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« Do It », de Jerry rubin : foutre la merde avec classe, c’est tout un art !

par Herr Grimaud
vendredi 14 novembre 2008 par anik

Il avait une classe folle. A la fois activiste génial, contestataire perpétuel et fouteur de merde d’élite, Jerry Rubin aura été un cauchemar pour l’Amérique des sixties, qui n’appréciait ni ses diatribes enflammées, ni ses appels à manifester contre la guerre du Vietnam, ni sa présentation d’un cochon comme candidat aux présidentielles. Elle le lui fera payer au tribunal, ce que Rubin raconte dans « Do It ». Jouissif.

«  Ceux qui étaient convoqués (par la commission des activités anti-américaines) devinrent des héros. Les autres étaient en proie à un nouveau symptôme freudien : l’envie de convocation. Ça devenait presque sexuel :
Qui a la plus grosse ?
J’en veux une moi aussi.
Fais voir la tienne ?
 »

Do It ? C’est l’histoire du mouvement Yippies (pour Youth International Party). Ou comment renverser les rapports de force naturels en foutant une merde noire et gluante. Un bordel tel que Jerry Rubin, figure essentielle de la contestation des sixties, opposant farouche à la guerre du Vietnam et militant d’extrême-gauche, a même été convoqué plusieurs fois à Washington par la très sérieuse et sans pitié Commission des affaires anti-américaines (grande orchestratrice de la chasse aux sorcières). A chaque fois, il en a fait une fête. Quand la commission lui a filé des sous pour venir à Washington, il s’y est rendu gratos et a vécu pendant six mois grâce à l’argent. En plus, il le criait sur tous les toits, l’immonde salopard… Surtout, il arrivait aux convocations à moitié à poil, vêtu de fanfreluches et les nichons peinturlurés, portant un pantalon Viet-cong et un faux M16 en plastique. Ridicule. L’audience s’est ainsi transformée en une farce pénible pour les autorités. Une fois même, Jerry est venu habillé en père Noël, ils ne l’ont pas laissé entrer.

C’est la manière la plus évidente de casser l’autorité : prendre les évènements à contre-sens avec le plus évident mépris des conventions. Comme débarquer au dessert pendant la convention démocrate et apporter en habit d’Eve de grosses têtes de cochons sur un plateau. L’assistance hurle, s’horrifie, puis une vieille se met à hurler : « Tapez lui dessus ! Elle est nue ! ». Et tout le monde de reprendre en coeur en essayant de molester les activistes…

C’est ça, le truc de Rubin. Rendre à la réalité son vrai visage, lui enlever son smoking et faire apparaître le porc sadique qui se cache en-dessous. Dans la mythologie Yippie, le cochon représente ainsi les institutions de l’Amérike (le k est essentiel, c’est un petit coucou à l’Amérique du Klan, Rubin ne la nomme jamais autrement).

Personnellement, vu mon affection immodérée pour la gente porcine, ça m’a un peu chagriné. Dieu merci, Jerry Rubin a confessé que les cochons n’y étaient pour rien… Et quand il a, avec ses amis, présenté Pigasus, un merveilleux porcelet, aux élections présidentielles américaines, Jerry l’a bien précisé : ces animaux n’ont rien à voir avec les bêtes sauvages du gouvernement.

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Le bouquin est beau, marrant et fait une apologie convaincante de l’activisme. C’est un morceau essentiel dans l’histoire de la révolte, la subversion pour la subversion, rien que la subversion. Comme se rendre à une conférence communiste et pendant son temps de parole faire écouter les Beatles à l’assemblée. Une blague, une énorme blague.

Il y a aussi un revers à cette médaille rigolote, c’est ce que lui reprocherons les Diggers de San Francisco, d’être exactement pareil que les personnes qu’il combat, de manipuler les foules sans aucun scrupule, notamment pendant la convention de Chicago où l’émeute était inévitable. Une manière de jouer avec l’intégrité physique des autres sans leur consentement qui a un côté déplaisant. En fait, Jerry Rubin apparaît surtout comme un fouteur de merde professionnel. En cela, il mérite une petite courbette.

Pour ne rien gâcher, la préface de Do It a été rédigée par Eldridge Cleaver, celui qui a réalisé avec Rubin la jonction entre les Black Panthers et les hippies. Là, il y a une claire apologie de la violence, mais elle est à replacer dans le contexte de la violence étatique et de la nécessité de l’autodéfense. De toute façon, le sujet n’est pas là.

En fait, le livre donne surtout envie de brûler une école et de courir tout nu dans la rue. Qu’à la fin des sixties, le gentil Rubin ait retourné sa veste et que de yippie soit devenu yuppie n’a, à mon avis, aucune importance.

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