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Au dela de l’économie globalisée

Par : Veronika Bennholdt-Thomsen et Maria Mies
mardi 25 novembre 2008 par anik

En juillet 1996, Farida Akhter du Bangladesh a raconté l’histoire suivante aux femmes qui s’étaient réunies pour le colloque “ Women Power Worldwide ” organisé par le “ Summer Academy of Women’s Studies ” à Munich.

En avril 1995, quelques mois avant le début de la Conférence mondiale des Femmes à Pékin organisée par les Nations-Unies, Hillary Clinton, la First Lady des USA, a visité le Bangladesh. Elle était venue pour voir par elle-même ce qui était vrai dans les histoires de succès des projets de la Banque Grameen dans les villages du Bangladesh, dont elle avait tellement entendu parler. On disait que les microcrédits de la Banque Grameen avaient remarquablement amélioré le sort de femmes rurales au Bangladesh. Mme Clinton voulait savoir si les femmes avaient vraiment acquis du pouvoir (empowered) par ces microcrédits. Pour la Banque Grameen et les organismes de développement, “ l’acquisition de pouvoir pour les femmes ” signifie qu’une femme a un revenu personnel et quelques biens.

Hillary Clinton visita les femmes du village de Maishahati et les interrogea sur leur situation. Les femmes répondirent : “ Oui, à présent elles avaient un revenu personnel. Elles avaient aussi quelques “ biens” : quelques vaches, des poules, des canards. Leurs enfants allaient à l’école.
Mme Clinton était satisfaite. Il était clair que les femmes de Maishahati avaient acquis un certain pouvoir. Mais elle ne s’était pas attendue au round suivant de l’interview, quand les femmes du village l’entourèrent et lui posèrent les mêmes questions. Farida Akther rapporta les échanges suivants de questions et de réponses entre les femmes de Maishahati et Hillary Clinton :
- “ Apa (soeur aînée), avez-vous des vaches ? ”
- “ Non, je n’ai pas de vaches. ”
- “ Apa, avez-vous un revenu personnel ? ”
- “ Eh bien, avant, j’avais un revenu personnel. mais comme mon mari est devenu président et a déménagé à la Maison Blanche, j’ai arrêté de gagner de l’argent. ”
- “ Combien d’enfants avez-vous ? ”
- “ Une fille. ”
- “ Aimeriez-vous avoir plus d’enfants ? ”
- “ Oui, j’aimerais avoir un ou deux enfants de plus, mais nous sommes très heureux avec notre fille Chelsea. ”

Les femmes de Maishahati se regardèrent l’une l’autre et murmurèrent, “ Pauvre Hillary ! Elle n’a pas de vache, pas de revenu personnel, elle n’a qu’une seule fille. ” Aux yeux des femmes de Maishahati, Hillary Clinton n’avait pas acquis de pouvoir. Elles se sentaient désolées pour elle.

Nos lecteurs se demandent peut-être pourquoi nous racontons cette histoire au début de notre livre sur la perspective de subsistance. Qu’est-ce que la First Lady des USA, l’état le plus puissant du monde, a-t-elle à voir avec la subsistance ? Quelle est la relation entre elle et les villageoises de Maishahati qui se sentent “ empowered ” parce qu’elles ont une vache, des poules et des enfants ? Pourquoi ces “ pauvres ” femmes plaignent-elles Hillary Clinton ? N’a-t-elle pas tout ce qu’elle veut ?
Ces femmes sont-elles simplement naïves ou ignorantes ?
Nous ne le pensons pas. Elles savent parfaitement que Mme Clinton vient d’un pays “ riche ” et qu’elle doit posséder plein d’argent. Mais ce n’est pas ce qu’elles entendent par “ empowerment ”. Nous racontons cette histoire parce qu’elle montre en deux mots la différence de perspective entre Hillary Clinton et les villageoises de Maishahati.

Dans leur interview, elles montrent qu’elles ont un regard sur le monde dont le point de vue diffère de celui de la First Lady des USA. C’est une “ perspective d’en bas ”, de ce qui est nécessaire ; elles ont une perspective de subsistance. Si on observe le monde à partir de cette perspective, toutes les choses et toutes les relations apparaissent sous un autre éclairage. En particulier le concept de ce qui constitue “ une bonne vie ” est différent de celui de Mme Clinton et de la plupart de ses riches soeurs du Nord qui pensent qu’une “ bonne vie ” requiert des masses d’argent, un tas de biens et plein de luxe, et que les pays riches du Nord et les classes riches partout sont l’endroit où cette dite “ bonne vie ” peut être trouvée. Toutes les autres sont considérées comme pauvres..

Extrait du livre : LA PERSPECTIVE DE SUBSISTANCE

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