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Agriculture et faim dans le monde : « On avait tout faux » dit Clinton

Par Charles Hanley, AP correspondant spécial, mardi 23 octobre
mardi 28 octobre 2008 par Christian Berdot

Nations Unies - L’ancien président des Etats-Unis, Bill Clinton déclarait lors d’une réunion aux Nations Unies que la crise alimentaire mondiale démontrait qu’« on avait tout faux, moi y compris » en traitant les cultures alimentaires comme « des postes de télévision », au lieu de marchandises vitales pour les pauvres de la planète.

Clinton participait à un grand événement, marquant la Journée mondiale de l’Alimentation, le 16 octobre. Il y critiqua des décennies de politique encouragée par les Etats-Unis et menée par la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et d’autres institutions qui firent pression sur les Africains pour qu’ils abandonnent les subventions gouvernementales destinées en particulier à financer des engrais, de meilleures semences et autres intrants agricoles, ces mesures étant la condition pour recevoir des aides internationales. L’autosuffisance des Africains a diminué et les importations alimentaires ont augmenté.

Aujourd’hui, l’explosion des prix sur le marché mondial des grains - qui ont plus que doublé en moyenne entre 2006 et début 2008 – a poussé toujours plus profondément dans la pauvreté de nombreux humains.

Le secrétaire général des Nations Unies, Mr Ban Ki-moon affirma devant cette assemblée que certains produits sont 500 fois plus chers que la normale à Haïti et en Ethiopie par exemple. L’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) estime que le nombre d’humains sous-alimentés est passé dans le monde à 913 millions l’an dernier.

«  La nourriture n’est pas une marchandise comme les autres  », a ajouté Clinton. «  Nous devrions revenir à une politique d’autosuffisance maximale. Il est idiot de penser que nous pouvons développer des pays de par le monde, sans augmenter leur capacité à se nourrir eux-mêmes ».

Pour lui, l’aide alimentaire des nations riches peut aider à soutenir l’agriculture des pays pauvres. Le Canada par exemple, exige que 50% de son aide soit sous forme monétaire – pas sous forme de céréales canadiennes – pour permettre d’acheter des plantes cultivées localement en Afrique et dans les autres pays bénéficiaires de l’aide [1]

Le droit états-unien cependant exige que la presque totalité de l’aide états-unienne soit sous forme d’aliments cultivés aux Etats-Unis, ce qui bénéficie certes aux agriculteurs états-uniens, mais casse les prix des productions locales [2]". Bush avait proposé un peu plus tôt cette année que 25% de l’aide soit sous forme monétaire Clinton concluait : «  Une coalition bipartite (au Congrès ) l’a mis en échec. Mais c’est lui qui avait raison et ce sont ces deux partis qui ont tort ».

Clinton a aussi critiqué le fait que les Etats-Unis dépendent aussi fortement du maïs pour produire l’éthanol, ce qui a augmenté la demande pour cette plante et contribué à l’augmentation des prix mondiaux.

« Si nous devons faire des agrocarburants, nous devrions chercher à le faire de façon efficace », dit-il, faisant allusion au jatropha, cet arbuste non destiné à l’alimentation et qui pousse sur des terres impropres à la culture de céréales [3]..

Le président de l’Assemblée Générale des Nations Unies, le Guatémaltèque Miguel d’Escoto Brockmann alla dans son sens, parlant de «  la folie qui consiste à transformer de la nourriture en carburant » pour les voitures.

D’Escoto exprima aussi sa déception de constater que sur les 22 milliards de dollars promis par les pays riches pour aider l’agriculture des pays pauvres, en cette année de crise alimentaire, seulement 2,2 milliards avaient été mis à disposition.

Lors de l’ouverture de cette assemblée, Ban s’est inquiété des conséquences potentielles que la crise économique mondiale pouvait avoir sur la faim dans le monde : « Pendant que la communauté internationale se concentre sur les remous de l’économie mondiale, je suis extrêmement inquiet qu’on ne fasse pas suffisamment pour ceux qui souffrent le plus, les plus pauvres parmi les pauvres ».

Source : les amis de la terre

[1Voir l’article : « OGM et Organisation Mondiale du Commerce », paragraphe « Aide alimentaire ou aides aux agriculteurs états-uniens ?". Cliquez ici : http://www.amisdelaterre.org.

[2On peut craindre que les lobbies agricoles français qui demandent "à produire plus, pour nourrir le monde", ne poursuivent pas le même but...

[3Des terres peuvent être impropres à certains types d’agriculture intensive mais permettre quand même à des millions d’humains d’y vivre. Les projets du gouvernement indien, par exemple, de planter plusieurs millions d’hectares de terres "dégradées" en jatropha ont provoqué plusieurs émeutes de petits agriculteurs qui ne voulaient pas se laisser expulser


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