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L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tard

De Sandrine Cabut
lundi 27 avril 2009 par anik

Les personnes qui ont du mal à se réveiller tôt font preuve d’une plus grande capacité d’attention que celles qui ne traînent pas au lit. Et la différences’accentue tout au long de la journée.

Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, prétend un dicton populaire. Pas si sûr. Selon une étude menée par des chercheurs belges, suisses et français, et publiée vendredi dans la revue Science, lève-tôt et couche-tard ont des performances comparables le matin, mais en fin de journée les couche-tard sont plus alertes et plus attentifs.

Chez les humains, l’alternance veille-sommeil est régulée par deux mécanismes. Le premier, appelé rythme circadien, fonctionne comme une horloge interne avec une durée de vingt-quatre heures : il augmente les signaux d’éveil dans la journée et les diminue en début de nuit. Le deuxième processus, dit homéostatique, se comporte comme un sablier. La pression de sommeil qui peut être mesurée par la densité des ondes lentes à l’électro­encé­phalo­gram­me s’accroît avec le temps passé éveillé et décroît pendant le sommeil. Dans la journée, l’opposition entre ces deux balanciers, circadien et homéostatique, permet de maintenir le niveau d’éveil et de vigilance.

Pour mieux comprendre les bases cérébrales de cette double régulation et ses interactions, Christina Schmidt (doctorante au Centre de recherche du cyclotron de l’université de Liège) et ses collègues ont étudié des sujets naturellement très décalés dans leur rythme éveil-sommeil. Seize lève-tôt et quinze couche-tard, jeunes et sans aucun problème de santé, ont participé. En moyenne, les deux groupes étaient décalés de quatre heures. Tout en les laissant dans leur rythme spontané, les chercheurs les ont soumis à des tests simples pour mesurer leur degré d’attention, après une heure trente et dix heures trente d’éveil. Parallèlement, leur activité cérébrale a été enregistrée par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf).

Chronotypes extrêmes

« Nous pensions que les sujets “du matin” seraient plus performants le matin, et vice versa. En fait, après une heure et demie d’éveil, il n’y a pas de différence entre lève-tôt et couche-tard. En revanche, en fin de journée, les lève-tard sont moins fatigués et ont amélioré leurs capacités d’attention », explique le Pr Philippe Peigneux, de l’université libre de Bruxelles, l’un des coauteurs de l’étude. À l’IRM fonctionnelle, cette augmentation de la vigilance des couche-tard se traduit par une augmentation d’activité dans les régions du noyau suprachiasmatique et du locus coeruleus, deux structures fortement impliquées dans le signal circadien qui sous-tend l’éveil et régule le niveau de vigilance. À l’inverse, ces deux régions cérébrales sont inhibées chez les lève-tôt, qui accumulent plus vite la pression de sommeil.

Conclusion des chercheurs : « Les sujets du matin souffrent plus fortement que ceux du soir de l’impact de la pression de sommeil accumulée au cours de la journée, pression qui empêche l’expression optimale du signal d’alerte par ces régions du noyau suprachiasmatique et du locus coeruleus. »

Y a-t-il des conséquences pratiques pour la petite frange de la population qui appartient à l’un ou l’autre de ces chronotypes extrêmes ? « Notre travail est avant tout fondamental, souligne le Pr Peigneux. Mais il confirme, très logiquement, que pour un travail de nuit il est préférable d’engager un extrême du soir qu’un extrême du matin. » Quant aux meilleures performances des lève-tard en fin de journée, elles sont indiscutables quand ces sujets sont dans leur rythme naturel, mais souvent contrebalancées par les contraintes sociales.


voir aussi : Travailler plus pour devenir bête
(Le Monde)
Le travail intensif peut altérer les capacités mentales. C’est à cette conclusion qu’aboutit une étude, parue dans la livraison du mois de mars de The American Journal of Epidemiology. Le phénomène est d’autant plus préoccupant que le sur-travail est monnaie courante. "Les longues plages horaires sont communes dans le monde entier ; dans les Etats membres de l’Union européenne, entre 12 % et 17 % des (...) [lire la suite]


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