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Les nuages s’amoncellent sur la toute nouvelle prison de Mont de Marsan

Auteur : elisa artigue-cazcarra pour Sud Ouest
samedi 10 janvier 2009 par anik

Sud Ouest : MONT-DE-MARSAN. La situation ubuesque en cours au nouveau centre pénitentiaire, non opérationnel depuis le 28 décembre, soulève de nombreuses interrogations et alimente la polémique.

Deux semaines après l’énorme panne, on ignore toujours l’origine de l’incident et la date de réouverture du centre pénitentiaire. (Photo Nicolas le lièvre - non reprise ici)

Depuis le 28 décembre et l’évacuation des 90 premiers détenus qui y étaient incarcérés, on se presse au chevet du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, dont la guérison se fait toujours attendre. Incessant, le bal des différents partenaires publics et privés associés à la construction de cette prison « nouvelle génération », inaugurée par le garde des Sceaux, Rachida Dati, le 20 novembre dernier et ouverte le 7 décembre, n’a pour l’heure apporté aucune réponse sur les raisons de la paralysie de cet équipement de 56 millions d’euros. Une absence de transparence qui soulève plusieurs interrogations et ne manque pas d’alimenter la polémique.

Silence radio quant à l’origine de la panne

Deux semaines après la panne électrique qui a plongé dans le noir et le froid le centre pénitentiaire, l’origine de l’incident reste encore mystérieuse. « La cause a été identifiée, et les travaux ont progressé », assure pourtant la chargée de communication de la Direction interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux, dont dépend l’établissement.

« Des tests sont en cours afin de permettre une réouverture dans les meilleures conditions », poursuit-elle, tout en demeurant silencieuse sur la source du problème. Un mutisme également observé du côté de l’entreprise DV Construction, la filiale de Bouygues qui a édifié le bâtiment, et de son sous-traitant SEEM qui a procédé à toute l’installation électrique. Mais qui a le don d’exaspérer les syndicats de la pénitentiaire.

Mercredi, trois représentants de la CGT et de l’Ufap, dont deux appartiennent au personnel technique, ont voulu visiter le local qui renferme les armoires basse tension d’où est parti le court-circuit. Leur motivation : comprendre ce qui s’est passé. Peine perdue, ils n’ont pas obtenu l’autorisation de leur direction.

Plusieurs malfaçons, selon les syndicats

Cependant, les syndicalistes ont pu accéder au reste du site. «  Nous avons constaté d’autres malfaçons, notamment des infiltrations d’eau, depuis les toits en terrasse, qui s’écoulent sur des tableaux électriques », affirment de concert David Torres, Michel Mirabel (tous deux délégués CGT) et Dominique Gelak (Ufap). Et les trois hommes - qui ont lancé un appel au préfet des Landes, l’invitant à «  ne pas délivrer une autorisation de réouverture prématurée qui pourrait s’avérer dangereuse pour les employés et les prisonniers » - de se demander si «  les bons matériaux ont été utilisés » pour cette infrastructure de plusieurs dizaines de millions d’euros.

Inscrit au programme national de construction de 13 200 places de détention supplémentaires, le centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, à l’instar des deux nouvelles prisons de Bourg-en-Bresse et de Rennes, a été réalisé en maîtrise d’ouvrage publique selon la procédure de conception-réalisation.

Ce type de contrat lie le maître d’ouvrage à un groupement composé d’un concepteur (architecte) et d’une entreprise de construction. Dans un marché public classique, ces derniers sont séparés. «  En contractant les procédures, la conception-réalisation représente un gain de temps considérable », avance la responsable de la communication de l’Apij, l’Agence publique pour l’immobilier de la justice, établissement placé sous la tutelle du ministère de la Justice et qui pilote les différents chantiers du programme de 13 200 places.

Mais ce dispositif est vivement critiqué par les architectes, qui craignent la perte de leur indépendance par rapport au constructeur et un défaut de protection des intérêts du maître d’ouvrage. Dans le cas de Mont-de-Marsan, le groupement de conception-réalisation retenu implique le cabinet d’architectes Borja Huidobro/A5/C + H + et DV Construction.

Quelle est la facture, et qui va la payer ?

Enfin, un autre problème se pose à la suite de la fermeture exceptionnelle de la prison montoise : la question de son coût. Celui-ci n’a toujours pas été révélé. Or, il est évident que l’importante mobilisation de forces de l’ordre pour le transfèrement en urgence des détenus dans d’autres maisons d’arrêt de la région a un prix. De même que le repos forcé d’une majorité des 270 membres du personnel pénitentiaire du centre. « En temps normal, au moins 80 surveillants sont mobilisés en journée. Actuellement, ils ne sont que 12 », assure David Torres. À qui va incomber la facture ? Sachant que l’État est son propre assureur, il pourrait avoir à faire l’avance. En attendant de se retourner contre ses partenaires privés, s’il est établi que ceux-ci sont responsables. Pour cela, encore faut-il connaître la cause de cette panne extraordinaire...

Source : Sud Ouest

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