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Et après cela ? Les élections, l’économie et le monde

Noam Chomsky
lundi 15 décembre 2008 par anik

Lors d’un échange, la semaine dernière, à Boston, l’intellectuel de renommée mondiale Noam Chomsky discutait de la signification de la victoire de Barack Obama aux élections présidentielles et des possibilités qui s’offraient en vue d’un véritable changement démocratique. C’était la première apparition en public de Chomsky après les élections. Durant plus d’un demi-siècle, Chomsky a été professeur de linguistique au Massachusetts Institute of Technology et il est l’auteur d’une longue série d’ouvrages qui ont eu une grande influence sur l’actuelle vision progressiste du monde.

Transcription d’un enregistrement audio

AMY GOODMAN. Le président élu Obama et le vice-président élu Joe Biden tiennent une conférence d’information à Chicago afin de présenter à l’avance leur équipe de conseillers économiques et leurs plans de remise en état d’une économie de plus en plus chancelante. Mais, alors qu’Obama constitue son cabinet et qu’il se prépare à reprendre les rênes du pouvoir au président Bush, d’autres questions se posent sur le genre de changement qu’il apportera à Washington et au monde entier.

Les progressistes qui ont soutenu la candidature d’Obama et qui ont célébré sa victoire historique sont consternés par le fait qu’il a choisi des personnes de l’époque de Clinton comme principaux conseillers : bon nombre d’entre eux ont soutenu la dérégulation économique et sont de vrais bellicistes, sur le plan de la politique étrangère.

Dans un discours récent prononcé à Boston, l’intellectuel de renommée mondiale Noam Chomsky parlait de la signification de la victoire d’Obama et des possibilités qui s’offraient en vue d’un véritable changement démocratique. Durant plus d’un demi-siècle, Chomsky a été professeur de linguistique au Massachusetts Institute of Technology et il est l’auteur d’une longue série d’ouvrages influents traitant de la politique étrangère américaine, du rôle des intellectuels et de la fonction des mass media. La semaine dernière, à Boston, pour sa première apparition en public depuis les élections, le professeur Chomsky a parlé devant un public venu en masse. L’événement était organisé par « Encuentro 5 ». La conférence du professeur Chomsky était intitulée «  Et après cela ? Les élections, l’économie et le monde ».

NOAM CHOMSKY. Eh bien, commençons par les élections. Le mot qui est sur toutes les lèvres est le mot « historique ». Une élection historique. Et je suis d’accord. Ce fut une élection historique. Avoir une famille noire à la Maison-Blanche, c’est une prouesse importante. En fait, c’est historique dans un sens plus large. Les deux candidats démocrates étaient un Afro-américain et une femme. Deux prouesses remarquables. Retournons, disons, quarante ans en arrière et la chose eût été impensable. Ainsi donc, quelque chose est arrivé au pays en quarante ans. Et qu’est-ce qui est arrivé au pays – et c’est ce que nous ne sommes pas censés dire –, c’est qu’il y a eu dans les années 60 un militantisme considérable et très constructif qui a eu ses répercussions. Ainsi, le mouvement féministe, qui s’est surtout développé dans les années 70, et les mouvements de solidarité des années 80, qui se sont maintenus jusqu’à ce jour. Et ce militantisme a civilisé le pays. Le pays est bien plus civilisé qu’il ne l’était il y a quarante ans et les réalisations historiques illustrent la chose. C’est également une leçon pour ce (..)

Ce qui va venir après dépendra de ceci : est-ce que la même chose va se produire ? Les changements et le progrès sont très rarement des dons d’en haut. Ils viennent des luttes d’en bas. Et la réponse à propos de ce qui va venir après dépend de personnes comme vous. Personne d’autre ne peut y répondre. Ce n’est pas prévisible. En un sens, l’élection a été surprenante à certains égards.

Revenons-en à ma prédiction erronée. Si la crise financière n’avait pas eu lieu au moment où elle a eu lieu, si elle avait été reportée de quelques mois, je présume que ma prédiction aurait été correcte. Mais, sans vouloir discuter, une chose surprenant à propos de cette élection, c’est qu’elle n’a rien eu d’un glissement de terrain.

Je m’explique. Conformément aux critères habituels, vous vous attendriez à ce que le parti de l’opposition gagne les élections avec une écrasante majorité, dans des conditions comme celles qui existent aujourd’hui. Le président en fonction durant huit ans a été si impopulaire que son propre parti ne pouvait mentionner son nom et qu’il devait même faire semblant d’être hostile à sa politique. Il a présidé en sortant le pire des bilans, pour les petites gens, de toute l’histoire d’après-guerre, aussi bien en termes de croissance de l’emploi, de la richesse réelle, etc. Absolument tout ce à quoi l’administration a touché s’est soldé par un désastre. Le pays a atteint le niveau de popularité le plus bas de son histoire, dans le monde. L’économie a été sabordée. Plusieurs récessions ont cours et se poursuivent. Pas uniquement celle dont on parle à la une, la récession financière. Il y a également récession dans l’économie réelle. L’économie productive, dans ces circonstances, et les gens le savent. Ainsi, 80 pour cent de la population dit que le gouvernement n’œuvre pas au profit du peuple, il œuvre pour le petit nombre et pour les intérêts spéciaux. Et 94 pour cent – un chiffre renversant ! – se plaint de ce que le gouvernement ne tient absolument pas compte de la volonté publique, et ainsi de suite. Dans de pareilles conditions, on s’attendrait à un important glissement vers une opposition, quelle qu’elle soit ou presque. Et cela n’a pas été le cas.

Ainsi, on pourrait se demander pourquoi il n’y a pas eu de glissement de terrain. Cela part dans une direction intéressante. Et, sous d’autres aspects, le résultat a été assez familier. Ainsi, une fois encore, l’élection a été essentiellement achetée. Neuf vainqueurs sur dix ont dépensé plus que leur opposant. Obama, naturellement, a dépensé plus que McCain. Si vous regardez les résultats… – en fait, nous n’avons pas encore les rapports finaux des résultats finaux, mais ils vont sans doute être très ressemblants à ceux des préliminaires d’il y a quelques mois. Lesquels ont montré qu’Obama, tout comme McCain, ont obtenu le gros de leur financement auprès des institutions financières et, pour Obama, des sociétés juridiques, ce qui veut dire essentiellement des lobbyistes. Un peu plus d’un tiers, voici quelques mois. Mais les résultats finaux seront probablement les mêmes. Et il existe… Pour l’essentiel, cette théorie prétend que les élections sont des moments importants où les groupes d’investisseurs s’unissent et investissent en vue de contrôler l’État, et on peut tout à fait prévoir leur succès substantiel : cela fournit des suggestions à propos de ce qui est susceptible d’arriver. Ainsi donc, cette partie de l’histoire est familière. Mais la question de savoir de quoi l’avenir sera fait, comme je le dis, dépend des gens comme vous.

La réponse sur le plan électoral a été intéressante et instructive. On s’en est plutôt tenu, généralement, à la rhétorique ampoulée, pour reprendre le cliché, qui a constitué le thème majeur de l’élection. L’élection a été décrite comme un merveilleux déploiement de démocratie, un miracle qui ne pouvait se produire qu’en Amérique, etc., etc. Bien plus extrême qu’en Europe et même qu’ici. Il y a une certaine exactitude, là-dedans, si nous nous en tenons à l’Ouest, oui, c’est probablement vrai. Cela n’aurait pu se produire nulle part ailleurs. L’Europe était bien plus raciste que les États-Unis et vous ne vous attendriez pas à ce que quelque chose de semblable s’y produise.

Par ailleurs, si vous regardez le monde, ce n’est aussi remarquable qu’on le pense. Ainsi, prenons les pays les plus pauvres de l’hémisphère occidental : Haïti et la Bolivie. À Haïti, il y a eu en 1990 une élection qui a réellement constitué un extraordinaire déploiement de démocratie, et bien mieux qu’ici.

À Haïti, il y avait des mouvements de la base, des mouvements populaires qui s’étaient développés dans les bidonvilles et les collines et auxquels personne ne prêtait la moindre attention. Et ils se sont arrangés, même sans ressources du tout, pour pousser leur propre candidat vers le pouvoir, un prêtre populiste, Jean-Bertrand Aristide. C’est une victoire pour la démocratie quand des mouvements populaires peuvent s’organiser et monter des programmes et choisir eux-mêmes leur candidat et l’installer au pouvoir, et ce n’est pas ce qui s’est passé ici, bien sûr que non.

Je veux dire qu’Obama a organisé un grand nombre de personnes et de personnes très enthousiastes dans ce qu’on désigne dans la presse comme « l’armée d’Obama ». Mais l’armée est censée recevoir des instructions et non de mettre en application, de développer des programmes et de charger son propre candidat de les appliquer. C’est critique. Si l’armée s’en tient à cette condition, rien de plus ne changera. Si, par contre, elle emprunte la même voie que les activistes avaient prise dans les années 60, beaucoup de choses peuvent changer. C’est un des choix qu’il y a lieu de faire. C’est Haïti. Naturellement, ça n’a pas duré longtemps. Quelques mois plus tard, il y a eu un coup d’État militaire, une période de terreur, nous n’allons pas énumérer tout ce qui s’est passé. Jusqu’à présent, les traditionnels bourreaux de Haïti, la France et les États-Unis, se sont assurés qu’il n’y aurait là pas de victoire de la démocratie. C’est une histoire très malheureuse. Contraire à bien des illusions.

Prenons le second pays le plus pauvre, la Bolivie. Ils ont eu en 2005 une élection quasi inimaginable en Occident. Ici, en tout cas, et n’importe où ailleurs aussi. La personne qui a été élue était un indigène. C’est la population la plus opprimée de tout l’hémisphère, enfin, ceux qui ont survécu. Lui, c’est un paysan pauvre. Comment a-t-il fait pour arriver là ? Eh bien, il y est arrivé parce que, une fois encore, il y a eu un mouvement populaire de masse, lequel a élu son propre représentant. Et ce mouvement populaire est la source des programmes, qui sont des programmes sérieux. Il y a de vrais problèmes, et les gens les connaissent. Le contrôle sur les ressources naturelles, les droits culturels, la justice sociale, etc.

En outre, l’élection n’était qu’un événement constituant une étape particulière d’une longue lutte continue, bien avant et bien après l’élection. Il y a eu un jour où les gens ont eu les manettes en main, mais ce n’était qu’une péripétie des luttes populaires en cours, des luttes très sérieuses. Il y a quelques années, il y a eu un combat majeur à propos de la privatisation de l’eau. Une mesure dont l’effet aurait été de priver une bonne partie de la population d’eau potable. Et ce fut un combat très âpre. Un tas de gens ont été tués, mais ils l’ont gagné, ce combat. Par le biais de la solidarité internationale, en fait, qui a été très utile. Et le combat continue. Cette fois, il s’agit d’une élection réelle. Une fois encore, les plans, les programmes sont développés, remaniés, peaufinés constamment par les mouvements populaires de masse qui, alors, choisissent leurs propres représentants dans leurs propres rangs afin d’appliquer leurs programmes. Et c’est absolument différent de ce qui s’est passé ici.

En fait, ce qui s’est passé ici est bien compris des éléments de l’élite. L’industrie des relations publiques, qui gère les élections ici – des extravagances quadriennales, essentiellement – fait en sorte que les problèmes restent maintenus dans la marge et qu’on se focalise sur les personnalités, les personnages marquants, etc. Ils agissent ainsi pour de bonnes raisons. Ils savent – ils examinent les sondages de l’opinion publique et ils savent parfaitement bien qu’à propos de toute une flopée de problèmes importants, les deux partis se situent bien à droite par rapport à la population. C’est une excellente raison pour garder les problèmes hors de la table. Et ils reconnaissent le succès.

Ainsi, chaque année, l’industrie de la pub décerne un prix, vous savez, à la meilleure campagne de marketing de l’année. Cette année, c’est Obama qui a remporté le prix. Il a battu à plate couture la compagnie Apple. La meilleure campagne de marketing de 2008. C’est correct, c’est essentiellement ce qui s’est passé. Maintenant, c’est absolument différent de ce qui se passe dans une démocratie qui fonctionne comme, disons, la Bolivie ou Haïti, hormis le fait que, dans ce dernier pays, elle a été écrasée. Et, dans le Sud, ce n’est pas si rare que cela. Remarquez que chacun de ces cas, cela a déclenché un déploiement bien plus extraordinaire de démocratie que celui que nous avons vu ici, tout important qu’il ait été aussi. Et, ainsi, la rhétorique, particulièrement en Europe, est correcte si nous conservons notre propre perspective étriquée et raciste et que nous disons oui, ce qui s’est passé dans le Sud ne s’est pas passé, en fait, et puis, qu’importe, après tout ? La seule chose qui compte, c’est ce que nous faisons et, selon nos propres normes, ce fut un miracle extraordinaire, mais pas selon les normes d’un vrai fonctionnement démocratique. En fait, il y a une différence entre la théorie démocratique, laquelle distingue, disons, les États-Unis de la Bolivie ou de Haïti.

La question est de savoir ce qu’est censée être une démocratie. C’est précisément un débat qui remonte à la convention constitutionnelle. Mais, au cours des toutes dernières années du 20e siècle, il a été assez bien articulé par des personnages importants. Ainsi, du côté libéral, du côté progressiste, l’intellectuel public de pointe du 20e siècle a été Walter Lippmann. Un progressiste à la Wilson, Roosevelt, Kennedy. Et une bonne partie de son œuvre a traité de la théorie démocratique et il a été assez direct sur la question. Si vous adoptiez une position pas trop différente de celle de James Madison. Il dit que, dans une démocratie, la population a une fonction. Sa fonction est d’être spectatrice et non participante. Il ne l’appelle pas population, il l’appelle les ignorants, les gens à l’écart qui se mêlent de tout. Les ignorants et les mêle-tout ont une fonction, à savoir observer ce qui se passe. Et de manipuler des leviers à tout bout de champ et de rentrer ensuite chez eux. Mais, les participants, c’est nous, nous les privilégiés, les gens intelligents. Eh bien, c’est une conception de la démocratie. Et vous savez, en essence, nous venons d’assister à un épisode de ce genre de démocratie. Très souvent, la population ne l’accepte pas. Comme je l’ai mentionné, dans les tout récents sondages, les gens s’y opposent à une majorité écrasante. Mais ils ont été atomisés, séparés. Bon nombre d’entre eux se sentent désemparés, sans organisation et ils n’ont pas l’impression qu’ils peuvent y changer quoi que ce soit. Et ainsi, ils détestent ça. Mais c’est là que les choses se terminent.

Dans une démocratie qui fonctionne comme, disons, en Bolivie ou aux États-Unis à des époques antérieures, ils agissaient, à ce propos. C’est pourquoi nous avons les mesures du New Deal, les mesures de la Grande Société. En fait, à propos de chaque étape, sans exception, vous savez, les droits de la femme, la fin de l’esclavage, remontez aussi loin que vous voulez, rien n’arrive comme un cadeau. Et ce ne sera pas non plus le cas dans le futur. Les commentateurs en sont assez bien conscients. Ils n’expliquent pas les choses comme je vais vous les dire, mais si vous lisez la presse, on en parle. Ainsi, prenons notre journal local, à l’extrémité libérale du prisme politique, le Boston Globe… Vous avez probablement remarqué, tout de suite après l’élection, une histoire à la une, la principale histoire à la une expliquait comment Obama a développé cette admirable armée de gens de la base, sans toutefois rien devoir à personne. Ce qui est censé être une bonne chose. Ainsi donc, il est libre de faire ce qu’il veut. Du fait qu’il ne doit rien à personne, à l’électorat démocratique ordinaire, les travailleurs, les femmes, les minorités, etc., ce n’est pas eux qui l’ont mis en place. Et ainsi donc, il ne leur doit rien.

Ce qu’il a eu, c’est une armée de gens qu’il a organisée et qui ont poussé à voter pour Obama. Pour ce que la presse appelle «  la marque Obama ». Ils sont d’accord avec les publicitaires, pour l’essentiel. Son armée a été mobilisée pour l’amener à la Maison-Blanche. Ils considèrent cela comme une bonne chose, accepter la conception lippmannienne de la démocratie : les ignares et les mêle-tout sont censés faire ce qu’on leur dit de faire et rentrer chez eux ensuite. Le Wall Street Journal, à l’autre extrémité du prisme, a également publié un article sur le même sujet et, grosso modo, au même moment. Il parlait de la terrible armée de gens de la base qui a été mise sur pied et qui, maintenant, attend ses instructions. Qu’est-ce qu’ils vont devoir faire, maintenant, pour faire avancer l’agenda d’Obama ? Quel qu’il soit. Mais, quel qu’il soit, l’armée est censée être là pour recevoir des instructions et hâter le boulot. Le Los Angeles Times a publié des articles similaires et d’autres journaux aussi. Ce qu’ils ne semblent pas comprendre, c’est ce qu’ils décrivent, l’idéal de ce qu’ils décrivent, c’est la dictature, pas la démocratie. La démocratie, du moins pas dans le sens lippmannien du terme, s’est-il avéré – j’ai choisi Lippmann parce qu’il est célèbre, mais il a une position standard, à ce propos – mais dans un sens, disons, qui est plutôt celui du Sud, où les mouvements populaires de masse ont développé des programmes, s’organisent pour participer aux élections, mais là, c’est une partie d’un processus en cours. Et ils amènent quelqu’un qui provient de leurs propres rangs pour réaliser les programmes qu’ils développent et si la personne en question ne le fait pas, ils sortent de chez eux. OK, c’est une autre sorte de démocratie. Ainsi donc, c’est à nous de choisir le genre de démocratie que nous voulons. Et, je le répète, c’est cela qui va déterminer ce qui doit venir après.

Eh bien, que pouvons-nous anticiper si l’armée populaire, l’armée de la base, décide d’accepter la fonction de spectatrice de l’action plutôt que celle d’actrice, de participante ? Il y a deux sortes de signes visibles. Il y a les discours et il y a l’action. Les discours, vous savez, c’est très édifiant : le changement, l’espoir, etc. Le changement, c’est le genre de réflexion que, cette année, chaque manager de parti qui a lu les sondages, y compris ceux dont j’ai parlé, sortirait d’emblée, disant que le thème de notre élection doit être le changement. Car les gens détestent ce qui se passe actuellement, et ils ont de bonnes raisons, pour ça. Ainsi donc, le thème, c’est le changement. En fait, les deux partis l’ont dit : le thème, c’était le changement. Vous savez, rupture avec le passé, on ne veut plus de l’ancienne façon de faire de la politique, des choses nouvelles vont se produire… La campagne Obama l’a fait mieux et c’est ainsi qu’elle a remporté la récompense du meilleur marketing, et non la campagne de McCain.

Et, remarquez incidemment, sur le côté, que les institutions qui gèrent les élections, l’industrie des relations publiques, les publicitaires, ils ont un rôle – leur rôle majeur, c’est la publicité commerciale. Je veux dire : vendre un candidat, c’est une espèce de règle sur le côté. En publicité commerciale, comme tout le monde le sait, tous ceux qui ont déjà vu une émission de télévision, la publicité n’a pas pour but de fournir des informations sur un produit, c’est bien d’accord ? Pas besoin de continuer sur le sujet. C’est évident. Le point important de la publicité, c’est d’illusionner les gens à l’aide d’une imagerie et, vous le savez, les histoires à propos d’un footballeur, ou d’une actrice sexy qui, vous le savez, fonce vers la lune dans une voiture ou un truc dans le genre. Mais le but, ce n’est certainement pas d’informer les gens. En fait, le but, c’est de les laisser non informés !

Le but de la publicité est de créer des consommateurs non informés qui feront des choix irrationnels. Ceux d’entre vous qui ont souffert en raison du cours de l’économie savent que les marchés sont censés s’appuyer sur des consommateurs informés opérant des choix rationnels. Mais l’industrie dépense des centaines de millions de dollars par an pour saper les marchés et pour faire en sorte, vous le savez, d’avoir des consommateurs non informés qui feront des choix irrationnels.

Et quand ils passent à la vente d’un candidat, ils font la même chose. Ils veulent des consommateurs non informés, vous savez, des électeurs non informés qui feront des choix irrationnels reposant sur le succès d’une illusion, sur la calomnie, sur l’efficacité du langage corporel ou sur tout ce qui est censé avoir de l’importance. Ainsi, vous savez la démocratie à peu près de la même façon que vous savez les marchés. Eh bien, telle est la nature d’une élection quand elle est dirigée par le monde des affaires, et vous deviez vous y attendre, que ce serait comme ça. Il ne devrait pas y avoir de surprise, là. Et ce devait également être comme ça, que le candidat ne devait rien à personne. Et ainsi, vous pouvez déduire que « la marque Obama » sera tout ce qu’ils auront décidé, et non ce que la population a décidé, comme c’est le cas dans le Sud, disons. Je dirai incidemment que ceci peut être un exemple réel phrase toute faite, familière et inhabituellement creuse, sur le choc des civilisations. Peut-être y en a-t-il vraiment un, de choc, mais pas du genre de celui dont on nous rebat les oreilles d’ordinaire.

Donc, retournons aux signes visibles dont nous disposons, les discours et l’action. Les discours, nous les connaissons, mais quelles sont les actions ? Jusqu’ici, les actions les plus importantes, sont les sélections - en fait, la seule action – du personnel pour faire percer «  la marque Obama ». Le premier choix a été le vice-président, Joe Biden, au Sénat l’un des plus fervents partisans de la guerre en Irak. Un homme en place depuis longtemps à Washington ne s’écarte que très rarement du vote du parti. Dans les cas où le fait, il ne s’agit pas de choses très édifiantes. Lui, il a rompu avec le parti et a voté pour une résolution du Sénat qui empêchait les gens de se débarrasser de leurs dettes – il s’agit d’individus, ici – en se mettant eux-mêmes en faillite. C’est un coup contre les gens pauvres qui se sont retrouvés coincés dans cette dette immense qui constitue une part importante de l’économie de nos jours. Mais, habituellement, il est le genre de gars qui suit tout droit la ligne du parti démocrate, plutôt dans le camp nationaliste ultra. Le choix de Biden était ou doit avoir été, du moins, une tentative consciente de manifester du mépris à l’égard de la base des gens qui votaient pour Obama, ou de l’organiser en tant que candidat opposé à la guerre.

Eh bien, le premier rendez-vous après l’élection a été convenu avec le futur secrétaire général de la Maison-Blanche, un rendez-vous d’une importance cruciale, qui va déterminer une part importante de l’agenda du président. Il s’agit de Rahm Emanuel, l’un des plus fervents supporters de la guerre en Irak à la Maison-Blanche. En fait, il était le seul membre de la délégation de l’Illinois à avoir voté pour la déclaration de guerre officielle de Bush. Et, une fois de plus, un initié de longue date à Washington. En même temps, il est au Congrès l’un des principaux bénéficiaires des financements de la part des fonds de couverture des institutions financières, etc. Lui-même est un banquier spécialisé dans les investissements. Voilà son contexte. Et ainsi, c’est lui le nouveau secrétaire général de la Maison-Blanche.

La série suivante de rendez-vous constituait le principal problème, la première question que le gouvernement va devoir affronter, c’est que faire à propos de la crise financière. Les choix d’Obama pour gérer plus ou moins cette affaire ont été Robert Rubin et Larry Summers, anciens secrétaires au Trésor sous Clinton. Ils font partie des gens substantiellement responsables de la crise. Un économiste éminent, l’un des rares économistes à avoir eu raison d’un bout à l’autre en prédisant ce qui est arrivé, Dean Baker, a fait remarquer que les avoir choisis équivalait à choisir Osama Bin Laden pour gérer la guerre contre le terrorisme.

Oui, je vais terminer. Cela m’évite le problème de ce qui va venir ensuite et, ainsi, je vais en finir avec les élections. Permettez-moi d’y aller d’un dernier commentaire sur tout ceci. Il y a eu une réunion le 7 novembre, je pense, d’un groupe de deux douzaines de conseillers pour traiter de la crise financière. À propos de leurs carrières, leurs états de service ont été passés en revue dans la presse des affaires et Bloomberg News a également publié un article passant en revue leurs états de service en concluant que ces gens, ou la plupart du moins, ne devraient pas donner de conseils à propos de l’économie. On devrait plutôt les citer à comparaître.

Du fait que la plupart d’entre eux ont été impliqués dans l’une ou l’autre forme de fraude financière, cela inclut Rahm Emanuel, par exemple. Quelle raison y a-t-il de penser que les gens qui nous ont amené cette crise vont d’une façon ou d’une autre réparer les dégâts ? Eh bien, c’est une bonne indication de ce qui est susceptible de venir par la suite, du moins si nous considérons les actes. Nous n’avons pu le faire, mais ça ne se fera pas non plus. Vous pouvez mettre la question sur le tapis. Demander ce que nous nous attendons à voir dans certains cas particuliers. Et on peut en tirer des indices de certaines déclarations figurant sur le site Internet d’Obama. Je ne mentionnerai qu’une chose, à propos du site d’Obama, une chose qui donne une idée de ce qui se passe. L’un des problèmes majeurs qui vont venir, c’est l’Afghanistan et le Pakistan. C’est assez sérieux. Jetez un coup d’œil sur le site d’Obama du côté des questions de politique étrangères. Les noms n’apparaissent même pas. Nous ne sommes pas censés savoir ce qu’est «  la marque Obama ». Et ainsi, vous ne pourrez rien trouver de ce côté. Les déclarations que vous entendez sont assez bellicistes. Et ça ne change guère au fur et à mesure où vous parcourez la liste. Donc, c’est à vous de prendre la relève et de continuer.

Traduction en français et légère adaptation : Jean Marie Flémal, pour Investigaction.

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