robin-woodard

Homosexualités : "No Milk today" pour les gays et lesbiennes de Serbie

par Jovana Papović et Marko Tasić
mercredi 16 septembre 2009 par Pierre

Le Centre Sava de Belgrade a décidé, fin février, d’annuler une conférence de presse de la principale ONG gay de Serbie, créant un scandale national. Les militants gays sont venus manifester durant une projection du FEST, le festival de cinéma de Belgrade. La presse et le gouvernement ont condamné la décision de la direction du Centre tandis que le basketteur Vlade Divac, président du comité olympique a apporté son soutien aux militants homosexuels. Si la société serbe est encore très homophobe, il semble néanmoins que l’opinion publique soit en train d’évoluer.

Publié dans Nouvelle Serbie le mercredi 4 mars 2009.

Le 24 février dernier, une centaine de militants de l’ONG Gay Straight Alliance (Gej Strej Alijansa) sont venus interrompre la projection du film Milk de Gus Van Sant, se servant de l’exemple du film, qui illustre le combat de Harvey Milk, homme politique américain et militant pour les droits civiques des homosexuels, pour dénoncer la décision du directeur du Centre Sava d’annuler la conférence de presse de cette organisation qui devait avoir lieu le jour même dans ce Centre.

"Il s’agit d’une des décisions les plus discriminatoires envers les minorités sexuelles depuis l’année 2000", a déploré Boris Milićević, président de l’ONG Gay-straight Alliance (GSA), lors de la conférence de presse qui s’est finalement tenue au Centre pour la décontamination culturelle, le Pavillon Veljković, à Belgrade.

L’association avait en effet prévu de rendre public son rapport 2008 sur l’application des droits des homosexuels en Serbie dans les locaux de conférence du Centre Sava. Dans un communiqué, la direction, qui avait auparavant accepté de prêter ses locaux, a fini par refuser, prétextant que de tels événements ne pouvaient être organisés que par des organisations sérieuses.

Scandalisés par ce geste discriminatoire sans précédent, les réseaux gays et lesbiens se sont mobilisés via Internet, pour mener une opération coup de poing visant à déclencher un scandale médiatique d’envergure.

Mission accomplie puisque les médias (presse écrite, radios et télévision) se sont emparés de l’affaire, obligeant ipso facto les autorités politiques à se prononcer sur cette décision controversée.

48 heures après la conférence de presse, Marko Karadzić, secrétaire d’État attaché au ministère des Droits de l’homme et des minorités, a réagi, regrettant l’intolérance qui persiste en Serbie et se joignant à la cause des minorités sexuelles. Vlade Divać, ancienne star du basket serbe récemment élu président du comité olympique serbe, a lui aussi fait part de son soutien à la cause homosexuelle.

Les résultats d’un sondage réalisé en 2008 par GSA en collaboration avec le Conseil de l’Europe sur l’homosexualité en Serbie offre un éclairage intéressant sur cette question. Selon cette étude, les gays, lesbiennes et transsexuels représentent environ 10% de la population serbe. Toujours selon cette étude, 70% des personnes interrogées croient encore que l’homosexualité est une maladie et seules 30% des personnes interrogées considèrent les personnes homosexuelles comme leurs égales.

Il faut cependant noter un changement dans les mentalités. Chez les 15-25 ans, l’homophobie est sensiblement plus faible que dans les classes d’âges supérieures. Comme d’ici une dizaine d’années cette classe d’âge prendra en main le destin du pays, on peut d’ores et déjà prévoir que la tolérance devrait gagner la Serbie, que l’homophobie diminuera inexorablement et qu’à l’avenir la société serbe respectera toujours plus les minorités sexuelles.

Le leader de GSA, Boris Milicević, souligne le caractère historique de cette protestation, invitant l’ensemble des forces politiques et médiatiques à agir. Depuis 10 ans, beaucoup de choses ont déjà changé en faveur des minorités sexuelles même si l’échec de la Gay Pride en 2001 laisse, encore aujourd’hui, un goût amer à ses organisateurs. L’objectif clairement affiché par l’GSA est de développer une telle manifestation à Belgrade avec le succès qu’elle connaît dans la plupart des métropoles européennes.

L’institut public pour les droits de l’Homme et des minorités sexuelles a produit un rapport sur l’évolution des droits des populations homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles en Serbie entre 1998 et 2008. Des progrès sont à noter. D’un point de vue juridique, plusieurs lois ont été promulguées ; celle contre la discrimination ne saurait tarder.

Les médias sont devenus les amis affichés des communautés gay et lesbienne, ce qui leur offre un espace médiatique où elles peuvent exprimer leurs revendications.

Quant à l’État, il est passé d’une politique sociale inexistante à une action sociale embryonnaire. Les leaders des associations homosexuelles voient dans cette évolution le symbole de l’émergence d’une volonté politique. Pourtant, des efforts doivent être accomplis en ce qui concerne la responsabilité et la condamnation des auteurs d’actes homophobes. Le système pénal serbe prévoit des sanctions encore trop légères pour ce genre de comportements.

"Il reste aussi beaucoup de progrès à faire du coté du renforcement de la communauté". Selon Marija Sakić, militante à l’association Labris, une structure qui défend les droits des lesbiennes, les plus grands obstacles à surmonter sont le tabou qui règne autour de l’homosexualité et la violence que ce tabou engendre. Bien des personnes n’osent toujours pas faire leur coming out, c’est pourquoi l’association se focalise sur l’écoute et le conseil.

Il est important de montrer que l’opinion publique peut changer en fonction de l’impact du mouvement sur la société. L’ampleur de la revendication peut, elle aussi, aider à casser les préjugés. "Il faut aider les gens à ce qu’ils s’acceptent eux même, c’est le seul chemin pour que la société nous accepte, car plus la communauté sera forte, plus elle sera légitime et crédible", explique Marija Sakić.

Malgré une forte résistance contre l’organisation d’une Gay Pride à Belgrade, la manifestation bénéficie d’une grande volonté en la matière de la part de la classe politique, des médias et du Conseil de l’Europe lui-même. La réussite d’une telle manifestation serait, selon le président de la Gay-Straight Alliance, un message fort pour l’Union européenne ainsi que pour l’opinion publique serbe. Cela démontrerait la capacité du peuple serbe à évoluer et progresser sur des questions sociétales particulièrement sensibles.

Source : Le Courrier des Balkans


forum

Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 939 / 595105

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Monde  Suivre la vie du site Europe  Suivre la vie du site Balkans  Suivre la vie du site Serbie   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.21 + AHUNTSIC

Creative Commons License