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Le choix de la défaite

Annie Lacroix-Riz
samedi 11 avril 2009 par anik

Quelles sont les causes de la défaite française de 1940 ? Comment comprendre l’engagement des banquiers et industriels dans la " collaboration économique " avec les Allemands entre la défaite et la libération de Paris sans s’interroger sur la phase précédente ? Les classes dirigeantes françaises ont-elles planifié dans la décennie 1930, comme leurs homologues belges guidées par la Banque nationale de Belgique, l’occupation prochaine de leur pays par l’Allemagne de Hitler ?
À la lumière d’archives françaises et étrangères, pour la plupart jamais encore dépouillées, Annie Lacroix-Riz revient sur les origines de Vichy. Un essai très engagé, qui bouleverse notre connaissance de cette période de l’histoire de France et au-delà, des relations internationales. Cet ouvrage défend la thèse que les hommes de Vichy ont préparé leur arrivée au pouvoir et que la transformation des institutions, rendue nécessaire par la crise, passait par la défaite française. L’ouvrage montre ainsi, dans une approche nouvelle, que les causes de l’Occupation sont avant tout intérieures. Il aborde la question de la nature des actions menées de 1933 à 1939 en faveur de l’axe Rome-Berlin. Surtout, il met en exergue le caractère déterminant de l’économie dans le fonctionnement de la société française des années 30.


Le choix de la défaite.
envoyé par worldhistoria

Voici aussi un extrait du livre paru sur l’endehors :

On dit que la France a perdu la seconde guerre mondiale, en tous cas, c’est ce que les éducateurs de l’histoire nous ont enseignés, eux ils y croient... Ils devraient lire "Le Choix de la défaite", œuvre historique traitant de la fin des années 1920 à 1939, on y apprend que "l’élite" a trahie nos anciens comme elle nous trahie encore aujourd’hui.

Merci à l’inventrice (ou découvreuse des archives) Annie Lacroix-Riz, de nous permettre de publier ce passage. Salut sur toi Annie.

A suivre, un passage du Choix de la défaite (d’après les archives RG) d’Annie Lacroix-Riz, page 2 à 4 du prologue LA TOUTE PUISSANCE DU GRAND PATRONAT

« Les français n’ont pas été battus : ils ont été trahis […] par le haut patronat, par peur du socialisme et notamment de sa forme ultime : le communisme. Toute la politique mondiale depuis 1917, s’explique par la lutte entre le grand capitalisme international et le socialisme. Le haut patronat international a sa capitale, tantôt dans un pays, tantôt dans un autre. Naguère, c’était Londres, aujourd’hui c’est New York. Les états sont, pour lui, de simples instruments de gestion. Il est au-dessus de nos “patries”. Sa patrie à lui, ce sont les matières premières : l’or, le fer, cuivre, le charbon, le pétrole, etc. Il est contre Moscou, parce que Moscou lui lui a fermé l’accès des matières premières de l’Union soviétique et gère celles-ci sans patrons, avec de simples fonctionnaires. Pour cette raison, il lui fallait l’armée allemande pour battre l’armée russe. Il lui fallait la défaite de la France pour que l’armée allemande ait les mains libres en Russie. Il a organisé la défaite truquée de la France. […]

Rois, parlements, presse, armée, église [...sont] depuis un demi-siècle complètement passés sous le contrôle du haut patronat. On parle souvent de la responsabilité des partis politiques, de la maçonnerie et des syndicats, mais les hommes politiques, les ministres, les vénérables des loges et les secrétaires de syndicats, cela ne pèse pas lourd devant le Comité des Forges et le Comité des houillères, qui sont les organismes qui commandent tous les autres. La moitié des hommes publics importants sont achetés par eux ». A la fin du XIe siècle ont été crées de « grandes coalitions patronales, ou trusts […] pour empêcher l’avilissement des prix et pour limiter les revendications ouvrières. Cela les a conduit à organiser, dans chaque catégorie, un contrôle presque total de la production ». Ces groupements ont organisé « le débauchage des grands fonctionnaires [,qui] ont su que, s’ils fermaient les yeux sur l’action des grands patrons, ils pourraient obtenir des situations de premier ordre. Un fonctionnaire qui gagnait 50 000 frs au service » de l’état était engagé par eux, avec un traitement de 500 000 frs et bien au-delà, c’est ainsi qu’ils ont ’’possédé’’ l’Administration française et pris à l’état ses meilleurs fonctionnaires. […] Ils ont pris 70% des sénateurs en leur donnant des places dans les conseils d’administration. Des députés sont devenus avocats conseils des grandes compagnies. Mais les jeunes normaliens, les jeunes professeurs des facultés de droit devenaient socialistes. Le comité des forges organisa le recrutement des meilleurs élèves des grandes écoles, et il les casa, à leur sortie de l’école, à la tête de syndicats avec de gros appointements.

La presse pouvait gêner le haut patronat, il en organisa systématiquement la corruption. Contrôlant les agences de publicité et les messageries de journaux, il contraignit les journaux à un déficit permanent, et leur agents spéciaux, que l’on nomme distributeurs de publicité, mais qui sont, en fait, des organisateurs de silence, apportèrent aux aux journaux des subventions qui comblaient leur déficit et les mettaient à leur merci. En trente ans, le haut patronat français a acquis le contrôle de toute la presse, de l’action française au populaire.

Le haut patronat comprend ce que l’on appelle les ’’Deux Cents Familles’’. Mais il va bien au-delà. Ses états-majors de premier rang représente cinq mille administrateurs et techniciens, parmi lesquels se recrutent les grands commis qui deviennent parfois les chefs de ces organisations. De cet ensemble directeur dépend ce que l’on appelle « Le Monde » qui vit des dividendes distribués par les trusts. C’est avec « Le Monde » que le haut patronat gouverne les lettres, les arts, l’armée, une partie du monde ecclésiastique, les salons tenus par les grandes dames « du Monde » dont les Académiciens, les Évêques et les généraux.

La police est à la disposition du haut patronat. Aucune grande mesure de police n’est sans concert entre le Préfet de police et les grands Chefs des trusts. Ceux-ci ont, en outre, des hommes à eux parmi les grands fonctionnaires de police. Ils ont enfin, leur propre police ; tous les syndicats patronaux leur fournissent automatiquement tous renseignements politiques, économiques ou sociaux.

L’État d’aujourd’hui n’est rien devant les trust. Ni l’État de Lebrun, de Daladier, de Paul Reynaud, ni l’État de Pétain ni de Laval ni ceux de Mussolini, d’Hitler ou de Roosevelt. Derrière tous les Rois, chefs d’État et ministres, il y a le haut patronat, dont le public ne connaît pas les chefs, qui n’aiment pas à se faire connaître ». Trônent en son sein les Comités des Forges et des houillères « de beaucoup les plus riches, et qui, sous le contrôle des grande familles, dont la plus puissante est celle de Wendel, sont dirigés par deux grands commis de haute valeur,k Lambert-Ribot pour le Comité des Forges et de Peyerimhoff pour les houillères. Servant de les trusts, lesdeux grandes banques d’affaires, la banque de Paris et des Pays-Bas, présidée par Moreau (ancien gouverneur de la banque de France) et l’Union parisienne (où régnait Schneider du Creusot). Toutes les banques catholiques, juives, protestantes, sont associées aux trusts. Les […] plus actives dans la politique des trusts ont été la Banque de l’Indochine, avec Baudouin (ancien ministre des affaires étrangères) et la Banque Worms, dirigée par Hyppolite Worms, […] la grande organisatrice des gouvernements de Vichy ». [1]

[1Rapport cité, sans (sd), 1942 ou 1943, avec « appréciation de XP/150 » (RG), août 1943 : « Assez fantaisiste » mais contenant « des indications dont certaines mériteraient une enquête et des recherches attentives » F7 15343, AN.


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