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La solvabilité des Etats commence à préoccuper les opérateurs

Lu sur le Monde, un article de Pierre-Antoine Delhommais
lundi 13 octobre 2008 par anik

Après la défaillance des banques, faut-il maintenant craindre celle des Etats ? L’Islande a été mise en vente cette semaine sur le site de ventes aux enchères eBay avec un prix de départ de 99 pence par un internaute habitant au Royaume-Uni. Intitulée "une opportunité unique d’acquérir un pays d’Europe du Nord", cette offre mise en ligne mardi avait déjà reçu 84 propositions vendredi après-midi.

"Le pays pour le moment n’est pas en faillite, il ne renonce pas à ses obligations", a tenu à préciser, plus sérieusement, vendredi 10 octobre, Geir Haarde, le premier ministre islandais. Pourquoi l’Etat islandais serait-il plus solvable que les banques islandaises en déroute qu’il vient de nationaliser dans l’urgence ? En rachetant les banques pourries et leurs actifs toxiques, ne devient-il pas lui-même pourri et toxique ? La question se pose, même si c’est de façon moins aiguë, pour tous les grands pays qui, aujourd’hui, utilisent massivement les fonds publics pour sauver leur système bancaire.

"Le point de départ de la crise est la perte de solvabilité pour une partie des ménages emprunteurs de crédit immobilier, explique Patrick Artus, économiste chez Natixis. Elle se transforme ensuite en une crise de solvabilité des banques, prêteuses de crédits hypothécaires. La politique mise en place consiste à resolvabiliser les agents économiques du secteur privé en utilisant l’argent public. Mais cette politique n’a de sens que si les Etats qui la pratiquent sont eux-mêmes solvables."

Les Etats-Unis devraient enregistrer en 2009 une explosion de leur déficit budgétaire, tout comme le Royaume-Uni, dont les besoins de financement liés aux diverses opérations de sauvetage des banques devraient s’élever à 100 milliards de livres (127 milliards d’euros) pour l’année fiscale 2008-2009, ce qui représente 6 % du produit intérieur brut.

Jusqu’à quand les investisseurs garderont-ils de l’appétit pour ces emprunts lancés par des Etats dépensiers et fragilisés ? Ne faut-il pas craindre une désaffection brutale, qui provoquerait une remontée brutale des taux d’intérêt ?

"REPRENEZ VOS ESPRITS"

Depuis le début du mois de septembre, les obligations émises par les Trésors des plus grands pays industrialisés avaient plutôt bénéficié de l’aggravation de la crise bancaire, les investisseurs les considérant comme des valeurs refuges et des placements sans risque.

Mais l’afflux annoncé de nouveaux emprunts et la détérioration attendue de la qualité de la signature des Etats commencent à inquiéter. Et vendredi, malgré le krach boursier dont ils auraient dû en théorie profiter, les emprunts du Trésor ont vivement reculé. Leurs rendements - qui évoluent à l’inverse des prix - se sont nettement tendus, celui du Bund allemand à dix ans remontant à 4,01 % contre 3,86 % jeudi, et celui de l’OAT française à 4,30 % contre 4,15 % la veille.

"C’est un mouvement très anormal, explique Guillaume Sciard, gérant obligataire chez Barclays, interrogé par l’AFP. Selon lui, "la seule explication est que les investisseurs se réfugient sur la dette d’Etat à court terme, jugée sûre, alors que l’implosion probable des déficits budgétaires rend la dette à long terme beaucoup plus problématique".

La défiance à l’égard des titres à long terme a été accentuée, en fin de semaine, par l’éventualité d’une garantie par les Etats des transactions interbancaires à trois mois. Une telle mesure, destinée à débloquer le marché monétaire, pourrait coûter des sommes colossales. Le taux interbancaire à trois mois offert à Londres et exprimé en dollars (Libor) est encore monté vendredi à 4,8187 %, contre 4,7500 % jeudi.

Même la baisse coordonnée et exceptionnelle, mercredi, d’un demi-point des taux directeurs de sept grandes banques centrales n’a pas eu le moindre effet positif sur la liquidité.

Cette mesure avait surtout une portée psychologique en cherchant à démontrer aux acteurs financiers qu’il y avait bien un pilote dans l’avion. A leur prouver que contrairement aux gouvernements qui agissent chacun de leur côté, les banques centrales, elles, pensent la même chose et agissent ensemble. Mais à action historique, flop historique. "A l’ensemble des acteurs de marché, nous disons : reprenez vos esprits", a imploré le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, "il y a des éléments de confiance qui sont là". Reste à savoir où.

Pierre-Antoine Delhommais


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