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La tourmente financière vue d’un paradis fiscal

Par Olivier Cyran
lundi 15 décembre 2008 par anik

Chronique des jours ordinaires à Jersey

Allemagne, Chine, France, Inde, Russie, Royaume-Uni : les gouvernements annoncent des plans pharaoniques destinés à enrayer la récession. Déboussolés, les marchés financiers multiplient les mouvements erratiques. Encore marginalisé il y a peu, l’Etat redevient le premier acteur de l’économie. Au point de provoquer une mise en garde de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) : « Si un constructeur fait faillite, les acheteurs iront voir la concurrence : il n’y a pas là d’effet de contagion », a ainsi expliqué son économiste en chef, M. Klaus Schmidt-Hebbel. Mais, quand il s’agit des banques, la règle de l’OCDE ne s’applique plus... Après le renflouement de Citigroup et l’annonce par Washington, le 25 novembre, d’une nouvelle perfusion de 800 milliards de dollars, les sommes mobilisées par les seuls pouvoirs publics américains pour soutenir l’activité ou garantir des actifs avoisinent 8 500 milliards de dollars. Une fraction aboutira sur les comptes d’établissements domiciliés dans des paradis fiscaux. Là où, malgré les gesticulations des responsables politiques, les grandes entreprises ne connaissent pas la crise…

« Eliminer les paradis fiscaux ? Oui, j’en ai entendu parler à la BBC [British Broadcasting Corporation]. Il paraît que votre président est très remonté. Eh bien, si vous trouvez une seule personne par ici qui prenne sa menace au sérieux, soyez gentil, vous me la présentez ! » Dans un rire saccadé, le col blanc écrase son mégot et s’engouffre dans sa ruche. Sur le marbre de l’entrée, une cinquantaine de plaques dorées comme des sous neufs identifient les maîtres des lieux : cabinets comptables, agents de change, avocats d’affaires, administrateurs de sociétés-écrans... L’ingénierie de l’évasion fiscale a envahi tout le front de mer de Saint-Hélier, capitale de Jersey, une coulée de béton offshore flanquée de falaises qui plongent dans la brume. Sur les quatre-vingt-dix mille habitants de la petite île anglo-normande, ils sont plus de douze mille à travailler pour la finance, soit un quart de la population active.

Ceux qui escomptaient que l’offensive verbale de l’Elysée contre les paradis fiscaux sèmerait l’épouvante chez les intéressés en seront pour leurs frais. Au soir du 15 octobre, alors que le chef de l’Etat français vient de prononcer à Bruxelles un « discours choc et intransigeant » (selon l’expression du Monde ) appelant à l’«  élimination des zones d’ombre » de la finance mondiale, la presse locale ignore l’événement. Le lendemain, le Jersey Evening Post, seul quotidien de l’île, préfère titrer sur la méforme des athlètes jersiais aux Jeux de la jeunesse du Commonwealth en Inde. Pas un mot sur les déclarations tonitruantes de M. Nicolas Sarkozy, dont les médias français ont pourtant pris soin de souligner l’impact planétaire.

Inconscience du péril qui guette, ou appréciation lucide du rapport de forces ? Situés à vingt kilomètres seulement des côtes françaises, les Etats de Jersey — appellation officielle de ce territoire confetti formellement indépendant, quoique rattaché à la Couronne britannique — jouissent d’un produit national brut qui, rapporté au nombre d’habitants, en fait le troisième pays le plus riche du monde (...)

Retrouvez la version intégrale de cet article dans Le Monde diplomatique actuellement en kiosques.

Olivier Cyran.


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