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La férocité blanche

vendredi 25 juillet 2008 par Pierre

La traite des Noirs, la conquête de l’Amérique, l’occupation de l’Afrique ont profondément modifié les rapports des Européens aux autres. Le pas entre différence et supériorité a vite été franchi. La hiérarchisation raciale illustre la débâcle morale de l’Europe. Le nazisme, en transposant des non-Blancs aux non-Aryens cette dévaluation des êtres dits ‘inférieurs’, a commis le crime impardonnable de porter au cœur même du monde européen une férocité jusqu’alors réservée à d’autres continents.

Avocate originaire de Colombie et portant dans sa chair et dans son cœur les héritages indien et noir, Rosa Amelia Plumelle-Uribe instruit à charge et prouve, poignants témoignages en main, que dans les rapports d’asservissement imposés par l’Europe à d’autres peuples, même si le but principal n’était pas leur extermination totale, leur destruction et leur anéantissement n’en devenait pas moins inévitable dès lors qu’ils étaient déclarés officiellement inférieurs.

"Pourfendront son travail ceux qui, le visitant en coup de vent, refuseront tout de go à la Noire parlant des Noirs cette distance toujours accordée à chacun lorsque chacun approche l’histoire des calamité de chez lui."

Louis Sala-Molins

Rosa Amelia Plumelle-Uribe 2001 ISBN 2226121870

Extraits (en suivant le plan du livre) :

Introduction

p. 29 :

"A l’humaniste occidental qui, même bien intentionné, n’arrive pas à se passer des hiérarchies dressées à l’intérieur de l’horreur pour les besoins de la suprématie blanche, je voudrais dire ceci : ‘Cessez de prendre cet endroit de la terre pour le terre entière, débarrassez-vous de votre traditionnelle prétention à croire que vos constructions idéologiques sont des vérité universellement reconnues parce que, vous étant utiles, elles sont par conséquent unanimement admises parmi vous. Certes, la raison du plus fort ayant toujours été la meilleure, bien que vous soyez une petite minorité, vous avez eu le pouvoir de définir et d’imposer aux 80% de l’humanité restants les interprétations qui vous conviennent le mieux, enveloppées dans les draps de l’objectivité et même de la science. Prenons le fameux esprit de lucre. Vous le faites apparaître là où il vous faut atténuer la gravité du crime ou disparaître quand cela vous convient. C’est pourquoi vous avez, par exemple, décrété, contre toute évidence, que chez les nazis l’esprit de lucre était inexistant’."

p. 30 :

"Le monopole des mots et des définitions n’est pas anodin. Il fait partie de la manipulation de l’histoire et du contrôle de son interprétation."

I. L’exclusion des non-Blancs ou la barbarie institutionnalisée

1. La destruction des Indiens


- Des atrocités moins révoltantes
- Une politique de destruction
- Et la barbarie s’installe
- Une mémoire méprisée

2. L’anéantissement des Noirs


- Des univers concentrationnaires très voisins

p. 53 :

"[...] ‘le droit fondé sur la violence est fatalement condamné à la violence pour se maintenir. [...]’."

Des similitudes aveuglantes
La destruction inévitable dans l’univers concentrationnaire
L’Homme marchandise
La participation des victimes
Des victimes pour les chiens
La destruction des familles


- Un système bien réglé

p. 81 :

"[...] fut créée une espèce de société d’assurances chargée de dédommager les maîtres du prix de chaque Noir légalement supplicié. La conséquence la plus sinistre de cette mesure bureaucratique fut la possibilité offerte aux Blancs de faire supplicier des Noirs malades ou trop affaiblis, devenus des bouches inutiles, avec en prime un remboursement souvent supérieur à leur prix marchand."


- La race des seigneurs et ses lois

3. Saint-Domingue


- Saint-Domingue, un haut lieu de la souffrance humaine
- Un prédécesseur et un précédent
- Des hommes des Lumières à Saint-Domingue

- La banalisation

p. 95 :

"‘Retracer l’histoire de la traite des Noirs, c’est donc retracer l’histoire d’une des pages les plus brillantes de notre histoire commerciale’.
La plus gigantesque déportation d’êtres humains que l’histoire de l’humanité ait connue est réduite à l’une des plus brillantes pages de l’histoire commerciale des puissances négrières. Ce n’est même pas le ‘détail’ de Le Pen !"

4. D’un continent à l’autre


- Des comportements très similaires
- Une barbarie qui ne dit pas son nom
- Encore la terreur
- Un travail macabre
- Une transformation sans frontières
- Une histoire manipulée pour une mémoire contrôlée

II. Le poids idéologique de la suprématie blanche

5. De l’exclusion des non-Blancs à l’exclusion des non-Aryens


- Inférieurs donc exterminables
- Des scientifiques sérieux, incorruptibles
- De l’exclusion des non-Blancs à l’exclusion des non-Aryens
- L’Allemagne, même nazifiée, n’était ni le Congo ni l’Amérique du Nord

- Civilisation et barbarie

p. 136-137 :

"Les historiens occidentaux ne sont pas les seuls impliqués dans certains arrangements avec la vérité historique. Les historiens africains, dans l’ensemble, n’arrivent pas encore à historiser la responsabilité de leurs élites qui livrèrent leurs peuples aux Européens. Quant aux historiens arabes, y compris les plus engagés dans le combat contre la domination occidentale, ils ne sont ni exigeants ni intéressés par les dégâts infligés aux peules de l’Afrique noire par les conquérants musulmans qui furent les premiers à introduire le commerce de chair humaine sur ce continent. Décidés à dénoncer les crimes perpétrés contre les peuples arabes victimes de la colonisation occidentale pendant plus d’un siècle, ils passent sous silence les crimes perpétrés par les Arabes, au nom de l’Islam conquérant, pendant plusieurs siècles de razzias. Ce n’est pas un hasard si, en arabe, ‘noir’ et ‘esclave’ se disent ‘abd’. Dans cette culture un Noir était, par définition, un esclave. Des cas d’esclavage sont encore recensés en Mauritanie ou au Soudan, pour ne mentionner que les plus connus de l’opinion publique occidentale. Qu’à compter du XIXe siècle même des pays musulmans aient été asservis à la domination coloniale européenne ne devrait pas faire oublier que ‘colonisé un siècle, l’Islam a été colonisateur et impérial pendant dix siècles sans éprouver [à ce jour] aucune mauvaise conscience’."

6. Avant tout, les affaires


- Pour améliorer son quotidien, tout est bon
- Des possibilités plus qu’attrayantes

- Ce qui est rentable ne peut être mauvais

p. 154 :

"‘[...] Aux yeux de beaucoup d’historiens de l’économie, c’est de ces profits de guerre que date l’impressionnante puissance financière des grandes banques suisses à l’échelle de la planète’."

p. 157 :

"Cette soumission de toutes les valeurs à la passion de l’or, à la puissance de la richesse et des ses à-côtés, évolua progressivement jusqu’à aboutir à une mentalité économiste permettent en quelque sorte de rendre acceptables les crimes les crimes les plus effroyables à condition d’être économiquement défendables."

7. Le poids des idéologies racistes


- Ils ne savaient pas
- Hitler n’est pas un théoricien

- Les Alliés piégés dans leur tradition de domination raciste

p. 167 :

"Ces débats parlementaires, vers la fin du XIXe siècle, sont la démonstration de la conviction ancrée au cœur des démocraties occidentales qu’il existe des groupes humains ‘racialement inférieurs’. Dès lors, le discours et la politique du IIIe Reich n’avaient pas de quoi effrayer les démocraties. Ce qui va déterminer le fait que, tout au long de la guerre de 1939-1945, à aucun moment les Alliés ne présentèrent la lutte contre le racisme, contre l’antisémitisme, contre la discrimination et la ségrégation raciale comme partie intégrante du combat général contre le nazisme."


- Les considérations qui pesèrent sur le statut du tribunal de Nuremberg

p. 171 :

"Le juge à la Cour suprême des Etats-Unis, Robert Jackson, chef de la délégation nord-américaine [à Nuremberg] : ‘[...] A certains moments, des circonstances regrettables font que, dans notre pays, les minorités sont injustement traitées. [...]’."


- Un pas contre l’horreur apprécié différemment

- Pourquoi il fallait les exterminer

p. 179 :

"[...] seuls les vainqueurs écrivent l’histoire. Ce n’était donc pas par hasard que, dans l’univers concentrationnaire d’Amérique du Nord, la loi punissait sévèrement le Noir surpris en flagrant délit d’apprendre à lire."

8. Les Etats-Unis, une tradition raciste


- Une société excluante

p. 181 :

"[...] le seul vrai affrontement meurtrier entre Blancs des Etats-Unis, doublé d’un véritable risque de désintégration rapide de la nation américaine, eut lieu lorsque les enjeux économiques menèrent les dirigeants du Nord à modifier quelque peu l’asservissement de la race noire, au moins formellement.
La scission entre le Nord et le Sud apparaît peu après 1812, lorsque les dirigeants du Nord s’engageant dans l’industrialisation commencent à être moins sûrs des avantages ou de la nécessité de maintenir les Noirs en esclavage."


- La violence raciale, une vieille composante
- Une évolution à reculons
- Meurtres légaux
- Un progrès d’après la cour d’appel
- La Cour suprême des E.-U. Se déclare prête à accepter la discrimination raciale dans les condamnation à mort
- Pour une structure ethnique plus homogène
- L’acharnement des procureurs

- Les droits de l’homme ? Oui., mais... pas pour tous

p. 213 :

"Longtemps, je me suis obstinée à faire la différence entre la politique, souvent meurtrière, de la puissance nord-américaine et l’immense majorité de la population de ce pays qui, pensais-je, ne devait pas être comptables des injustices commises par son gouvernement, que ce fût en politique intérieure ou étrangère. Or, pour maintenir sa politique de domination, le gouvernement des Etats-Unis, note Herbert I. Schiller, professeur de communication à l’université de Californie à San Diego, ‘les soutien actif ou passif des quelques 270 millions d’Américains. [...] soutien qui ne lui a jamais fait défaut’. Même si, à la décharge cette population, on peut se dire que ce soutien est ‘le produit d’un système combinant un endoctrinement, à l’oeuvre dès le berceau, et une pratique de sélection et de rétention de l’information visant à maintenir et à renforcer l’entreprise de domination planétaire des Etats-Unis’."

p. 214 :

"La Constitution de 1787 [des E.-U.] a ainsi établi un principe qui voudrait qu’un Noir ne travaille que les 3/5e d’un Blanc et sur la base de cette monstrueuse équation que demeure fixé le poids politique des anciens Etats esclavagistes. L’article premier de la section 2 de la Constitution des Etats-Unis précise en effet : ‘Les représentants et les impôts directs seront répartis entre les différents Etats qui pourront faire partie de cette union, proportionnellement au nombre de leurs habitants, qui sera déterminé en ajoutant au nombre total des personnes libres, y compris celles qui se sont louées pour un nombre d’années déterminées, mais à l’exclusion des Indiens non soumis à l’impôt, trois cinquième de toutes les autres personnes’."

9. Conséquences d’une banalisation


- Toujours exterminables
- Qui sont-ils ?
- Les victimes des victimes

III. L’apartheid, un crime contre l’humanité... mais l’autre

10. Lorsque le nazisme devient fréquentable


- Des lieux communs, très communs

p. 237 :

"Le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, oeuvre majeure de Pierre Larousse, publié entre les années 1866-1880, propose à l’article ‘nègre’ : ‘C’est en vain que quelques philanthropes ont essayé de prouver que l’espèce nègre est aussi intelligente que l’espèce blanche. Quelques rares exemples ne suffisent point pour prouver chez eux de grandes facultés intellectuelles. Un fait incontestable, et qui domine tous les autres, c’est qu’ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins lumineux que celui de l’espèce blanche, et [...] ce fait suffit pour prouver la supériorité de l’espèce blanche sur l’espèce noire’."


- Des nazis convaincus et très déterminés
- Des anciens nazis devenus très fréquentables
- Finies les querelles
- Sionistes et anciens nazis, un partenariat fort intéressant
- Les affaires sont les affaires
- Des querelles vite réglées

11. Retour à l’exclusion des non-Blancs


- L’exclusion des non-Blancs, une ségrégation acceptable
- Des Noirs, donc des sous-hommes
- Oppenheimer ne comprend pas que les Noirs revendiquent le principe ‘un homme, une voix’
- Les limites de la non-violence face à la barbarie
- Des fonctionnaires qui font leur travail

12. Plus jamais ça... en Europe


- Un procureur digne du IIIe Reich
- Pour préserver la race des seigneurs
- Un combat long et difficile
- Un héritage inépuisable
- Une même famille

13. Ils ne savaient pas qu’un homme Noir est un homme


- Des bourreaux ordinaires
- Un Etat au-dessus des lois
- Des vérités non scientifiques
- Victoire posthume de Hitler
- Crédibilité d’une indignation tardive

Conclusion

p. 304 :

"Il ne suffit pas de dire que la race n’existe pas pour en finir avec le démon du racisme et ses conséquences. Que des millions d’hommes, de femmes et d’enfants noirs aient été officiellement condamnés et quotidiennement vomis dans le néant de la sous-humanité parce que noirs, personne ne saurait le contester. Seulement, personne n’en parle et chacun en fait l’économie, car ce désastre a toujours été abordé avec la frivolité réservé aux faits divers."


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