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L’Orient en Occident

vendredi 25 juillet 2008 par Pierre

L’Occident a longtemps perçu l’Orient comme un monde ‘statique’ et ‘rétrograde’, un univers aux institutions archaïques, incapable de modernité. Telles furent les conceptions de Marx et Weber, à l’âge d’or du capitalisme. Ces idées furent propagées par les apôtres du ‘miracle européen’ ou de la ‘singularité occidentale’.
Dans ce livre, Jack Goody bouleverse les idées reçues. Il lance un défi à cette vision des choses qui soutient le postulat d’une ‘rationalité occidentale’ propre à faire croire que ‘nous’ serions les seuls à pouvoir accéder aux transformations de l’ère contemporaine.
Le grand anthropologue de Cambridge revient ainsi par exemple sur l’idée d’une comptabilité ‘rationnelle’ -dont bien des spécialistes de l’histoire sociale et économique font une composante spécifique du capitalisme- pour montrer que peu de chose sépare l’histoire de l’Orient et celle de l’Occident sous le rapport de l’activité marchande.
D’autres facteurs d’évaluation, imaginés comme inhibant le développement de l’Orient, tels le rôle de la famille ou les formes de travail, sont ramenés par l’auteur à une plus juste proportion.
Dans son livre, Jack Goody montre combien l’européocentrisme échoue dans ses analyses de l’Orient tout en occultant l’histoire de l’Occident.
A l’heure où les experts paraissent de plus en plus désorientés par ce qu’ils appellent la ‘mondialisation’, L’Orient en Occident amorce un tournant fondamental modifiant notre vision globale de l’histoire des sociétés occidentales et orientales.

Professeur honoraire à l’université de Cambridge, Jack Goody est l’auteur d’une œuvre importante, et notamment d’un livre sur La Culture des fleurs.

Jack Goody 1999 ISBN 202023419X

Extrait :

Appendice : Les premières passerelles entre l’Orient et l’Occident

pp 322 à 336 :

La pertinence d’une ‘comparabilité’ globale entre l’Orient et l’Occident, trop négligée, sinon rejetée, par la plupart des théories sociales, repose sur l’idée que les grandes sociétés des deux mondes ont connu un développement parallèle à partir de l’âge du bronze. Mais il ressort aussi de l’histoire que ces deux mondes ont eu des racines communes en Mésopotamie, et qu’ils ont poursuivi depuis un échange continu -certes, d’intensité variable selon les circonstances- d’informations et de marchandises.

Les liens entre l’Orient et l’Occident remontent donc au monde mésopotamien -berceau d’un grand nombre des grandes découvertes de l’âge du bronze, de la charrue à la roue. J. Needham estime qu’il faut sans doute compter, parmi ces découvertes, des conceptions aussi fondamentales que le système équatorial des sections lunaires, en astronomie, ou la théorie générale de la physiologie du souffle, en médecine, auxquels Indiens, Chinois et Grecs apporteront ensuite des développements différents. Plus spécifiquement, l’‘unité essentielle de l’Europe et de la Chine’, bien avant l’ère de la dynastie Sang (environ 1500 ans avant J.-C.), a été attestée par les nombreux documents publiés par Janse.

La communication entre l’Europe et l’Asie a été une donnée ‘naturelle’ du monde grec dès la fin de l’époque archaïque, puisque ce monde, comme celui des Mycéniens avant eux, s’étendait, par la mer Egée, jusqu’à la côte d’Asie Mineure [1] . De fait, les grandes cités ioniennes jalonnent la côte anatolienne dès le milieu du VIIIe siècle, peut-être sur le site d’anciens comptoirs phéniciens. Mais les colonies mycéniennes de l’âge du bronze leur avaient préexisté dans les Cyclades, à Milet et dans d’autres lieux, et la culture mycénienne (en particulier les chambres funéraires)et d’autres éléments exogènes à cette culture, c’est-à-dire des biens d’importation, étaient largement répandus dès cette période dans tout le bassin égéen, jusqu’à Troie. Les Hittites avaient noué des liens diplomatiques avec les villes d’Egée, et leurs armées pénétrèrent probablement aussi dans ces régions. A l’époque classique, les colonies ioniennes s’étendirent vers l’intérieur ; au VIIIe siècle, elles étaient en contact avec le royaume phrygien et sa capitale, Gordion, fondée sur le plateau anatolien. Cet Etat entretenait lui-même des relations avec les Assyriens et le royaume d’Urartu (Ararat) : ainsi les Grecs et la mer ionienne avaient-ils une face tournée vers les ‘européens’ et une autre vers les ‘Asiatiques’.

C’est au début du VIIIe siècle que les Grecs ont établi des avant-postes commerciaux dans le sud des côtes d’Asie Mineure. Les Phéniciens avaient connu la Grèce dans des époques antérieures ; les marchands grecs d’Eubée, en retour, commercent avec la ville d’Al Mina, sur la côte syrienne, dès le début du IXe siècle, voire dès la fin du Xe siècle. Ces échanges ont enrichi les influences orientales sur l’art, la religion et la civilisation grecs en général et conduit à l’acquisition et au développement de l’alphabet, apparu sans doute au XIe siècle, si l’on en croit la preuve récemment apportée par la broche des Opheltas [2] . Ioniens et Cariens deviennent ensuite mercenaires en Lydie, mènent des razzias dans le delta du Nil et servent Babylone sous le règne de Nabuchodonosor. Le contact le plus direct entre l’Orient et l’Occident passe sans doute alors par la colonie milésienne de Technos, autour du VIIIe siècle, dans le delta du Nil, mais le vieux port grec de Naucratis, dans le même delta, était économiquement plus important : ont y échangeait l’argent, l’huile et le vin grecs contre le blé égyptien. Le développement de ces liens a certainement favorisé la réalisation complète des ambitions grecques dans le domaine de l’architecture et de la sculpture de pierre, bien que l’influence des palais de l’âge du bronze et des traditions anatoliennes ne doive pas être oubliée. On a prétendu que les temples n’étaient construits que ‘lorsqu’un dieu exigeait une demeure, c’est-à-dire lorsqu’il fallait placer une sculpture de grande taille -associée peut-être à des dons et à des offrandes de grande valeur- que l’on voulait conserver sur place pour obtenir la protection du Dieu [3]’. Cette explication n’est guère convaincante : le premier temple d’Héra, à Samos, a été construit dès le VIIIe siècle, le temple d’Athéna à Gortyne est probablement le fruit des influences syriennes et, si l’on suit Aristote, le second temple dédié à Héra, toujours à Samos, à la fin du VIe siècle, est inspiré par le tyran Polycrate, médiateur essentiel de l’influence de son proche allié, l’Egypte. Or c’est le premier temple ionien connu dans lequel on ait retrouvé les plus vénérables statues grecques conservées. C’est dans les dernières années du VIIe siècle que se développe, sous l’influence égyptienne, la construction de pierre à grande échelle ; les premières colonnes de pierre (décorées de chapiteaux à ornements floraux) sont fabriquées pour un temple de Smyrne. En Méditerranée orientale, l’échange des idées et des techniques ente l’Europe, l’Asie et l’Afrique a donc été depuis la plus haute Antiquité une réalité concrète.

Les grandes cités de Grèce orientale, qui faisaient face au littoral asiatique de la mer Egée, deviennent des centres de commerce et de savoir importants. Les échanges avec la mer Noire assurent l’approvisionnement et permettent aux habitants de ces cités de s’adonner à d’autres activités. Milet, célèbre pour sa laine et son mobilier, a aussi été l’un des tout premiers foyers intellectuels de la mer Ionienne : vécurent là Thalès, parfois désigné comme l’‘inventeur de la pansée rationnelle’, et son élève Anaximandre. Thalès avait travaillé, dit-on, pour Crésus, qui monte sur le trône de Lydie, en Asie Mineure, en 561 environ avant J.-C., et soumet toutes les cités grecques, à l’exception de Milet. Mais Crésus perd la bataille qu’il a engagée contre Cyrus, le roi achéménide de Perse, et la Lydie passe avec tous les autres centres grecs de la côte Ionienne sous la domination perse. Certains habitants de la région émigrent vers l’ouest, comme déjà dans le passé. Pythagore, par exemple, quitte Samos vers 530 environ avant J.-C. ; et s’installe à Crotone, en Italie du sud ; l’école des philosophe éléatiques -parmi lesquels Zénon d’Elée- descendait de ces Phocéens qui avaient fondé Elée, en Italie, après avoir tenté de s’implanter en Corse. D’autres savants partent vers divers horizons. Vers l’an 500, Hécate de Milet visite l’Egypte, dont il dessine une carte portative. Ces mouvements montrent que le savoir n’était pas définitivement enraciné dans certains lieux et dans certaines cultures. Les hommes voyageaient entre l’Egypte et la Perse, et leur savoir les suivait, circulant de l’un à l’autre des trois continents.

L’échec de l’invasion perse de la Grèce en 480 avant J.-C. Conduit à la libération des cités ioniennes, mais celles-ci ne retrouvent pas la prospérité qu’elles avaient connu à l’époque de l’hégémonie athénienne. Aussi les savants qui y résidaient poursuivent-ils leur migration vers l’ouest, à Athènes, comme Anaxagore ou Hérodote, ou vers l’est dans l’empire perse de Darius qui s’étendaient, depuis les conquêtes de 522, de la Cyrénaïque, en Afrique du Nord, jusqu’à la vallée de l’Indus. La lingua franca impériale était l’araméen, une langue sémite, mais les inventaires des palais royaux étaient rédigés en élamite et les contrats commerciaux en babylonien ; les Grecs étaient recherchés par la cour comme médecins [4] . Le développement de l’astronomie à cette époque peut être considéré comme un effet de ce mélange des cultures babylonienne et grecque à Babylone et à Uruk : les Babyloniens apportèrent leurs méthodes de calcul mathématiques et des observations accumulées pendant des siècles, les Grecs leur maîtrise de la pensée logique. Leur coopération d’alors est la source de nombreuses avancées ultérieures. Vers 280 avant J.-C., Bérose, par exemple, prêtre de Marduk, fonde une école d’astrologie et d’astronomie sur l’île de Cos, où il rédige, en langue grecque, un ouvrage sur Babylone. L’Empire perse était ‘multiculturel’. Les Grecs sont également engagés au service des Perses comme troupes militaires de choc, et pour d’autres capacités : l’un d’eux est envoyé par Darius pour explorer la côte dans la région de Suez. Une partie des Ioniens savaient fabriquer des briques et des tuiles, d’autres étaient sculpteurs de pierre (la nouvelle capitale impériale, Persépolis, utilisa beaucoup l’art ionien). Ainsi les Grecs voyageaient-ils librement à travers l’empire. Certains recevaient de grands domaines ; Ctésias, médecin de la cour est employé comme diplomate ; il écrit une histoire fantastique et romantique de la Perse et une chronique indienne. Hérodote, le premier historien sérieux de l’Antiquité, arpente également une bonne partie du bassin méditerranéen orient et du Proche-Orient à l’époque où il rédige son Histoire (une ‘enquête’, à l’origine) des Grecs et des perse, parallèlement à son célèbre ouvrage sur les antiquités égyptiennes.

Bien que les cités ioniennes aient connu la lecture et l’écriture, l’Empire perse, leur puissant voisin, continue de représenter une grande force d’attraction ; il échange ses richesses contre le recrutement des savants, des artisans et des mercenaires grecs -non sans exploiter dans le même temps les divisions entre Athènes et Sparte. L’instauration de l’Empire athénien met fin au ‘flottement’ qui suit l’époque de la domination perse, mais les très nombreux petits Etats-cités survivent jusqu’au grand déclin du commerce méditerranéen dans l’Antiquité tardive, et parfois même jusqu’aux conquêtes arabes. Les traditions propres à ces cités ont influencé pendant toute cette période l’intérieur des côtes d’Asie Mineure jusqu’aux centres phéniciens.

L’Inde du Nord-Ouest rencontre l’Occident pour la première fois Lorsque Cyrus traverse l’Hindou Kouch, vers 530 avant J.-C., et reçoit tribut du royaume de Gandhara et de sa capitale, Taxila. C’est à la Perse que l’Inde employa l’écriture araméenne, qu’elle adapta pour former le Karoshthi. Inversement, la pensée bouddhiste a fortement influencé le manichéisme (tandis que, plus tard, le zoroastrisme marquera le bouddhisme de Mahayana).L’influence perse s’efface devant les conquêtes d’Alexandre de Macédoine (356-323), à partir du printemps 334. Les Hellènes conquièrent l’empire et peuplent de nouvelles villes et de nouvelles colonies, comme Alexandrie d’Egypte et de nombreuses autres Alexandries, en Perse, chez les Parthes et dans les régions de Bactriane et de Sogdiane. Alexandre établi une base à Babylone, où il meurt. Mais l’empire continue de s’étendre, au-delà de Samarkand, dans la vallée de l’Indus : le pont est fait entre l’Europe orientale, le nord de l’Inde et les zones de pénétration chinoises. Après la défaite du dernier empereur perse, Darius III, le nouvel empire gagne l’Asie centrale. L’Etat grec de Bactriane naît dans la vallée de l’Oxus (l’Afghanistan actuel), à cheval sur les villes de Balkh à l’ouest et d’Ai Khanum à l’est. En ce dernier lieu, les colonisateurs fondent une ville ‘grecque’ -dotée d’un gymnase pour l’enseignement et pour l’entraînement sportif, et d’un théâtre de 6 000 places consacré au répertoire grec. Plutarque a affirmé qu’au terme de l’expédition asiatique d’Alexandre les peuples orientaux lisaient Homère, et que les enfants chantaient Sophocle et Euripide. Ces assurances sont confirmées par les recherches archéologiques, puisque des inscriptions à l’encre de cette époque montrent qu’une grande partie des habitants de cette région avaient effectivement lu la littérature et la philosophie grecques, des scènes tirées d’Antigone décorant par ailleurs un vase de facture locale. Que cela soit dû aux importations étrangères ou à la force de la culture locale, , les Grecs de la dynastie euthymédide qui envahirent l’Inde après Alexandre considéraient ses habitants comme ‘davantage que leurs égaux’. Les conquêtes grecques ont eu en tout cas des conséquences profondes, et pas seulement dans l’Asie centrales dont de nombreux peuples ont conservé une trace durable du droit grec. Alexandre lui-même devient une figure mythique, jusque dans l’Asie du Sud-Est, à Sumatra et en Malaisie en particulier, où il intègre les généalogie légendaires, effet probable de l’extension de l’Islam [5] .

L’Occident a aussi beaucoup appris de l’Orient. Une grande route commerciale à travers l’Asie partait de Patna, sur les bords du Gange, pour parvenir jusqu’aux ports d’Ionie en passant par Taxila, l’Hindou Kouch, la Bactriane, la Séleucie, Damas (ou Antioche) enfin. La civilisation babylonienne survit sous la domination des Grecs, et ses acquis en astronomie et en astrologie sont transmis aux conquérants (aussi l’astronomie hellénistique est-elle appelée ‘gréco-babylonienne’). L’astrologie babylonienne est très largement adoptée en Occident comme en Orient et, dans ces deux régions, les conceptions astronomiques les plus communément répandues renvoient toujours aux modèles chaldéens. Le calendrier séleucide connaît également un succès considérable en Occident. La vigueur continue de cette tradition locale se vérifie à ceci que les Babyloniens ont conservé de nombreux traits de leur civilisation antérieure longtemps après les conquêtes, recourant par exemple jusqu’au VIIe avant J.-C. A l’écriture cunéiforme alors qu’ils étaient en contact direct avec les écritures grecque et araméenne.

A la mort d’Alexandre, l’empire éclate en cinq royaumes séparés, dont celui des Séleucides. Les conquêtes indiennes sont cédées à Chandragupta, nouvel empereur de la dynastie Maurya, dont l’un des successeurs fut l’empereur Aśoka, tandis que les offensives des Parthes du Nord séparent l’est et l’ouest de l’ancien empire. L’Afghanistan est alors perdu, mais les royaumes de Bactriane et de Sogdiane montent en puissance et envahissent finalement le nord-ouest de l’Inde autour de 180 avant J.-C.. Renforcé par sa religion commune, le bouddhisme, un empire gréco-indien s’établit alors, qui survivra un siècle à l’éclatement du royaume de Bactriane. Les dirigeants de ce nouvel empire approfondissent les liens culturels entre l’inde et la Grèce ; la sculpture Maurya en fut, par exemple, fortement influencée. On constate également que, tout au long du 1er siècle après J.-C., la langue grecque est utilisée dans de nombreux contextes officiels.

Les avancées grecques en Inde ont conduit à l’ouverture d’importantes voies commerciales. La monnaie indienne connaît un essor considérable sous la domination grecque et, sous la dynastie des rois indo-scythes Kushan, qui règnent sur la plus grande partie de l’Inde du Nord et de l’Asie centrale (dont la Bactriane) pendant les trois premiers siècles de notre ère, les monnaies locales continuent d’utiliser la langue grecque pour leurs inscriptions longtemps après que celle-ci a disparu en tant que langue parlée. En Asie occidentale, la Séleucie connaît une longue période de prospérité, due à l’importation d’énormes quantités d’ivoire et d’épices en provenance de l’Inde ou qui transitent par elle. En direction de l’Occident, l’Inde exporte, outre des épices et de l’ivoire, de l’ébène, d’autres bois précieux, et des paons. En direction du sud-ouest, les bateaux indiens voguent jusqu’à l’Arabie, bien que les Arabes dominent cette zone d’échanges jusqu’à ce que Grecs et Romains ouvrent des voies maritimes vers le sud de l’Inde, aux environ de 40-50 après J.-C. En direction de l’est, Grecs et Indiens tentent d’entrer en contact avec la Chine par le Khotan, et l’on sait que des colonies indiennes perdurent jusqu’au IIIe siècle de notre ère dans l’actuel Turkestan chinois.

Quelle fut l’influence de la Grèce sur l’Inde, et réciproquement ? Les mots grecs pour signifier ‘plume’, ‘encre’, ‘livre’, sont passés dans le sanskrit, mais il ne reste aucun témoignage des parchemin que Pergame a massivement produit au début du IIe siècle ; les peuples d’Asie du Sud-Est ont continué à utiliser la soie et le bambou fendu comme instruments d’écriture bien longtemps après l’invention chinoise du papier, peu avant le début de l’ère chrétienne. Un petit nombre d’Indiens cultivés connaissaient les textes occidentaux les plus courants, dont peut-être l’œuvre de Platon, de la même manière qu’un petit nombre de Grecs avaient lu le Māhābhārata. Conséquence de ces contacts, la composition des drames du théâtre indien a peut-être été inspirée par la production grecque, tandis que la médecine et l’astrologie ont sans doute été réciproquement influencées, dans les deux mondes, par ses échanges.

Mais l’impact majeur de l’ensemble de ces liens sur les formes artistiques ne vient qu’avec l’époque romaine -les Parthes faisant office de médiateurs dans les régions du nord de l’Inde- lorsque le style de la sculpture Gandhara commence à emprunter des modèles occidentaux. Ce n’est que dans cette dernière période que le bouddhisme, auquel les populations grecques locales s’étaient converties, recourt à des formes humaines pour représenter Bouddha. Les origines de la figure humaine du Bouddha indien ont fait l’objet de débats difficiles. Il est clair, en tout cas, que le premier art bouddhiste n’admettait aucune image figurée du fondateur, et qu’il y avait alors ‘une répugnance profondément enracinée de donner une forme humaine au Bouddha’. Sa présence était signalée, outre par l’arbre Bo et la roue de la loi, par l’empreinte de son pied, par son ombrelle ou par son trône vide. Dans l’art grec ou semi-grec de Gandhara, il commence à être représenté sous forme humaine, et la même influence pénètre la tradition indienne de Mathurā, dont on date généralement l’apparition autour de la dernière période Kushan, au IIe siècle après J.-C. On a le plus souvent considéré que les figures de Gandhara avaient été créées au 1er siècle après J.-C. Un certain nombre de savants locaux ont voulu prouver la primauté de la tradition indienne : mais la datation antérieure des sculptures grecques de Gandhara semble confirmée par les représentations d’une statue de Bouddha sur une pièce de monnaie de Maues, entre 80 et 58 avant J.-C.

L’adoption de ces formes figuratives a probablement été la conséquence de l’expansion de la bhakti, non pas seulement dans l’hindouisme (dans la Bhāgavadgītā, par exemple), mais aussi dans le bouddhisme. La bhakti est un ‘oubli passionné de soi, pour un Dieu qui, en retour, accorde sa grâce’ ; elle se concrétise dans le culte personnel de Vişhnou-Krishna, dieu universel, et dans la dévotion au Bouddha, médiatrice sur la voie du Bouddha divin du Mahāyāna, le Grand Véhicule. Il est fort possible que les bouddhistes aient adopté l’Apollon grec pour leurs sculptures du début du 1er siècle sous cette pression dévotionnelle, avec pour conséquence, en réplique hindoue, les formes figurées de la tradition Mathurā.

Le roi grec (ou yavana) Ménandre régna, au milieu du IIe siècle après J.-C., sur un empire qui s’étendait de Mathurā, à l’est, à Broach, dans le Gujarat, à l’ouest. Son aura était considérable et il devint le héros du Milindapañha (ou Questions de Milinda), découvert dans un manuscrit Pali. Le monarque y engage un dialogue avec le sage bouddhiste Nāgasena. Le genre avait des prototypes classiques, et l’œuvre est traduite en chinois dès le IVe siècle.

Le bouddhisme influence d’autres rois. Le grand conquérant Aśoka en a laissé pour témoignage à Kandahar ( dans l’actuelle Afghanistan) une inscription en langue grecque et araméenne rappelant son refus de se nourrir de créatures vivantes et revendiquent ce refus comme un mode de perfectionnement de l’existence. Au cours du IIIe siècle après J.-C., le bouddhisme marque de son empreinte un certain nombre d’orateurs grecs, de la même manière que ceux-ci ont infléchi l’art bouddhiste. Le bouddhisme a-t-il réellement été pour quelque chose dans le végétarisme néoplatonicien de Porphyre ou dans l’apparition des régimes monastiques chrétiens ? Cela reste discuté. Dans les sociétés postérieures à l’âge du bronze, ces règles d’abstinence [...] ne semblent pas dues à une cause spécifique ; elles existent à l’état latent comme la conséquence d’une contradiction logique entre la proscription du meurtre humain et le fait de verser du sang animal. Une certaine impulsion est cependant nécessaire pour que la possibilité de l’abstinence se réalise dans telle ou telle forme concrète et, dans ce domaine comme dans d’autres, les croisements des mondes grec et indien ont pu être des éléments déclencheurs.

L’Orient a été découvert par les Grecs non pas seulement à travers leurs conquêtes, mais aussi, par le commerce (et ceci fut réciproque, entre des partenaires relativement égaux) [6]) . Outre les routes terrestres du nord, il y avait le trafic maritime dans l’océan Indien, qui remontaient à l’époque de la Mésopotamie et d’Harappā et perdura sous la forme de circuits locaux. D’après un récit probablement mythique, des gardes égyptiens postés sur le bord de la mer Rouge découvrent un jour, aux environ de 120 avant J.-C., un Indien épuisé à bord d’une embarcation à la dérive. On enseigne le grec à cet Indien, et on lui propose de conduire une expédition en direction de la côte indienne [7]. Au-delà de ce récit, les bateaux égyptiens ont réellement effectué un tel voyage, commençant par un cabotage le long des côtes avant de découvrir, sans doute vers 15 avant J.-C., le bon usage des vents de mousson, qui les portent directement de la mer Rouge vers le sud de l’Inde [8]. Cette voie plus directe sera beaucoup empruntée, en quête des produits de luxe orientaux, après la conquête romaine de l’Egypte. Du Ier au IIIe après J.-C., les navires romains (en réalité gréco-égyptiens) se succèdent le long des côtes de l’Inde et poursuivent peut-être jusqu’à l’Indochine et à la Chine. Le Grec Eudoxe avait déjà fait le voyage deux fois au IIe siècle avant J.-C. Envoyé par le roi Ptolémée III Evergète Ier, et en avait rapporté diamants et épices. Avant lui, le commerce passait par des intermédiaires, mais Eudoxe établit des contacts directs, qui ne se développeront cependant sur une grande échelle que sous le règne d’Auguste. Il avait aussi cru possible, après ces premières expéditions, de gagner l’Inde en contournant l’Afrique, et il descendit le long de la côte Atlantique, en emportant à son bord médecins, artisans et filles destinées aux princes indiens. Cette nouvelle tentative échoue, mais l’autre voie devient rapidement familière aux marins méditerranéens [9], qui parviennent jusqu’à l’embouchure de l’Indus et vers des ports plus au sud, où ils trouvent du poivre. Les marchands gréco-indiens font des affaires dans le nord-ouest du sub-continent. Sur la côte de Malabar, soies et cotonnades, ivoire et cosmétiques sont échangés contre des femmes, des étoffes, des métaux, du vin, de l’or et de l’argent. Certains marchands méditerranéens s’installèrent complètement dans les ports indiens, les princes locaux employant probablement à leur service des ‘gardes du corps’ et des ‘ingénieurs’ grecs [10]. Plusieurs navires s’aventurent sur la côte orientale de l’Inde, en direction du Gange, quelques-uns atteignent l’Extrême-Orient. Au début du IIe siècle après J.-C., un voyageur longe la côte d’Indochine et poursuit peut-être au-delà.

Les Romains ont laissé un certain nombre de traces de leur passage dans le sub-continent indien. Les fouilles d’Arikamedu, près de Pondichéry, au sud-est, ont permis de mettre au jour des jarres de vin (amphorae) et des poteries de terre rouge polie (terra sigilata) arétines. Des objets semblables ont été retrouvés à travers tout le pays : des amphores contenant du vin à Akota, près de Devnimori, dans le Gujarat, ou encore, dans la même région, un Atlas en bronze et (dans les stupas des monastères bouddhistes) d’autres tessons de poterie rouge polie. Certaines innovations architecturales, et l’usage décoratif des motifs en feuilles d’acanthe, sont autant d’autres marques de l’influence romaine. Inversement, d’ailleurs, un grand nombre d’informations d’Orient parvient jusqu’à Rome, comme l’attestent de nombreux passages d’ouvrages de Pline l’Ancien.
Jusque dans le sud de l’Inde, les textes les plus anciens témoignent d’une familiarité manifeste avec les conceptions hellénistiques dans les domaines de la médecine et de la science des horoscopes. Et de la même manière que les bouddhistes envoient des missionnaires en terre occidentale, ou yavana (plusieurs inscriptions votives dans le Deccan signalent des bouddhistes occidentaux), les premières missions chrétiennes investissent l’Inde presque parallèlement à l’entreprise de christianisation de l’Europe. Le culte d’Isis n’avait-il pas déjà eu, selon R. Fynes, un certain écho en Inde ?

Les informations les plus complètes dont nous puissions disposer sur les routes maritimes du commerce avec l’Orient à l’époque de l’Antiquité nous viennent du Voyage en mer d’Erythrée, écrit entre 40 et 70 avant J.-C. Les vaisseaux indiens et cinghalais empruntaient certaines des voies que fréquentaient aussi les marins occidentaux ; au IIe siècle après J.-C., l’expansion indienne vers Java, Sumatra et le Cambodge atteint son maximum, avec un déclin parallèle probable des expéditions vers l’ouest. L’Orient est alors devenu une destination privilégiée. L’influence indienne est sensible au début de l’ère chrétienne dans la péninsule indochinoise : les marchandises romaines et indiennes parviennent à Burma et Java, en Thaïlande et dans le delta du Mékong. C’est à, partir du IIIe siècle avant J.-C. que les liens sont noués avec la Chine. Le Voyage en mer d’Erythrée témoigne de la présence de marchandises chinoises dans les ports indiens, dont une partie est probablement acheminée par des voies intermédiaires terrestres ; mais elles arrivent aussi, par la mer, dans le delta du Gange. Les Indiens -et l’hindouisme- sont alors implantés en Indochine, qui ne découvre le bouddhisme qu’au VIe siècle de notre ère, ou peut-être tout juste un siècle plus tôt, apporté par des voyageurs qui faisaient route vers la Chine, avec laquelle des relations étroites -à travers le port de Canton- s’établissent dès le VIIe siècle.

Les Chinois ne se lancent dans les grandes expéditions qu’à ,partir du IIIe siècle, mais ils les multiplieront jusqu’au VIIIe. Ils atteignent Penang, en Malaisie, vers 350, le Sri Lanka vers la fin du siècle, l’embouchure de l’Euphrate et Aden sans doute au siècle suivant. Les contacts se poursuivent jusqu’à la montée en puissance de la marine arabe, autour de 900. La première ambassade musulmane atteint la Chine en 651, mais un siècle plus tard, en 758, la puissance des Arabes était suffisante pour aboutir au pillage et à l’incendie de Canton. Au siècle suivant, ils installent des ‘manufactures’ dans certains secteurs de la région de canton où ils avaient été précédés, dès le IIIe siècle, par des Syriens et des Gréco-Egyptiens.

Après l’époque grecque, il n’y a pendant longtemps plus de contact terrestre direct entre l’Occident et la Chine. Les premières caravanes chinoises vers l’Iran datent de 106 environ après J.-C., après les missions préparatoires de l’ambassadeur Chang-K’ien. Mais, avant cette nouvelle période, les marchandises ont continué de passer par toute une série d’intermédiaires. La soie chinoise parvenait jusqu’à Rome par l’Inde. L’ouverture d’une route directe fut cependant liée elle aussi au commerce de la soie. Sous les règnes de César et d’Auguste, on appelait les Chinois des Seres, ou producteurs de soie (jusqu’alors, l’Europe avait connu une soie ‘sauvage’ en provenance d’Asie occidentale, échangée contre d’autres marchandises venues de l’ouest). A son retour en Chine, l’ambassadeur Chang-K’ien rapporte des collections de plantes étranges -entre autres des grenades, de la luzerne, ou de la vigne. Les importations de cette époque comportent aussi le cataphracte, grand cheval de guerre, et un certain nombre d’objets d’art grec qui ont influencé la production de la période Han ; la soie, les fourrures, les produits d’une métallurgie raffinée, la cannelle et la rhubarbe sont exportés en retour. Les pays méditerranéens fournissent aussi de la verrerie, de la laine, des étoffes ; mais l’essentiel des paiements devait avoir lieu en monnaie d’argent et les sommes versées purent s’élever jusqu’à un million de livres sterling par an (calcul effectué sur la base de la valeur de la livre en 1954). Le commerce caravanier direct de la soie ne se poursuit que pendant un ou deux siècles ; mais lorsque cette circulation s’interrompt, provoquant une pénurie de soie dans tout l’Empire romain, des contacts sont établis par les mers du Sud avec la cour des Han, à partir de 166. On sait qu’une ambassade (probablement une entreprise privée, pas davantage) est envoyée sous Marc Aurèle, qui traverse le Viêt Nam avant de prendre la mer.

Avec l’expansion grecque en Orient et l’installation des Grecs de Bactriane en terre indienne après la chute de l’empereur Aśoka, la culture gréco-indienne pénètre profondément en Asie centrale. Autour du IIIe siècle avant J.-C., la Chine expérimentait son premier gouvernement unifié, sous l’autorité de la dynastie Qin ; elle voulait renforcer la sécurité de ses marches extérieures, qui étaient alors sous le contrôle des Huns, et quand Chang-K’ien, en 138 avant J.-C., est envoyé en mission dans le royaume bouddhiste de Bactriane (ou royaume de Balkh), il découvre que l’on écoule sur le marché local des bambous et des étoffes du sud-ouest de la Chine : c’était la meilleure preuve de l’existence d’une route de la soie, à destination de l’Inde. Quand l’ambassadeur présente son rapport à l’empereur, celui-ci décide d’ouvrir et d’assurer les routes vers l’Occident. Marchands et missionnaires affluent alors de tous les horizons, et le bouddhisme fait son entrée à la cour impériale vers 65 après J.-C.. Les routes lancées vers le nord de l’Inde traversent le sud et le nord du désert de Tarim à partir de la porte de Jade, sur la frontière chinoise, site des futures cavernes de Dun-huang, l’un des principaux centres d’enseignement bouddhiste : ces cavernes, aménagées entre le Ve et le VIIIe siècles, deviendront le grand lieu de rencontre des savants, le foyer des artistes, le conservatoire d’innombrables textes de la tradition bouddhiste, enfin un atelier de la traduction chinoise de ces textes.

Les relations entre l’Inde et la Chine n’ont pas été le seul fait des missionnaires. A l’avènement de la dynastie Tang, en 618 de notre ère, ‘des milliers d’Indiens se trouvaient dans les cités métropolitaines’. Ils rencontraient l’opposition des milieux lettrés, mais le désir de garder des relations avec l’Asie centrale impliquait l’octroi d’une certaine forme de protection du bouddhisme. Les maîtres bouddhistes savaient beaucoup plus que leur canon religieux, dans l’acceptation étroite de ce terme. Bodhisuci, par exemple, originaire du sud de l’Inde, avait commencé par étudier dans une école brahmanique la philosophie et plusieurs sciences (le Sāņkya, la phonétique, l’astrologie, les mathématiques et la médecine), avant de se convertir au bouddhisme. Invité à se rendre en Chine, en 692, il y arrive par mer l’année suivante. Il rejoint la cour, à Ch’ang-an, où l’empereur le soutient pour la création d’un centre d’études au sein duquel il traduit cinquante volumes du canon.

L’installation en Chine des maîtres bouddhistes d’Asie centrale et d’Inde encourage un mouvement inverse de pèlerins chinois vers l’Inde, qui cherchaient à acquérir davantage de connaissances et reviennent dans leur pays avec de nombreux textes de toute nature. Dès le IIIe siècle, un groupe de pèlerin chinois avait fait le voyage de l’Inde en empruntant la route Yunnan-Burma, qui fut très tôt un axe important. A la fin du IVe siècle, Fa-hein entreprend un périple qui devait durer quinze années : il quitte la Chine par la route du désert et revient par la voie des mers jusqu’à Shan-tung, via le Sri Lanka et Java. L’Inde gagne à ce voyage, et à d’autre, la pêche, la poire, le vermillon et la soie chinoise, tandis qu’elle découvre à ses visiteurs la richesse de ses mathématiques, de son astronomie, de sa médecine et de sa religion.

Les échanges entre l’Extrême-Orient et l’Extrême-Occident n’ont cessé quant à eux de se développer dès le haut Moyen Age. Venus par la mer, les Arabes s’installent définitivement à Canton dès le milieu du VIIIe siècle et réalisent de nombreuses expéditions en Chine dans les deux siècles suivants. A partir du IXe siècle, des communautés de marchands juifs aussi célèbres que celle Radhanites joignent régulièrement l’Espagne à la Chine, par terre et par mer, échangeant esclaves, épées et brocarts contre des parfums, des épices, des plantes médicinales, peut-être de la porcelaine et d’autres produits d’invention chinoise. L’Empire de Khazars, au nord de la mer Noire, est alors un autre centre juif important. Du reste, bon nombre de ses habitants turcs se convertissent en 740, lorsque la région devient une zone d’échanges commerciaux et intellectuels privilégiés avec l’Extrême-Orient. Au début du XIIe siècle, une communauté juive s’établit à Khaifeng. Les chrétiens nestoriens s’étaient également installés en Chine, comme les zoroastriens fuyant les musulmans. Aussi des représentants de toutes les croyances et d’un grand nombre de nations se retrouvent-ils dans ce pays, attirés par ses richesses, ses manufactures, son hospitalité. Emigrés, marchands ou réfugiés, tous ce voyageurs apportent avec eux des idées, des techniques, des matériaux qui ont toujours rompu l’isolement de l’Empire du Milieu -et ceci dans les deux sens, puisque marchandises et savoirs n’ont cessé d’affluer vers l’Occident, le temps culminant de ces échanges restant le début du XVIe siècle, après l’ouverture d’une grande route maritime entre l’Europe et la Chine.

Voilà donc, brièvement rappelées, les principales étapes d’une relation longue et ancienne entre l’Orient et l’Occident, qui a rendu possible de très nombreux échanges de biens matériels et immatériels -et qui nous éloigne beaucoup de cet isolement réciproque de deux mondes qu’impliquent des clivages catégoriques auxquels se sont trop souvent complues les théories et les explications sociohistoriques de ces deux derniers siècles.

Commentaires :

[1Dans les textes grecs les plus anciens, le nom d’‘Asie semble avoir été appliqué d’abord à la partie centrale des côtes de la mer Egée, et provient peut-être du nom d’Assuwa, principauté dominante de la région à cette époque.

[2Cette broche porte l’inscription d’une dédicace au dieu, peut-être en écriture arcadienne.

[3Bien que les Grecs aient été familiers des grandes effigies en pierre des pharaons égyptiens, Cook se demande s’ils se seraient orientés vers la sculpture monumentale sans l’émergence de la sculpture de marbre dans l’île Naxos, au VIIe siècle.

[4Le Corpus hippocratique continue à se développer dans la mer Egée orientale à cette époque, en particulier à Cnide et à Cos.

[5[L’auteur] remercie le Dr Roxana Waterson, du département de sociologie de l’Université nationale de Singapour, pour le commentaire qui suit : "La généalogie alexandrine semble bien être un phénomène proprement musulman, issu du folklore musulman. Alexandre et Salomon sont les deux grands rois créés par Allah. En Asie du Sud-Est, Alexandre est connu sous le nom d’Iskandar (souvent accompagné de l’épithète arabe Zulkarnain, ou ‘à deux cornes’, qui renvoie à sa représentation sur les pièces de monnaie). Il est cité en particulier dans le Sejerah Melayu, comme l’ancêtre des gouverneurs malais des deux royaumes Achenese et Minangkabau, qui l’incorporaient à leurs généalogies, le second à la faveur d’un mythe [...], selon lequel le sultan de Rum (Constantinople) était le frère aîné, le sultan de Chine le second frère, et le sultan de Minangkabau le frère cadet. Selon la légende, Iskandar épousa la fille du roi de Rum, dont il eut trois fils, chacun recevant une couronne en même temps que l’ordre de partir fonder son propre royaume. Dans les détroits de Singapour, ils tentèrent en vain -toujours selon cette légende- de coiffer leur couronne, qui tomba à la mer ; après quoi ils se séparèrent pour s’établir respectivement à Rum, en Chine et dans l’ouest de Sumatra. Au début du XVIIe siècle, le roi d’Atjeh se faisait appeler le ‘jeune Alexandre’ (Iskandar Muda), de la même manière que plusieurs souverains indiens prétendirent au titre de ‘second Alexandre’.

[6Le premier et le meilleur exemple de cette découverte par la voie du commerce est celui de Mégasthène, ambassadeur séleucide à la cour Maurya de Chandragupta entre 302 et 288 avant J.-C.

[7[Il y a] d’autres cas d’Indiens parvenus jusqu’en Egypte à cette époque.

[8Cette version des faits est fort répandue : mais qui, de l’Occident ou de l’Orient, découvrit d’abord l’avantage des vents de mousson ?

[9Il est difficile de préciser davantage la nationalité de ces marins à partir du règne d’Auguste. Il est en tout cas sûr que des marins italiens, et même carthaginois, s’engagèrent sur les routes de l’Inde.

[10Il est toutefois vraisemblable qu’à Kaveripattinam, par exemple, ces gardes du corps aient été plutôt voués à la protection des quartiers étrangers que des princes locaux.


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