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La Guerre Sociale

par Collectif chez Infokiosque.net
mardi 28 octobre 2008 par anik

Recueil de textes du journal révolutionnaire du début du XXème siècle.

Ces textes et illustrations ont été publiés dans « La Guerre Sociale, un journal contre », ouvrage paru en 1999 aux éditions des nuits rouges et réalisé par Raoul Villette. Exceptées la préface et certaines notes, toute la brochure est issue du bouquin, et nous ne pouvons que conseiller sa lecture, pour une vue plus complète des articles du journal, et pour la documentation sur le contexte historique.

Les articles, rédigés entre 1906 et 1910, sont présentés ici dans l’ordre chronologique.

La Guerre sociale est lancée fin 1906 par un groupe de rédacteur-ice-s réunis autour de Gustave Hervé.
Elle rassemble, autour d’une ligne politique se présentant comme « communiste libertaire », des anarchistes (Miguel Almereyda, qui dirigera la journal lors des périodes d’incarcération d’Hervé), des syndicalistes révolutionnaires (Yvetot, Pouget, dirigeants de la CGT, de tendance anarchiste) et des socialistes insurrectionnels (Hervé lui-même, Madeleine Pelletier). Les dessinateurs Grandjouan et Delannoy et la chansonnier Gaston Couté contribuent aussi régulièrement au journal. Son audience varie entre 20 000 et 50 000 lecteur-ice-s, signe de son influence dans le mouvement ouvrier de l’époque (L’Humanité diffuse entre 15 000 et 80 000 exemplaires sur la même période).
Évidemment, la liberté de ton et la virulence politique du journal qui fait son succès a pour contrepartie une répression féroce, qui enverra Hervé en prison pour délit de presse à de nombreuses reprises (il y passera en tout une cinquantaine de mois entre 1905 et 1912).

Les textes rassemblés ici sont issus de la période 1906-1910 : en effet, à partir de 1912, le journal, sous l’impulsion de son rédacteur en chef, passe assez brutalement de l’internationalisme à un patriotisme de plus en plus affirmé, pour finir par se rallier à l’union sacrée en 1914, et être renommé La Victoire en 1916. Hervé, qui signait fréquemment ses articles avant-guerre «  un sans patrie », continuera son évolution nationaliste vers le fascisme, acclamant Mussolini et Pétain (même s’il ne collaborera pas pendant l’occupation). Cette trahison des idéaux communistes libertaires, si elle semble aujourd’hui difficile à comprendre, est loin de ne concerner que lui ; elle a même été massive avec la désillusion causée par l’échec de l’offensive révolutionnaire prolétarienne du début du XXème siècle. Ça n’excuse rien, mais ça n’enlève rien non plus à l’intérêt des textes de la «  période glorieuse » du journal (selon les termes de Raoul Villette).

Note des éditions de la guerre sociale :

Un siècle plus tard plus tard, pourquoi publier des articles de la Guerre sociale ?

D’abord, parce que la charge politique et la passion de la révolution qui transpirent de ces pages — et de cette époque — n’ont pas d’âge, et qu’elles parlent à tou-te-s celleux qui sont aux prises avec ce monde, finalement pas si différent de la société de la Belle Époque.
La Guerre sociale, c’est la cristallisation dans un journal de toute l’offensive révolutionnaire portée par ce qui s’est appelé le «  mouvement ouvrier » ; c’est la grande frousse de la bourgeoisie avant le 1er mai 1906 ; c’est la propagande par le fait des attentats anarchistes des années 1890 ; c’est Marx qui théorise la lutte des classes ; c’est les société secrètes ouvrières du milieux du XIXème qui deviennent des « caisses de résistances », puis des chambres syndicales, pour finir par s’agencer dans la CGT et la fédération des Bourses du travail, portant réellement et pratiquement le projet d’en finir avec l’organisation capitaliste ; ce n’est déjà plus la ferveur « républicaine », qui de 1789 à Blanqui et la Commune aura porté le souffle de la révolution : c’est l’aboutissement de l’époque charnière où la République (et la démocratie ?), comme forme affirmée de la gouvernance capitaliste, devient l’ennemi à abattre ; c’est l’apogée du prolétariat révolutionnaire, si ce n’est dans le monde, du moins en France ; c’est la réalisation proche, si proche, du communisme, qui depuis ce moment n’en finira plus de se dérober.

Au-delà de la transcription quasi palpable de la puissance révolutionnaire de l’époque, ce qui frappe à la lecture des articles publiés ici, c’est la façon dont ils entrent en résonance, parfois indirectement, avec des problématiques contemporaines :

L’importance de bloquer les « services de circulation » pour peser dans le rapport de force, et conséquemment l’instauration par le gouvernement de la militarisation des «  services publics », ancêtre du service minimum (« services publics et grève générale » p.6).

Le rôle de chien de garde de la presse dans la gestion des mouvements sociaux («  après le sang, la boue » p.12).

L’« urgente campagne [qu’]il est nécessaire d’entreprendre avec acharnement contre la police et les policiers » (« la journée des flics » p.21, par Georges Yvetot, secrétaire de la fédération des Bourses du travail et donc n°2 de la CGT...), et la nécessité de tenir tête aux condés dans la rue (« le prestige de la fonction » p.26, «  premier avertissement... avec frais » p.26 et « comment on les dresse » p.53), avec si nécessaire le « citoyen browning » — ancêtre du « camarade P38 » italien des années 70 — (« après la défaite » p. 55).

La propagande en faveur des campagnes de sabotages (« réflexions sur le sabotage », p.33) qui visaient notamment les câbles longeant les lignes de chemins de fer (« sabotage et hommes de l’ordre », p.36) — pratique qui a réémergé lors des grèves SNCF de fin 2007, début 2008.

Les dangers et limites du «  front républicain », qui ne s’appelait pas encore « antifasciste » mais qui sous couvert d’anticléricalisme ou de lutte contre la droite réactionnaire et monarchiste assurait la domination de la bourgeoisie parlementaire (« défendrons-nous la République ? » p.30).

L’épineuse question de l’organisation, sans cesse renouvelée, avec les réflexions et débats sur le rôle et les limites d’un parti révolutionnaire [1] (« quel est le rôle du parti socialiste ? » p.14 et «  l’attitude des insurrectionnels » p.48).

Les embrouilles plus ou moins confraternelles entre tendances du mouvement, avec toutefois la conscience de la nécessité de composer avec des camarades plutôt proches (« pour des salauds » p.44, et les différentes piques contre l’Humanité).

L’apologie du geste de révolte de l’«  apache », équivalent de notre «  lascar » moderne, quand il s’en prend radicalement à la police (« l’exemple de l’apache » p.46, «  Liabeuf...& Caserio » p.58).

Certains textes permettent aussi de mesurer le chemin parcouru, pas forcément dans le bon sens, depuis un siècle :

L’affirmation croissante du féminisme, et de l’égalité entre les sexes (« le droit à l’avortement » p.23).

Le rapport de force entre travail et capital, avec une classe ouvrière qui se payait le luxe de refuser la loi sur l’instauration des retraites proposée par les modérés du parti socialiste, alors que le temps de travail réglementaire a aujourd’hui tendance à repartir à la hausse — une première depuis des décennies — avec la bénédiction des organisations syndicales («  la classe ouvrière contre les retraites » p.51).

L’anticolonialisme, conséquence directe de l’antipatriotisme et de l’antimilitarisme porté alors par les organisations de classe ouvrière (« engrenage marocain » p.9).

La critique de la république et du parlementarisme, sur laquelle s’assoient et se reconnaissent depuis les mouvements révolutionnaires (« les dangers du parlementarisme » p.27).

Et, cerise sur le gâteau, la Guerre sociale prétendait aussi contribuer à l’édification culturelle et politique du prolétariat [2], avec notamment un article sur Karl Marx qui énonce clairement ce que représente l’auteur du Manifeste du parti communiste, et qui pose les bases que partageront par la suite les mouvements marxistes anti-autoritaires. («  Karl Marx » p.18)

« LA GUERRE SOCIALE »

Ce qu’elle veut être. Ce qu’elle sera.

La création de ce journal a été décidée à la prison de la Santé et à Clairvaux où, pendant plus de six mois, vingt-cinq militants anarchistes ou socialistes furent détenus pour insuffisance de patriotisme.

La Guerre Sociale ne fait double emploi ni avec Les Temps nouveaux, Le Libertaire, L’Anarchie, feuilles libertaires ou anarchistes, un peu théoriques ; ni avec La Voix du peuple ou Le Socialiste, organes officiels de deux grandes organisations, la Confédération générale du travail et le Parti socialiste — qui ont fatalement les timidités et les réserves de tous les organes officiels — ni encore moins avec L’Humanité qui est un quotidien entre les mains des socialistes « jauressistes », c’est-à-dire ultra-réformistes et parlementaires, et ouvert aux seuls éléments syndicalistes modérés ou sur la pente du modérantisme.

La Guerre Sociale n’est un journal ni exclusivement socialiste, ni exclusivement libertaire.

Elle aspire à devenir l’organe :
- des socialistes « unifiés » qui déplorent de voir leur parti devenir de plus en plus un parti d’action électorale et parlementaire et qui, à l’intérieur du Parti, luttent pour l’arracher à son réformisme, à son respect de la légalité, à son révolutionnarisme purement verbal ;
- des syndicalistes qui veulent orienter de plus en plus les organisations ouvrières dans les voies de l’action directe et de la grève générale violente et maintenir — en les accentuant — leurs tendances fédéralistes, antipatriotes et antiparlementaires ;
- des communistes libertaires qui en ont assez des vaines discussions théoriques, de l’action purement individuelle, et qui, dans les sections de l’AIA (Alliance internationale anti-militariste) ou dans tout autre groupement, s’efforceront, par une propagande antimilitariste incessante et par une énergique résistance aux menées et aux brutalités policières, d’entraîner les masses pour la prochaine insurrection, lorsqu’une guerre, une grève générale, ou toute autre circonstance imprévue, permettront de la tenter avec quelque chance de succès.
La Guerre Sociale sera donc un organe de concentration révolutionnaire, ouvert à tous ceux qui travaillent, autrement que par l’action légale, à l’expropriation de la bourgeoisie capitaliste en vue de la socialisation des moyens de production et d’échange.
Elle dira, au surplus, sur tout et sur tous, ce qu’on n’ose pas dire ailleurs.

(19 décembre 1906)

lire la brochure en entier

commander la brochure chez Editions de la guerre sociale (Dijon)

[1Evidemment, si cette question se pose toujours aujourd’hui, la réponse n’est pour nous pas plus à chercher du côté de l’actuel parti socialiste que de celui d’un éventuel «  parti anticapitaliste »...

[2Dans « La Guerre sociale, un journal contre », figurent un certain nombre d’articles traitant de questions culturelles — défendant notamment les prémices des avant-gardes artistiques qui marqueront le XXème siècle.


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