrement pauvre, avec ses 23 millions d’habitants, son gouvernement faible et sous la pression constante de l’Union Européenne à cause de ses problèmes de corruption.

Dans le désordre qui suivit l’ère communiste, l’important était de savoir à qui s’adresser. A Bucarest, Smithfield s’adressa à Nicholas Taubman, un riche homme d’affaires républicain, qui fut l’ambassadeur des Etats-Unis en Roumanie, sous le gouvernement du président Georges Bush. Mr Taubman accompagna les dirigeants de Smithfield, lors de leurs rencontres avec le président et avec le président et le Premier ministre.

« Je suis de Virginie et c’est une grande entreprise et je les connais bien » dit Mr Taubman, notant qu’il avait aussi aidé Ford Motor qui a eu la tâche plus facile en Roumanie car la firme avait le soutien d’un ministre du gouvernement.

Une fois que les hauts dirigeants soutinrent Smithfield, les projets purent être développés. Plus d’une douzaine d’installations d’élevages furent dessinées par un cabinet d’architecte appartenant à Gheorghe Seculici, un ancien vice-premier ministre avec des liens étroits avec le président Traian Basescu de Roumanie qui est le parrain de sa fille.

Une aide supplémentaire provint d’un canal proche : les conseillers de Smithfield, la firme McGuireWoods originaire de Virginie, installa un bureau à Bucarest en 2007 pour faire la liaison entre Smithfield et le gouvernement roumain. Pour quantité de raisons, McGuireWood était le choix parfait : en effet, c’est cette firme qui a représenté la Roumanie et pendant 3 ans fait campagne et pression pour obtenir l’adhésion de la Roumanie dans l’OTAN.

Le président roumain, Mr Basescu n’hésita pas à exprimer sa reconnaissance envers cette firme, qu’il félicita lors d’une conférence jointe avec le président Bush, lors d’un sommet de l’OTAN, l’an dernier. La reconnaissance de Smithfield fut elle aussi très visible : d’après le ministre des Affaires Etrangères, la firme contribua avec 20 000 euros, à l’achat des uniformes de cérémonie roumaines lors de la rencontre au sommet.

Pour Mr Taubman, il est essentiel d’avoir ces contacts : «  Il est extrêmement difficile de faire des affaires si vous n’avez pas quelqu’un comme le Premier ministre ou quelqu’un dans le cabinet du Premier ministre qui fait suivre dans le bas de l’échelle à la personne concernée et lui dit ce qui doit être fait ».

Aussi franc que cela puisse paraître, le lobbying d’une grande firme des Etats-Unis – le super pouvoir à qui les Européens de l’Est cherchent à plaire – ne plait pas à tout le monde.

Sten Steensen, expert agricole auprès de l’ambassade du Danemark, pays qui a aussi implanté des élevages porcins en Europe de l’Est affirme : « Nous comprenons la diplomatie publique et le lobbying politique, mais nous souhaitons que les affaires et les relations commerciales se fassent d’une façon normale et juste ».

Dans un rapport sur l’agriculture Mr Steensen écrit : «  La domination et les méthodes ouvertement agressives de Smithfield sont inquiétantes ».

Désastres environnementaux

Les liens étroits avec les hautes sphères du pouvoir permettaient à Smithfield de se protéger des protestations des communautés locales. La compagnie reçut une amende de 9000 euros pour avoir déversé du purin sur une autoroute locale à cause d’une citerne qui fuyait ; de 35 000 euros pour un réservoir défectueux d’où suintait le purin dans le sol ; de 35 000 euros pour 4 stations d’élevage fonctionnant sans autorisation dans le comté d’Arad ; et de 18 000 euros pour ne pas avoir empêché la pollution de l’eau.

Quelques villageois cependant ne voient que leurs propres avantages. «  J’ai des terres près de chez eux et il n’y a aucun problème » affirme Dorin Mic Aurel, le maire de Masloc. Smithfield est le premier contribuable de Masloc et ses 27 000 euros annuels de contribution ont aidé à amener l’eau courante au village.

Smithfield a pourtant eu du mal à surmonter les retombées de l’épidémie de fièvre porcine qui frappa Cenei. A l’époque, les cadavres de porcs s’entassaient et les voisins se rappellent les efforts chaotiques pour abattre au fusil et brûler les porcs. Cette souche n’affecte que les porcs, mais des scientifiques ont trouvé des éléments de virus porcins – un provenant d’Europe ou d’Asie et l’autre d’Amérique du nord - dans le code génétique du virus de la nouvelle grippe A (H1N1).

Lorsque Ciprian Ciurdar, le maire adjoint de Cenei se plaignit que la puanteur des fermes environnantes était effroyable, Smithfield répondit que c’était la faute à la vague de chaleur.

Mr Ciurdar raconte aussi comment, lors d’une visite d’une station d’élevage, un collègue prenait des photos jusqu’à ce qu’un membre de la sécurité saisit la camera et détruisit les photos. « Ce n’est pas parce que vous êtes propriétaires que vous avez le droit de faire n’importe quoi. » affirme Mr Ciurdar, en élevant la voix.

Smithfield se défend en affirmant « qu’il est impossible de savoir » pourquoi les porcs sont tombés malades, tout en relevant une rupture dans la fourniture des vaccins anti-grippe fournis par le gouvernement pour les porcs. Pourtant plusieurs responsables des deux bords de la polémique pensent que Smithfield a tout simplement était dépassé par sa propre machine industrielle et ses cochons qui n’arrêtent pas de se multiplier.

Pour Mr Seculici, l’architecte «  Des milliers de porcelets étaient nés et il n’y avait aucune place pour les loger car les nouvelles installations n’étaient pas terminées. Personne ne veut l’admettre, mais c’est cela la cause de la grippe porcine. Ils ont été obligés d’improviser ».

Smithfield reconnaît que de jeunes porcs furent placés dans des installations en construction, mais insiste sur le fait que cela n’a eu aucun effet sur leur santé.

L’ancien ambassadeur des Etats-Unis, Mr Taubman reconnaît que «  Cela a été fait trop vite et a causé un tas de problèmes ».

Lorsqu’il s’est agi de nettoyer, Smithfield s’est de nouveau tourné vers les aides spéciales de l’Union Européenne, demandant 11,5 millions de dollars de compensation. Mais les autorités locales – celles ayant autorité pour distribuer l’argent – refusèrent la demande, scandalisées qu’elles étaient par le fait que l’épidémie se développait dans des installations non autorisées et qu’elles accusaient en plus d’avoir des mesures de biosécurité laxistes.

Une mission spéciale de la Commission Européenne confirma certaines de leurs plaintes et trouva que Smithfield avait omis de fournir des rapports réguliers sur la mort de ses porcs et laissait ses employés aller librement d’une installation à l’autre, malgré des soupçons de fièvre porcine.

Pour Mr Griffith, l’avocat de Smithfield «  Bien que nous reconnaissons ces dysfonctionnements, cela ne signifie pas que nos installations opéraient hors du cadre des autorités roumaines. Nos installations fonctionnaient de façon ouverte, avec un contact régulier, au jour le jour, avec ces autorités. Lorsque nous découvrîmes qu’un certain nombre de nos installations en Roumanie fonctionnaient sur la base de l’urgence, sans les autorisations requises, nous avons tout fait pour obtenir ces autorisations ».

Ne pouvant obtenir l’argent, Smithfield se tourna vers Valeriu Tabara, président du Comité Agricole du Parlement roumain. Avec le soutien d’autres hommes politiques, Mr Tabara obtint un amendement qui permettra dorénavant de compenser les pertes des propriétaires d’animaux, dues à des maladies, même dans le cas de non-respect des règles de biosécurité.

Smithfield ne sait pas s’il va profiter de cet amendement. La révision d’après Mr Griffith «  ne s’appliquerait pas rétroactivement à leur demande. Mais il est sûr que Smithfield fait partie des compagnies qui ont enregistré des pertes ».

Un combat à travers les continents

Lorsque Mr Neag, l’ancien éleveur de cochons parcourt son pays ; seuls deux animaux le suivent : deux pauvres corniauds.

Il cultive maintenant des céréales, comme beaucoup d’autres anciens éleveurs qui se plaignent que leur revenu annuel a baissé de moitié pour atteindre 5 000 euros.

« Je ne pensais pas qu’il y avait des ennemis comme ça qui viennent prendre le pain de la notre bouche
 » dit-il en repensant à l’arrivée de Smithfield.

En Côte d’Ivoire, on peut entendre un échos lointain à sa plainte.

A Abidjan, la ferme à cochon de Patrice Yao, près de la prison locale, fait partie d’un groupe où des paysans comme lui et Basile Donald Yao essayent de survivre, bien que le marché soit inondé de porc congelé bon marché, en provenance de l’Europe.

« Ma ferme ne marche plus ». Nous dit Mr Yao, 27 ans propriétaires de 45 cochons alors qu’il en avait encore 100, il y a trois ans. «  Les Européens envoient leur viande à bas prix sur notre marché ».

Andrzej Pawelczak, porte-parole de l’usine de conditionnement Animex, refusa de préciser vers quels pays de l’Afrique de l’Ouest les morceaux de porcs étaient envoyés. Pourtant, dans le Magazine des Agriculteurs Polonais, il cite le Libéria, la Guinée Equatoriale et la Côte d’Ivoire.

D’après des responsables agricoles polonais, Animex a reçu plus de 3 millions d’euros d’aide à l’exportation.

Face à cette situation, les paysans ivoiriens ne peuvent faire face. Le porc local frais se vend à 2,50 dollars le kg, alors que les bas morceaux congelés en provenance de l’Europe sont en promotion dans des marchés bondés à 1,40 dollars le kg.

Beaucoup de paysans ont abandonné, nous dit Mr Yao et cherchent du travail. Tout comme les ex-paysans roumains parcourant l’Europe à la recherche d’un site de construction, il envisage lui aussi de devenir, lui-même, un produit d’exportation.

« J’ai déjà mon passeport et lorsque l’occasion se présentera, je partirai. Je rêve d’aller en Italie ou en Espagne. Ici, il n’y a plus rien pour nous ».


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