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Dissent : arme de résistance massive !

DOSSIER OTAN : Interview de Dissent France de No Pasaran
jeudi 26 mars 2009 par anik

Peux tu m’expliquer comment est venue l’idée d’un Dissent ! en France. Comment vous vous êtes construit ?

En octobre ou novembre 2006, des gens participant à divers groupes ou collectifs ont commencé à se réunir pour préparer le G8 2007 qui a eu lieu en Allemagne.

C’était le collectif RIPG8. Après le G8 en Allemagne, on a fait un bilan de ce collectif, et on en a souligné les limites. D’abord, ce collectif s’était créé juste quelques mois avant le G8, du coup on a pas mal bossé sur des questions pratiques, techniques, et peu sur le fond. Le fait de ne pas bosser sur le long terme nous a placé dans la position de « techniciens ». Les gens intéressés par le contresommet venaient nous demander si on organisait des transports vers l’Allemagne, comment allaient s’organiser les villages, etc. Cette situation n’a pas laissé de place à une réflexion critique sur les contre-sommets (pourquoi on y va ? Qu’est-ce qu’on y fait ?, quelles stratégies ?, etc.) ni à l’organisation d’actions. Ensuite, Le fait d’avoir juste quelques mois de préparation n’a pas aidé au travail de réseau. Enfin, Les différentes entités composant RIPG8 ayant des pratiques de luttes trop différentes, cela entraînait une forte inertie. À partir de l’observation de ce bilan et de l’efficacité globale des réseaux Dissent ! créés lors des mobilisations précédentes, nous avons créé un collectif pour travailler sur le long terme sur les institutions internationales (G8, OTAN, etc.). On a décidé de travailler sur deux axes :

1) La mobilisation pour des contre-sommets (par exemple le prochaine G8 en France en 2011) tout en ayant une réflexion critique sur les contre-sommets (leurs limites, les stratégies, les issues,...). Car si on veut faire des contre sommet différents il faut qu’on les prépare différemment !

2) La création d’un réseau Dissent ! non plus temporaire comme cela avait été le cas auparavant, mais pérennisé afin de pouvoir avoir une réflexion globale à long terme et d’être plus réactif et efficace. Comment vous fonctionnez ? On est un collectif d’individus car on ne veut pas de gens qui ne s’engagent pas et qui sont la uniquement pour signer des textes ou bloquer des decisions en attendant que leur orga s’engage. On a quand même conscience que beaucoup parmi nous sont dans des groupes organisés mais ce n’est pas un problème. Dissent est un espace qui mélange divers milieu politique(anarchistes, teufeurs, autonomes, antifascistes, altermondialistes...) pour lutter ensemble contre les institutions supra national. On fait le paris que ce qui nous sépare est beaucoup mais beaucoup plus petit que ce qui nous rapproche dans un contexte politique national et international catastrophique pour les luttes d’émancipation. On essaye de prendre les décisions au consensus même si c’est parfois très long. Mais Dissent est un espace d’apprentissage non dogmatique où on expérimente. Si ça marche, on continue, si ça marche pas, on fait différemment.

C’est quoi Dissent ! au niveau international ?

Le réseau dissent a démarré en Angleterre en automne 2003, il été créé par des gens engagés dans l’action directe écologique, le mouvement anticapitaliste, le mouvement anti-guerre. Ces personnes se reconnaissaient dans les 5 principes de l’AMP (Action Mondiale des Peuples) :

1) Un rejet très clair du féodalisme, du capitalisme, et de l’impérialisme, ainsi que de tous les accords commerciaux, institutions et gouvernements promoteurs d’une mondialisation destructrice

2) Un rejet très clair de toutes formes et systèmes de domination et de discrimination dont (et de manière non exhaustive) le patriarcat, le racisme et le fondamentalisme religieux de toutes croyances. Nous reconnaissons la dignité entière de tous les êtres humains ;

3) Une attitude de confrontation, puisque nous ne pensons pas que le « lobbying « puisse avoir un impact majeur sur des organisations à tel point partiales et antidémocratiques, pour lesquelles le capital transnational est le seul facteur réel déterminant leur politique.

4) Un appel à l’action directe et à la désobéissance civile, au soutien aux luttes des mouvements sociaux, mettant en avant des formes de résistance qui maximisent le respect pour la vie et pour les droits des peuples opprimés, ainsi qu’à la construction d’alternatives locales au capitalisme mondial.

5) Une philosophie organisationnelle fondée sur la décentralisation et l’autonomie.

Le réseau Dissent ! a été un outil de communication et de coordination entre des groupes locaux et des groupes de travail engagés dans la construction de la contestation du sommet du G8 2005. Par la suite, d’autres réseaux Dissent ! se sont créés : en Allemagne (pour le contre-sommet du G8 2007), en Belgique, en Hollande, en Espagne.

En créant un collectif Dissent !, on a décidé de s’inscrire dans cette dynamique internationale. On va discuter prochainement du fait de créer une pérennité du réseau au niveau européen. Pourquoi vous vous mobilisez toujours contre les institutions internationales ? En quoi cette dimension internationale vous parait elle importante ? On a constaté ces dernière année un essoufflement du mouvement qui luttait contre les institutions internationales. Hors cela nous semble problématique car les institutions internationales ont un fort impact sur nos vies ; elles sont les outils des dirigeants les plus puissants pour donner une couverture institutionnelle à leur projets (par exemple l’OMC). Les décisions économiques et politiques sont prises aujourd’hui de manière globale. Elles sont définies dans les couloirs de ces institutions, nous éloignant ainsi un peu plus de la démocratie directe. Lutter au niveau local nous parait donc indissociable de la lutte à un niveau plus global. De plus, il nous semble que ces mobilisations convergentes sont des facteurs d’échanges et de création de réseaux et de solidarités au niveau international.

Vous vous êtes mobilisé contre les sommets du G8 alors pourquoi contre l’OTAN ?

L’OTAN prétend vouloir étendre la démocratie, mais la démocratie ne s’impose pas à un peuple. Ils ne viennent pas « libérer » les populations, mais défendent des intérêts privés . L’OTAN prétend également intervenir au nom de la lutte anti-terroriste ou sous couvert d’opérations humanitaires, ses actions ne font pourtant qu’alimenter un engrenage de violences (par exemple en Afghanistan). De plus l’OTAN souhaite aujourd’hui prendre part aux décisions des pays membres en matière de politique de sécurité intérieure dans leur propres pays, sous couvert du concept de sécurité globale.

Au prochain sommet de l’OTAN les 3 et 4 avril, les membres décideront de leur nouvelle stratégie pour les années à venir. Ils discuteront d’un nouveau fonctionnement qui aurait pour conséquences qu’au sein sein même de l’OTAN, un pays ne pourrait pas s’opposer à une intervention de l’OTAN. L’OTAN rend de plus en plus floue la limite entre sécurité intérieure et sécurité extérieure des pays. Des propositions stratégiques ont été faites : la possibilité pour l’OTAN d’intervenir sans qu’il y ait eu de menace directe (approche « pro-active »), et la possibilité d’utiliser des armes nucléaires de manière préventive. Les membres de l’OTAN s’intéressent au changement climatique, notamment à ses conséquences pour leur propre sécurité : la pérennisation de l’accès aux ressources énergétiques et le contrôle des frontières face à l’afflux de réfugiés. Les membres de L’OTAN cherchent à tout prix à défendre leurs intérêts et nous conduisent vers une militarisation des relations internationales.

Un contre-sommet se tiendra du 1er au 5 avril 2009 à Strasbourg, Khel et Baden-Baden. Un village, et des actions et/ou journées d’action sont prévues plus d’infos surdissent.fr.


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