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Minorités : les Serbes du Monténégro redoutent l’assimilation

Par Sa. Kajošević
vendredi 13 mars 2009 par Pierre

Sur la papier, le Monténégro est un État multiethnique où les minorités nationales ont toujours été respectées et protégées. Cependant, depuis l’indépendance, les Serbes du Monténégro, qui représentent 32% de la population totale, dénoncent les tentatives d’assimilation que met en œuvre le gouvernement monténégrin et les menaces qui pèsent sur leur langue et leur identité. Un reportage du quotidien Vijesti.

Vijesti le 9 février 2009

Lorsque les hommes politiques monténégrins veulent se vanter auprès de leurs collègues à l’étranger, ils aiment à dire que le Monténégro est un État respectueux de l’environnement et un exemple de tolérance ethnique dans les Balkans. Au début de leurs campagnes électorales, ils font des discours sur les lacs limpides et sur la tolérance séculaire des souverains monténégrins. Néanmoins, comme les carcasses de voitures abandonnées dans les rivières montrent que le Monténégro n’est pas aussi propre qu’il le prétend, certains incidents soulignent aussi que la tolérance n’est pas exactement celle que l’on célèbre dans les livres.

Ce sont les représentants des Serbes du Monténégro qui dénoncent le plus souvent le traitement que l’État inflige à ses minorités et les tentatives d’assimilation dont ils sont victimes. Le président du Conseil national serbe (SNV), Momčilo Vuksanović, affirme ainsi qu’il n’est aujourd’hui pas facile d’être Serbe au Monténégro.

"Dans les années 1990, nous vivions au sein d’un État commun, où nous ne craignions pas d’être assimilé comme c’est le cas aujourd’hui… Autrefois, on prétendait que les Monténégrins et les Serbes faisaient partie du même peuple, alors que maintenant, certains Monténégrins ont adopté des positions anti-serbes qui nient l’existence même de notre peuple sur le territoire du Monténégro", affirme-t-il.

Les hommes politiques qui, il y a une décennie, défendaient ardemment les liens avec le peuple serbe s’en préoccupent de moins en moins. Momčilo Vuksanović donne pour preuve la suppression de l’apprentissage de la langue serbe dans les écoles. Selon lui, l’État ne se soucie guère de la promotion de la culture et de l’identité serbe et bien que, lors du dernier recensement, 32% des citoyens se soient déclarés Serbes, les portes des institutions publiques et des administrations locales leur sont fermées. "Les Serbes qui travaillent dans la fonction publique ont été embauchés il y a bien longtemps, rares sont ceux qui l’ont été récemment. Nous ne demandons pas plus de droits que les autres, mais seulement qu’un développement soit possible pour toutes les communautés".

Contrairement aux Serbes, Bochniaques et Albanais affirment que pour eux les temps difficiles sont révolus. Pendant les années 1990, en raison des guerres, des arrestations et des expulsions, le Monténégro n’était pas un territoire où il faisait bon vivre.

Pour le professeur de psychologie politique, Filip Kovačević, la situation est encore loin d’être idéale, même si les Bochniaques et les Albanais ne subissent plus les discriminations du temps de l’Union de Serbie-et-Monténégro. "On peut encore entendre dans la bouche de certains dirigeants de la coalition au pouvoir des discours nationalistes et guerriers qui n’ont pas leur place dans une société multiethnique comme le notre. Ils semblent avoir oublié que le Monténégro d’aujourd’hui n’est plus celui du début du XXe siècle".

La position de Filip Kovačević peut être confirmée par les polémiques soulevées par les Bosniens ces trois dernières années. Leurs représentants ont, dans un premier temps, demandé que les croix chrétiennes soient retirées du drapeau monténégrin, car elles "offensaient les musulmans". Les Bosniens ont ensuite protesté contre la politique de recrutement de l’Académie de police de Danilovgrad, et ont affirmé, malgré les dénégations de l’Académie, que le Monténégro était en train de mettre en place une police "nationale", sur le modèle de celle des années 1990.

Le président du Conseil national bosniaque (BNV), Šerbo Rastoder, estime que les années 1990 ne peuvent être prises comme référence. "Les démagogues vous diront immédiatement ‘rappelez-vous les années 1990’. Ce qui veut dire, soyez heureux, au moins vous êtes en sécurité car personne ne vous arrête, ne vous bastonne, ne vous enlève ou ne vous déporte. Dans un pays démocratique, la situation d’une minorité ne doit pas être jugée sur le fait que sa simple existence est menacée ou non, mais sur les actions entreprises pour supprimer les violations des droits de l’homme et les discriminations".

Šerbo Rastoder explique que les partis politiques du Monténégro ont toujours eu la tentation de faire peur aux minorités et que les Bosniens se sont simplement ralliés à ceux qui promettaient le plus. "L’opposition n’a jamais rien fait pour se rapprocher des minorités, elle ne leur a jamais garanti la sécurité".


Le président du Conseil national serbe considère aussi que les autorités évitent de respecter leurs obligations constitutionnelles envers les minorités. Selon Momčilo Vuksanović, tous ceux qui réclament leurs droits sont présentés comme des personnes voulant détruire l’État monténégrin. Les autorités du Monténégro ne pardonnent pas aux Serbes d’avoir voulu préserver l’Union de Serbie-et-Monténégro.

"C’est mélanger les problèmes… Nous n’avons rien contre l’État du Monténégro et ses symboles, mais nous demandons le droit d’utiliser les nôtres. Nous ne demandons rien d’autre que ce qui nous appartient".

Le ministre pour la Protection des droits de l’homme et des minorités, Fuad Nimani, souligne que beaucoup de d’actions ont été menées pour protéger les droits des minorités et que l’on ne peut parler d’assimilation. Ce dernier considère d’ailleurs que la situation des minorités s’est améliorée et que leurs droits sont garantis par la loi. "Nous n’avons entrepris aucune démarche visant à favoriser l’une ou l’autre minorité. S’il fallait dire en un mot la devise de notre travail, ce serait : l’intégration des minorités dans la société monténégrine sans aucune volonté d’assimilation".

Fuad Nimani affirme ainsi que la minorité serbe jouit des mêmes droits que les autres minorités du Monténégro. "L’État n’a en aucun cas essayé d’assimiler un des peuples du Monténégro. Par exemple, les Albanais règlent leurs différents avec l’État monténégrin en utilisant les institutions. Elles ont été mises en place pour permettre à tout le monde de bénéficier des mêmes droits", assure-t-il.


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