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Le sous-sol de la Bosnie est-il riche... en déchets radioactifs ?

par Dario Terzić
jeudi 12 mars 2009 par Pierre

Que recèle le sous-sol de la Bosnie-Herzégovine ? À en croire les rumeurs, des produits radioactifs auraient été déversés à plusieurs reprises par des soldats français de la Sfor dans les lacs de Buško, Ramsko et Jablaničko et enterrés dans des fosses près de Mostar. Seul problème, personne ne dispose de preuves sérieuses pour étayer ces affirmations... De telles affaires sont régulièrement évoquées depuis une dizaine d’années, mais rien n’est jamais prouvé, et la chape de plomb de l’oubli recouvre vite les scandales.

Osservatorio sui Balcani, 20 février 2009

La Bosnie-Herzégovine importe tout. Même des déchets radioactifs. C’est en tout cas ce que de nombreuses rumeurs laissent entendre. Cependant, la vérité doit être appuyée par des faits... Et dans ce genre d’affaires, les faits, entendons les preuves, restent désespérément bien cachées.

Le début de cette triste histoire remonte aux années 1994-1995. A cette époque, les Balkans servent à des expérimentations de tous types. C’est au cours de ces années que commence également l’histoire de l’uranium appauvri, dont on parle d’ailleurs beaucoup en Italie. En effet, des soldats italiens seraient morts après avoir été contaminés lors de leur séjour en Bosnie-Herzégovine durant la guerre.

De temps à autre, des articles incroyables paraissent dans la presse locale, concernant notamment l’uranium appauvri, mais également l’existence d’autres types de déchets radioactifs.

Le dernier en date a été publié le 3 février 2009, par le quotidien Večernji list et a été repris par toute la presse de Bosnie-Herzégovine. L’article s’intéresse à des décharges de produits radioactifs dans les lacs d’Herzégovine. Les sources, qui veulent toujours rester anonymes (cette fois, il s’agit d’un ancien agent du SIS, le service d’information et de sécurité de Bosnie), évoquent des hélicoptères militaires français qui auraient déchargé des déchets radioactifs dans les lacs de Buško (dans les environs de Livno), Ramsko et Jablaničko (entre Prozor et Jablanica).

Selon cette source anonyme, il s’agirait de blocs de béton de plusieurs tonnes, contenant des déchets radioactifs. Parties de France, les charges radioactives seraient passées par le port de Bar, au Monténégro, auraient transité par Stolac, en Herzégovine, pour finalement rejoindre la région des lacs. Durant tout le trajet, le transport de ces déchets n’aurait rencontré aucun obstacle.

En effet, toute la région étant sous le commandement de la Sfor française, aucune autorité locale n’avait le pouvoir de contrôler quoi que ce soit. Il y a quelques années, des doutes planaient déjà sur ces activités plutôt louches. Les Services secrets de Bosnie-Herzégovine avaient essayé d’intervenir, mais ils n’avaient pu que constater leur impuissance après avoir été accusés de "contrôle illégal des forces de la SFOR".

Selon les médias locaux, toutes les opérations d’enfouissement des déchets radioactifs, dans les trois lacs, se passaient de nuit. Personne ne pouvant observer de près ces activités militaires, l’histoire s’est terminée par des plaintes des habitants de la région à cause du bruit des hélicoptères. Les journaux ont écrit que la France, suite à des démêlés avec l’Espagne concernant des décharges dans les Pyrénées, cherchait ainsi à résoudre son problème de déchets radioactifs.

En ce moment, ces histoires sur les décharges radioactives suscitent intérêt et émoi. Ce n’est pourtant pas la première fois que de telles affaires sont portées au grand jour. Mais elles finissent toutes par tomber dans l’oubli. Il y a quelque temps déjà, on avait écrit que des camions militaires français auraient déchargé du matériel dans les fosses de Goranci, à 20 kilomètres de Mostar. Les habitants avaient protesté, exigeant de savoir de quel type de déchets il s’agissait. Il n’y a pourtant pas eu de suite, bien que de nombreux doutes subsistent encore.

Les histoires de ce genre sont monnaie courante ces dernières années. On dit, par exemple, que les militaires de la SFOR auraient transporté des "charges radioactives" dans des mines abandonnées, près de Jajce et en Bosnie centrale. Mais les sources ne sont jamais en mesure de fournir une documentation solide. Plusieurs rumeurs, donc, mais à la fin, rien de concret. Sans oublier les nombreux cas de tumeur cancéreuse parmi la population de Bosnie-Herzégovine. Pourtant, selon certains spécialistes, l’augmentation des cas de tumeur pourrait être provoquée par d’autres facteurs, et pas forcément par la présence d’uranium appauvri.

Il y a peu de temps, des wagons de déchets ferreux en provenance de Roumanie sont arrivés à l’usine MittalSteel de Zenica. Une certaine radioactivité y a été enregistrée. Rien de nouveau, selon le parti BOSS (Bosanska Stranka) : "dès l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne, ces deux pays ont cherché à se débarrasser de tous leurs déchets radioactifs, et ils ont trouvé des solutions en Bosnie-Herzégovine".

En janvier 2009, la presse locale a rapporté un cas encore plus étrange. Des barils contenant de la peinture radioactive seraient restés pendant des années dans les caves du Parlement de Bosnie. En fait, ces derniers ont été trouvés, il y a des années, dans les environs de Sarajevo et, sans aucun contrôle, transportés dans l’immeuble du Parlement.

En effet, dans les environs de Sarajevo, on trouve depuis 1994 toute sorte de matériel radioactif. L’ancien commandant du Premier corps de l’armée de Bosnie, Vahid Karavelić, s’en souvient. La montagne Igman est devenue une décharge de matériel radioactif, bien qu’il s’agisse pourtant d’une « zone protégée », notamment en raison de ses multiples cours d’eau. Encore aujourd’hui, dans les environs d’Igman, d’Hadžići et de Trnovo, on peut trouver des décharges de ce type.

"Le ministre Sredoje Jović devrait s’occuper de cette question", estime le professeur Lamija Tanović, de la Faculté de physique de Sarajevo. "Malheureusement, l’Agence pour la protection contre le rayonnement ionique et la radioactivité en Bosnie n’a été que récemment constituée. Le ministère des Affaires sociale, dirigé par Sredoje Jović, aurait cependant dû s’occuper de ce problème depuis longtemps", conclut Lamija Tanović.

Ces dernières années, d’autres cas d’importation de matériel dangereux ont été signalés. En 2005, la Croatie voulait se débarrasser d’un grand nombre de bonbonnes de gaz, vieilles de plus de trente ans. Plus de 30.000 de celles-ci ont fini en Bosnie, contre un dédommagement de 50 centimes d’euro par bombonne.

Il existe une multitude de cas de ce genre qui refont surface aujourd’hui. Cependant, même cet article semble incomplet. Il faudrait encore de multiples réponses et autant d’arguments pour mettre un terme à ces affaires. Il s’agit bien d’une histoire sans fin. On en parle aujourd’hui, mais dans quelques semaines, tout sera peut-être déjà oublié. Jusqu’à la prochaine affaire. En attendant, personne ne sait ce qui est enfoui dans le sol de Bosnie-Herzégovine.

Source : Le Courrier des Balkans


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