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Sexe, genre, orientation sexuelle

De Support Transgenre Strasbourg
mardi 18 novembre 2008 par anik

Depuis la nuit des temps, les humains ont tendance à considérer que l’identité sexuée (le genre) d’une personne est basée sur un critère anatomique bien défini : "c’est un garçon" ou "c’est une fille", c’est la réponse en apparence évidente, sans alternative possible.

Pour beaucoup de gens (mais pas pour tous, justement), ce critère fonctionne, et la société humaine définit par conséquent des rôles sociaux qui vont avec ce critère : si tu as un pénis, tu es un garçon, donc tu es censé être attiré par les filles et te comporter comme un homme, et si tu as un vagin, tu es une fille, donc tu es censée être attirée par les garçons et te comporter comme une femme. Les comportements qui vont avec ces rôles définis par la société se manifestent extérieurement par des signes visibles : p.ex. la tenue vestimentaire, les jeux auxquels sont censés jouer les enfants (’jeux de filles’ ou ’jeux de garçons’), les intérêts qu’ils sont censés avoir ("les garçons jouent aux foot et s’intéressent aux voitures", "les filles jouent à la poupée et s’intéressent à la couture", etc.). Et idéalement, tout le monde vit heureux avec cet état des choses.

Or, le monde n’est pas idéal, et il existe, également depuis la nuit des temps, des personnes qui n’arrivent pas à se sentir homme ni femme, ou bien des personnes qui ressentent qu’elles sont à la fois homme et femme, ou bien encore des personnes qui ressentent que leur identité ne coïncide pas avec celle que leur corps laisse supposer (et que la société tente en général de leur imposer), bref des gens dont l’identité sexuée dévie clairement de l’idéal théorique. Avec ces personnes-là, la société humaine a toujours eu un certain mal, car comment les définir (en supposant qu’on soit obligé de les définir, ce qui est l’avis habituel de toute société humaine) ? Au fil des siècles, on a souvent exclu, maltraité, assassiné ces personnes, on les a très rarement laissées vivre leur vie comme elles l’entendaient, et encore plus rarement les a-t-on acceptées ou intégrées dans la société. La moindre des choses qui arrive d’habitude à ces personnes est leur exclusion (ouverte ou cachée) de la société humaine, la pire est la violence, qui peut revêtir beaucoup de formes différentes : si d’autres époques les ont brûlées vives sur un bûcher, notre époque arrive au même résultat p.ex. par l’abus de la psychiatrie (internement, traitements par lobotomie, électrochocs et médicaments destructifs, entre autres, sont des procédés qui datent tout juste de quelques décennies dans nos contrées et qui sont toujours monnaie courante dans certains pays). On a souvent déployé des trésors d’imagination afin de se débarrasser des ces personnes ’gênantes’, la première mesure étant habituellement de les déclarer ’folles’ et de vouloir les ’guérir’ de force.

Evidemment, ces méthodes échouent forcément : on ne change pas, sans la détruire, la nature profonde d’une personne, son identité, son âme. Forte (ou plutôt : affaiblie) de ce constat, la science moderne a commencé à s’intéresser de plus près au phénomène, dans une tentative de le comprendre (enfin !). Le résultat acquis à ce jour en est le découpage de l’identité sexuée de la personne en trois composantes : le sexe, le genre, et l’orientation sexuelle. Bien entendu, il ne s’agit là que de béquilles au secours des scientifiques, la nature humaine est bien plus complexe que cela. Mais ces concepts, aussi relatifs soient-ils, aident néanmoins à la compréhension de ce qui fait l’identité d’une personne :

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Le sexe (’sex’ en anglais)

L’identité sexuée physique de la personne. ’Mâle’ si notre corps possède des testicules, un pénis nettement plus grand qu’un clitoris, un squelette de type masculin, plus de testostérone que d’estrogènes et les chromosomes XY. ’Femelle’ si notre corps possède des ovaires, un clitoris nettement plus petit qu’un pénis, un squelette de type féminin, plus d’estrogènes que de testostérone et des chromosomes XX. Les exceptions à la règle existent, on parle alors d’intersexuation (ou, de façon erronée, d’intersexualité ; erronée dans la mesure où il ne s’agit pas de sexualité, c’est-à-dire de comportement sexuel). Les possibilités d’intersexuation sont d’ailleurs très nombreuses (rien que dans le domaine des variations génétiques, on en compte plus de 400), et plus fréquentes qu’on ne le croit. Beaucoup de personnes ne savent même pas qu’elles sont intersexuées, dont un nombre de personnes qui se considèrent intuitivement comme transgenre. Une caractéristique importante de l’intersexuation est qu’elle peut être prouvée sans le moindre doute, car elle a des causes et symptômes biologiques vérifiables, ce qui n’est pas le cas de la transidentité, du moins à ce jour.
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Le genre (’gender’ en anglais)

L’identité sexuée psychique. Comme il s’agit d’un phénomène immatériel, il n’existe pas seulement deux catégories de genre (les ’masculin’ et ’féminin’ classiques), mais il peut en exister un infinité de variantes et de combinaisons. La notion de genre est artificielle, comme toutes les notions scientifiques en cette matière, mais elle permet de décrire approximativement cette ’différence’ perçue par beaucoup de personnes entre leur identité physique et l’identité qu’elles ressentent. Récemment, la communauté scientifique a convenu de distinguer les personnes ’cisgenre’ (celles dont l’identité physique et l’identité psychique coïncident) et les personnes transgenre (celles dont l’identité physique et l’identité psychique ne coïncident pas, et, en général, s’opposent). Bien sûr, il ne s’agit là que d’étiquettes descriptives, pas d’une vérité absolue.
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L’orientation sexuelle (’sexual orientation’ en anglais)

L’orientation de l’attirance sexuelle que l’on peut ressentir : ’hétérosexuelle’ lorsqu’on est attiré/e par des personnes du sexe ’opposé’ (bien que nous pensions que les sexes se complètent au lieu de s’opposer, mais ceci est un autre débat) au sien, ou du moins par un sexe différent du sien, ’homosexuelle’ lorsqu’on est attiré/e par des personnes du même sexe que le sien (ou du moins par un sexe proche du sien ; car il existe plus de deux sexes), ’bisexuelle’ si on est attirée soit par l’un ou l’autre sexe alternativement, soit par les deux simultanément (ou du moins par deux sexes différents dont l’un est identique ou proche de celui auquel on appartient ; car il existe plus de deux sexes). Là aussi, il existe une infinité de variantes intermédiaires et individuelles, de sorte que ces termes restent finalement très peu précis (on pourrait p.ex. créer et ajouter le terme ’omnisexuel(le)’ pour décrire les personnes qui se sentent attirées par tous les sexes possibles, ce qui aurait, entre autres, l’avantage d’inclure les personnes intersexuées, au lieu de les exclure, comme c’est habituellement le cas).

L’essentiel est en tout cas de comprendre que sexe, genre et orientation sexuelle ne sont pas forcément liés entre eux et peuvent fortement diverger : on peut être cisgenre et hétérosexuel/le, cisgenre et homosexuel/le, cisgenre et bisexuel/le, transgenre et hétérosexuel/le, transgenre et homosexuel/le, transgenre et bisexuel/le, et dans tous ces cas-là, le sens qu’on donne à ces termes dépend plus de la façon dont on se perçoit soi-même que de critères scientifiquement vérifiables. Comment qualifier p.ex. une personne transgenre de sexe mâle, de genre féminin, et sexuellement attirée par les femmes ? Son corps est mâle : est-elle donc un homme hétérosexuel ? Elle vous dira qu’elle ne se considère pas homme, car elle se sent femme, et que son genre est donc féminin. Est-elle donc une femme homosexuelle ? C’est ce qu’elle vous dira probablement, mais une femme homosexuelle cisgenre pourrait ne pas la considérer comme femme parce que son corps est mâle. On voit que les critères d’identité sexuelle que nous avons tendance à considérer comme ’évidents’ sont tout sauf cela, dès qu’on se rend compte qu’il existe plus d’identités que ’homme’ d’un côté et ’femme’ de l’autre, et que les critères servant à leur définition sont très personnels.
Le ’gender spectrum’

Tout est finalement bien alors ? Est-ce que la société et ses représentants moraux (p.ex. les médecins et le législateur) reconnaissent comme tout à fait normal d’avoir le sexe qu’on a, un genre qui peut être différent de celui-ci, et une orientation sexuelle sans corrélation avec ces derniers ? Oui, dans une certaine mesure, et sous certaines conditions.

Mais l’affaire n’en est pas réglée pour autant : bien que toujours officiellement présent dans la liste des maladies mentales (et entretenant par là toute une population de professionnels), la transidentité (aussi appelée transgénérisme, le fait d’être transgenre) choque certes moins que par le passé (d’ailleurs, d’après nos expériences personnelles, il choque aujourd’hui en France surtout les autorités, et très rarement la population), et ’corriger’ son sexe pour l’harmoniser avec son genre est plus facilement admis de nos jours que par un passé pas très lointain. Or, nous nous trouvons à présent devant un piège : là où l’on refusait naguère aux personnes transgenre le droit d’adapter leur corps à leur tête, on encourage aujourd’hui les soi-disant ’vrai(e)s’ transsexué(e)s, c’est-à-dire ceux/celles qui ont passé avec succès les tests psychiatriques dont ont arbitrairement convenu entre elles les autorités, à passer ’complètement’ dans l’autre sexe (traitement hormonal plus chirurgie plus changement d’état civil). Ce faisant, on cherche, notamment en France, à éradiquer de la société le transgénérisme en forçant les transsexué(e)s à se ranger dans l’une des deux catégories socialement admises : ’homme’ ou ’femme’. On encourage ainsi, souvent à l’aide d’une considérable pression psychologique, une prise de risque (les traitements médicaux) souvent inutile au bien-être des personnes, et on les fait croire à une utopie dangereuse ("tout sera terminé et parfait quand j’aurai changé de sexe"), tout cela au nom d’un idéal social et politique illusoire qui n’apporte rien de positif à l’individu.

Or, si votre genre est en désaccord avec votre sexe, cela ne signifie pas forcément pour autant que votre salut se trouve dans une transition radicale vers ’l’autre camp’. En l’occurrence, la solution ’tout noir/tout blanc’ a rarement un sens, car le genre n’est par nature pas noir ou blanc : les ’hommes à 100 % hommes’ n’existent pas plus que les ’femmes à 100 % femmes’. Certain(e)s parlent de ’gender spectrum’ (’spectre du genre’) pour décrire cette gamme infinie de nuances que peut prendre le genre, entre ’homme’ d’un côté et ’femme’ de l’autre. Bien entendu, les autorités n’apprécient guère cette notion, car elle dérobe à leur contrôle un instrument important à la structuration politique de la société, et donc à l’exercice de leur pouvoir.

Il est important de retenir qu’aller jusqu’au bout des démarches ’normalisantes’ n’a rien d’obligatoire. La seule obligation, c’est de trouver votre propre équilibre. C’est une démarche personnelle, et la seule personne capable de juger de ce qui est bon pour vous, c’est vous-même.

© Support Transgenre Strasbourg


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