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Ma GARDAVU

Par Regis Duffour
samedi 11 octobre 2008 par anik

Préambule

Nous nous revendiquons d’un somme humaine qui est délibérément tenue au silence et auquel ce silence convient assez du moment qu’il n’est pas comme le brouhaha du spectacle, largement corrompu.

Car pour le reste nous tâchons de vivre.

Ni Gilles Delcuse, ni Régis Duffour, ni les autres de nos compagnons n’excellions assez dans les écoles d’élevage de la République, pour nous trouver naturellement portés à devenir de brillants sujets du Prince.

C’est la très nette propension qui se profile d’une observation sommaire de ces milieux médiatisés d’où se dégagent des odeurs méphitiques dont a rendu compte, avant sa disparition, en Italie, en des termes plutôt alarmistes, Luigi Veronelli dans sa «  Lettre aux jeunes apprentis » qu’il s’attachait ainsi à prévenir d’une récupération systématique par le pouvoir, de toutes les élites, quelles qu’elles soient.

Nous n’excellions pas parce qu’aucun de nous ne l’a jamais cherché.

Il y avait, nous devons le dire, chez chacun de nous, très tôt, cette connaissance intime d’une gigantesque mascarade organisée et déployée, dès notre plus jeune âge et jusqu’à l’âge de la plume et de l’engagement ; mascarade à laquelle nous n’entendions pas nous plier aussi facilement que le firent la majorité de nos contemporains. Nous perdîmes beaucoup d’amis, nous eûmes plutôt peu de maîtresses et si l’amour nous était en général refusé alors que chacun de nous semblait au moins aussi vertueux et en tous les cas moins soumis que la plupart, c’est que l’amour aussi était largement corrompu.

Nous lûmes et nous bûmes beaucoup alors.

Nous n’abdiquions ni l’amitié, ni l’amour auxquels nous consacrâmes plus d’efforts que nos contemporains n’en consentent jamais à contenter leurs femmes, leurs hommes et leurs amis.

Il est temps aujourd‘hui que nous en sommes rendus à la moitié du chemin de la vie tandis que le pouvoir s’entend désormais bien davantage à priver la plupart des Hommes de la vraie vie, de nous faire entendre.

L’axe HODtov’ se décline ainsi : Huxley, Orwell, Debord et «  tov » de l’Hébreu «  bon ». Nous nous situons au point de confluence de trois lectures majeures. HODtov’ est né de la convergence de ces trois lectures auxquelles il convient d’associer tout ce qui peut se dire, se penser, s’écrire autour de ce pivot fondamental pour la compréhension de ce qui nous environne. La survenue du Grand soir ne dépend pas de nous. Il se fera ou ne se fera pas.

Que restera-t-il quand le Capitalisme aura atteint sa phase ultime, la marchandisation de l’environnement et la terreur ?

Nous nous bornons à constater que les soirs ne sont pas grands. Et qu’aucun régime même parmi les plus totalitaires n’est jamais parvenu à instaurer un couvre-feu aussi efficace que celui de nos sociétés modernes.

Le chacun chez soi du virtuel et de la télévision surpasse tous les autres.

Il se fonde sur un consentement servile et mou qui ne profite qu’au pouvoir et à ceux qui en tirent les dividendes. Ces soirs là rien ne se fomente pour donner à la Vie ses pleins droit. L’emploi du mot Hébreu « tov » rappelle à qui veut encore l’entendre que la croyance dans le progrès a déjà mené nos sociétés au fond du gouffre de la Shoah et qu’en persistant dans le voie de cette croyance elles auront aussi raison de la planète et de ses hommes.

Ma Gardavu

La morale commence là où s’arrête la police. (Alain)

La police commence là où commence la morale.
(Gilles Delcuse)

A Armand Robin « monsieur le policier il y a des métiers qu’il ne faut pas faire » (le jour de sa mort...)

A toi qui comprenait très tôt et ton «  tort » et ta grandeur dans cette société où il est recommandé d’ignorer et se soumettre ou d’exceller et collaborer, fut bien de le savoir et de n’en rien faire qui te distingue pour être acheté(e).

Ce titre en hommage au livre de Georges Perros "Gardavu" (Editions le Temps qu’il fait, 1998)

Mercredi 6 août, je me suis interposé lorsque des flics ont violemment appréhendé un jeune...arabe évidemment. Un mineur. Parce qu’il est notoire dans cette ville que les arabes sont tout particulièrement les cibles de la BAC. « Les cow boys de la nuit » ainsi que les surnomment des magistrats, pourtant peu suspect de franche opposition à la Police.

Il s’est engagé en mobylette dans une rue à sens unique. J’ai cru que ses poursuivants, les argousins, ne prendraient pas le risque, avec leur grosse voiture de mettre en danger la vie de piétons, d’automobilistes, ou de cyclistes qui se seraient engagés dans cette rue fréquentée et qu’à cette vitesse ils ne pouvaient pas voir. Ils l’ont fait.

Par chance il n’y avait personne.

Mais leur comportement était ainsi violent et disproportionné par rapport au délit commis par cet adolescent, un simple vol de mobylette. D’où il ressort que ces policiers n’ont pas le moindre souci de la vie humaine et leurs motivations sont bien ailleurs. Les lois sécuritaires se sont durcies pour tous les crimes et les délits, exceptés les délits financiers. Quelles conséquences de l’impunité de la criminalité à col blanc et de la corruption en général dans l’appauvrissement d’une partie de la population et la contraindre ainsi à la petite rapine. Laquelle durement réprimée, comme on le voit, la Police ne protège pas, en la circonstance, en dépit de leurs intentions, ni les biens, ni les personnes, mais la marchandise produite par les maffias affairistes.

Ils l’ont interpellé violemment bien entendu.

« J’ai peur » criait le gosse terrorisé.

Après avoir été copieusement traité de "gauchiste" ils m’ont embarqué. De manière musclée.
Une riveraine très courageuse, comme il se doit, m’a traité par trois fois de « connard » lorsque j’étais menotté entouré de dix argousins qui m’insultaient...

De petites tortures alors. Les menottes serrées très fort jusqu’à contusionner mes deux poignées pendant deux semaines. Des insultes répétées, à plusieurs, pendant près de deux heures.

Quand ils ont trouvé des livres dans mon sac j’étais « un intellectuel », avec une forte charge de moquerie et de haine. Une femme policier, d’origine maghrébine, se montrait notamment la plus hargneuse pour le possesseur de livres, ce qui corrobore le sentiment que la parité et l’intégration se font parfois, souvent, sur une communion d’opinions et de préjugés stupides, sur une commune discipline à la haine que l’uniforme, les armes, le nombre et le mandat étatique renforcent.

L’un d’eux sans doute motivé à l’idée de prendre intellectuellement le dessus sur un homme de son avis cultivé, et plus sûrement menotté, entouré de gens hostiles, surarmés, injurieux, ce policier fort courageux me provoquait. Il n’en est pas sorti vainqueur malgré des circonstances qui lui étaient nettement favorables et parce qu’il est simplement en tort.

« Nous nous lançons dans un exercice rhétorique » dit-il. Je reprends son mot. « C’est moi qui l’ai trouvé » dit-il d’un ton qu’il voulait malin. Trouver un mot dont l’emploi est rare devait relever à ses yeux du K.O. Je lui ai répondu que s’il comptait sur des joutes de vocabulaire il n’avait pas gagné et j’ai rajouté que tout compte fait c’est assez peu important de manquer de vocabulaire.

Ces yeux ont dessillé.

Lorsque je lui ai dit que j’étais choqué par la violence de leur intervention, il eut cette réponse brillante "et quand tu regardes la télé t’es pas choqué ?!".
Il fallait sans doute entendre que les séries policières leur tiennent lieu de modèle...
"Je ne la regarde jamais" ai-je dit. Plus révélateur encore (sérieux) "Quoi ! tu regardes pas la télé ! Mais qu’est ce que tu fais de ta vie alors ?"...

« Mettons que tu assistes au viol d’une personne qui t’est chère que fais-tu ? » me demande-t-il. « Vous tombez assez mal lui dis-je. Une de mes bonnes amies, âgée de quinze ans et dont j’ai la certitude qu’elle a été violée, est venue hier vous voir. Vous n’avez pas souhaité recueillir sa plainte, ni même l’entendre. ». Il s’énerve « Qui es-tu toi pour juger de tout ? ». «  Un homme » dis-je.

« Tu as des enfants ? » dit-il. « Je suis cohérent. Je réprouve ce monde, je n’ai donc pas d’enfants » lui dis-je et je rajoute « vous l’aimez vous en avez donc ». Il est touché. Je savais pouvoir le toucher, il y a dans la Police beaucoup de situations de ménage difficiles.... « Vous le trouvez juste donc vous appliquez les règles ». « Non dit-il j’applique les règles simplement ! » (très énervé).

« Parce que vous les trouvez juste vous les appliquez » dis-je.
Le ton monte « J’applique le droit c’est tout ! »...

Je renonce à retranscrire la suite du dialogue, on touche là à des profondeurs abyssales qui donnent le vertige.

Il est simplement allé chercher le soutien moral de ses collègues. Après avoir traité l’ensemble des habitants de cette ville de «  toquards », ils ont confirmé : je ne suis pas intelligent.
Il est parti, soulagé...

***

De ma gardavu à leur garde à vous, des polices sécuritaires aux polices du sensible, chronique d’une société plus perceptiblement néo-fasciste

Le problème ce n’est plus même seulement l’évidence de la répression des polices sécuritaires mais la généralisation des polices du sensible à des êtres qui, a priori, se situaient dans les résistances.

Le problème c’est lorsque conjointement viennent à grever la vie, les polices sécuritaires et les polices du sensible, il n’est plus de passants dans les rues dont on se demande, quelle que soit leur apparence, s’ils ne sont pas, au fond, d’autres néo-fascistes, plus anonymes mais pas moins dangereux que nos ennemis les plus en vue.

C’en est fini du regard insouciant qu’on porte dans les rues.

Il arrive qu’on rencontre des professeurs qui ne vivent pas ainsi qu’ils enseignent et leur enseignement est donc parcouru d’hypocrisies. Ces professionnels sont en général des manipulateurs de la parole. Celle-là du moins se reconnaîtra si elle me lit.

Pour peu que les « petits hommes » de Wilhelm Reich se révèlent jeunes déjà, l’espoir s’amenuise. On eut peu de peines à les embrigader, pour la plupart, dans les jeunesses hitlériennes.

On retrouve les mêmes aujourd’hui, conformistes et méchants qui s’ignorent.

Il arrive du moment où l’on dit à une femme, d’un homme, qu’il est, d’entre tous, celui que l’on préfère, qu’aussitôt on pressente l’issue. Le pire est encore, après le conformisme, l’extrême prévisibilité du genre : banalement, je commence à bien connaître certaines femmes...

Alors qu’on ait la ferme intention de rompre sans heurts, sur son visage la haine. Gilles Delcuse écrivait « Le monde tient son salut au respect voué à la morale. Le monde ne tient à rien d’autre. Je le dis comme cela, alors que tout semble indiquer le contraire. Mais, il suffit de ramener la hauteur de vue à notre petite échelle, pour se rendre compte que, finalement, il n’y a pas grand chose qui ait sens. Nous baignons tous dans un lac gluant de moraline (...) Les femmes, parce qu’elles haïssent les hommes ; les hommes, parce qu’ils méprisent les femmes. »

Le matin même, elle paraissait sur une photographie dans le journal local comme un des éléments prépondérant d’un parti qui entend ne pas l’être moins... C’était plus qu’un signe pour moi : la confirmation de la validité de deux lectures.

Gilles Deleuze d’abord :

« Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. on nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore (...). Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la "gestion" d’une paix non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de micro-fascistes, charges d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma. »

Dans mon cas je n’ai pas même songé à une parole forte mais à une parole vraie. C’est de celle-là dont elle a eu peur. Le faux a tant remplacé le vrai qu’il est plus rassurant. Le vrai cet inconnu fait peur. Parce qu’elle a fait vœu sa vie durant de professer, c’est-à-dire, dans son cas, de parler comme elle ne vit pas.

A Guy Debord je dois cette phrase essentielle :

«  Le manque de logique, c’est-à-dire la perte de la possibilité de reconnaître instantanément ce qui est important et ce qui est mineur ou hors de la question ; ce qui est incompatible ou inversement pourrait bien être complémentaire ; tout ce qu’implique telle conséquence et ce que, du même coup, elle interdit ; cette maladie a été volontairement injectée à haute dose dans la population par les anesthésies-réanimations du spectacle (...) ».

Or qu’ils se réveillent de l’indifférence c’est pour la haine.

C’est cette haine qui a conduit mes détracteurs à des opérations d’une logique propre où le détail qui justifie de la haine prend plus d’importance que le tout qui l’infirme, parce qu’il faut trouver à cette haine une justification ailleurs que dans le spectacle.

C’est donc moi qui en ai fait les frais, comme chacun de vous, et c’est le spectacle qui en sort étrangement lavé, alors qu’il nourrit un sentiment injuste, qu’il transforme les protagonistes de ce sentiment en policiers du sensible : L’une munie de diplômes d’experte en nullité qui suffisent, comme la plaque à l’entrée des cabinets, à ne plus justifier de rien ; pour les autres le privilège du jeune âge leur donne là les instruments d’une séparation qui les arrange du moment qu’ils sont encore jeunes.

Avec S., une femme rare, il importe de dépasser son « désaveu ». Sûrement à mon âge rien encore, sinon les secrets du ciel, ne me prédisposaient à te connaître et quoique dans l’infamie des temps tout fut déjà disposé pour qu’il en soit ainsi.

Aperto libro, cet ami ouvrier m’avertissait, il n’y a pas si longtemps, que cette société prépare sa jeunesse à la guerre...

***

On entrevoit très tôt les dispositions humaines à la lâcheté et si on évoque peu ce sentiment c’est qu’il est, finalement, la raison d’être de ce monde, le pivot sur lequel tout repose.

On est soi-même sujet à cette disposition et jamais personne ne s’aventure trop à l’évoquer ou comme le faitAndy Vérol, en parlant très pudiquement d’ « avoir des couilles ». Les Hommes sont lâches. La haine qu’ils vouent à leurs semblables, ce pays raciste qu’est la France, c’est une lâcheté qui les détourne de leurs ennemis véritables. Il peut s’agir d’eux-mêmes.

Ces années 80/90 auront consacré la lâcheté et la fin (provisoire ?) des illusions sur le prolétariat.

Ce sont des prolétaires, les premiers, au début des années 90 qui m’ont porté une attaque transversale alors qu’ils auraient pu aussi bien s’en prendre à de plus nantis parmi mes camarades étudiants. Si ces gens s’en sont pris à moi plutôt qu’aux autres c’est simplement qu’ils les craignaient davantage.

Toute cette décennie j’ai assisté à des périodes de grandes sournoiseries, à des coups portés toujours transversalement et d’autres désastres, autour de moi, plus récent, qui sont la conséquence de l’excitation de la lâcheté et de la prédation.

Les Hommes sont capables de tout quand ils sont assurés d’un rapport de force et de l’innocuité de leur proie. Par convoitise, pour le pouvoir.

J’ai commencé à en ressentir les plus méchants effets vers 96/97. Ces années annonçaient des précipitations vers 2003, qui n’ont cessé de se confirmer avec plus de violences.

Plus franchement la force importait seule, sournoisement manifestée la plupart du temps. Beaucoup d’abjections et peu de courage.

L’Homme de cette époque est la pire bête déguisée en Homme et plus il plaît pire il est.

L’art du maquillage relève des impostures annoncées par l’I.S et de la cosmétique produite par l’industrie maffieuse.

- régis duffour

A Albert Caraco

A mes jeunes copains et copines

Publié le 6 octobre 2008 par Regis Duffour

Source : e-torpedo


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