robin-woodard

Moldavie : une classe politique immature et incapable de se réformer

par Nicu Popescu
vendredi 13 mars 2009 par Pierre

Les électeurs moldaves sont bien plus matures que les partis politiques qui les représentent ne veulent le croire. Selon des sondages récents, les citoyens de la petite république sont davantage préoccupés par des questions sociales et économiques que par les « affaires » que déterre le gouvernement pour faire oublier la faillite de sa politique. La Transnistrie n’intéresse pas les Moldaves, ils attendent surtout de voir enfin émerger une classe politique responsable capable de répondre à leurs attentes.

Moldava Azi le 28 janvier 2009

Quand il s’agit d’expliquer l’échec de tous les programmes ces quinze dernières années, la classe politique moldave se retranche toujours derrière la même excuse : "l’électorat moldave est inculte, immature et nostalgique, voilà pourquoi il n’a pas voté pour des forces progressistes, démocratiques et européennes".

En réalité, l’électeur est souvent plus mature que la classe politique. L’échec de la politique moldave est dû, tout d’abord, au dysfonctionnement du système des partis. La classe politique est le maillon faible de la démocratie moldave et non l’électorat.

Les électeurs moldaves ont des comportements politiques relativement adultes. Ils pénalisent les forces politiques qui les déçoivent sur des sujets comme la liberté d’expression, le quasi monopole du Parti des communistes de la République de Moldavie (PCRM), les pressions sur l’opposition, la presse et les ONG. Les Moldaves l’ont démontré en 2001, lors de la victoire électorale du PCRM, en 2006, lors des élections en Gagaouzie puis en 2007 aux élections locales, quand deux tiers des départements et la capitale Chişinău ont choisi l’opposition. L’électorat pénalise également les partis qui sont au gouvernement. Le Parti populaire chrétien-démocrate (PPCD) paie encore le prix de son ralliement au dirigeant communiste Voronin en avril 2005 ainsi que la coopération avec le PCRM qui a suivi.

En 2007, les électeurs ont manifesté leur désir de renouvellement. Des personnalités nouvelles de la scène politique, comme Dorin Chirtoaca et Vlad Filatau, ont réalisé des scores inespérés à Chişinău tandis que les partis qui n’avaient pas renouvelé leurs candidats ont vu leurs résultats stagner. Le comportement des électeurs moldaves est absolument normal. Trop normal, même, pour un pays aussi fragile que la République de Moldavie.

Si le dossier transnistrien occupe le devant de la scène politique, il n’en est rien pour les citoyens du pays. La Transnistrie n’arrive en tête des priorités que pour 2% des Moldaves et c’est l’une des trois priorités d’à peine 10% d’entre eux. Les sondages montrent que le différend territorial transnistrien n’est pas une préoccupation majeure pour la population puisqu’il n’arrive qu’en 9e ou 10e place des préoccupations, derrière les inondations et glissements de terrain qui sont 7e. La Transnistrie revient sur le devant de la scène uniquement quand il est question de son coût pour les contribuables, comme ce fût le cas lors du débat sur une possible fédéralisation du pays ou lors du "mémorandum Kozak".

Les principales questions qui intéressent les électeurs sont la corruption, l’inflation, la situation économique du pays, la criminalité et le chômage. À l’inverse, en Azerbaïdjan, par exemple, la résolution du conflit Nagorno-Karabakh est la priorité numéro 1 pour 53% des sondés. Contrairement à la population géorgienne, azerbaidjanaise, ou serbe, l’électorat moldave réfléchit déjà en termes post-territoriaux. Il est préoccupé, avant tout, par ce qui l’affecte de façon directe, l’économie notamment, et non les batailles symboliques liées à l’histoire ou aux mythes de la nation. Cette réaction saine a d’ailleurs permis de ne pas choisir la voix militaire pour résoudre le conflit latent en Transnistrie.

De plus, l’attention des électeurs ne peut pas être facilement détournée des problèmes qui les affectent au quotidien, la Transnistrie étant souvent utilisée comme excuse ou prétexte pour justifier les échecs de la République Moldova dans d’autres domaines. Les citoyens moldaves s’intéressent plus à l’intégration européenne, soutenue par environ 70% de la population, qu’au règlement du dossier Transnistrie. Même la signature du traité relatif au petit trafic à la frontière roumaine semble plus important.

Malheureusement, alors que plus de la moitié des Moldaves estiment que le pays va dans la mauvaise direction, les hommes politiques ne leur proposent rien d’autres que des luttes intestines entre partis ou des attaques contre la Transnistrie, la Roumanie ou la Russie. Pendant qu’une lutte à la Don Quichotte, « contre les moulins à vent », opposent les partis, peu d’élus cherchent réellement des solutions aux problèmes que les Moldaves placent en tête de leurs priorités.

Les partis ne sont capables ni de renouveler leurs membres, ni leurs approches. Ce n’est pas la faute de l’électorat si l’opposition n’arrive pas à mettre sur pied des coalitions stables dans les conseils locaux, ou si elle ne s’est pratiquement pas renouvelée depuis une dizaine d’années. Ce n’est pas, non plus, la faute des électeurs si et les partis changent de ligne politique comme ils changent de chemises : aujourd’hui ils sont pro-européens, demain pro-russe, aujourd’hui ils sont pro-communistes, demain anticommunistes. Paradoxalement, c’est le PCRM qui a le plus évolué ces dernières années comparé aux forces d’oppositions.

Certes, la culture politique de l’électorat de la République de Moldavie est très faible. La tolérance face à la corruption aux niveaux supérieurs de l’État, au changement de ligne politique des partis et l’indifférence par rapport aux abus démocratiques et à la manipulation des médias sont incroyables. L’électorat, sur ces questions, ne réussit pas son examen de "maturité politique". Si l’électeur moldave n’est pas encore un citoyen responsable et conscient des réalités qui l’entourent, son comportement, sous certains aspects, semble plus sérieux que celui de la plupart des responsables politiques.

Pour gagner des voix, les partis doivent offrir des solutions concrètes aux vraies préoccupations des Moldaves, à celles qu’ils mettent en avant dans tous les sondages : corruption, économie, intégration européenne. Malheureusement, les élus dont le message est clair sur ces questions sont encore très minoritaires. L’électeur moldave veut du changement quand les politiques, à de rares exceptions, font du surplace.

Source : Le Courrier des Balkans


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 614 / 605687

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Monde  Suivre la vie du site Europe  Suivre la vie du site Moldavie   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.21 + AHUNTSIC

Creative Commons License