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Courte évocation de Debord

lundi 6 octobre 2008 par Gilles Delcuse

Évoquer Debord, c’est parler de la pensée de Marx. D’abord. Parce que Debord est un théoricien révolutionnaire marxiste. Essentiellement. Un marxiste qui ne s’est pas perdu dans les impasses du léninisme. Evoquer le marxisme, c’est parler en terme critique, au sens de Hegel.

Evoquer Debord ne se confond pas avec la groupie Cécile Guilbert éblouie devant un penseur qui la dépasse, ni de critiquer ce penseur pour le moindre pet qu’il a émis, comme le font bien des gens qui n’en ont lu que quelques passages. Passer du rejet absolu à l’admiration sans faille de la pensée de Debord, ne fait que trahir une sorte d’immaturité de l’esprit, que Debord dénonçait.

Debord fut un témoin essentiel de son temps.

Il nous a laissé une oeuvre magistrale qui attend sa critique. Voilà une pensée mal critiquée, souvent calomniée. Parce que tel fut ce penseur qu’il suscita les plus vives controverses de son vivant même. Il s’en est beaucoup amusé, comme en témoigne son livre « Cette mauvaise réputation ».

Il est fort probable, mais je n’en ai pas la preuve, qu’il participa à la libération de prisonniers à Ségovie. C’est la publication d’un livre éponyme, par son ami éditeur Lebovici, qui me fait penser ça.

Le problème que l’on rencontre lorsqu’on évoque Debord, c’est que ceux qui ne veulent pas en entendre parler ne l’ont pas lu. Ils en ont entendu parler, et cela seul semble leur suffire. En cela, d’ailleurs, ils prouvent s’il en était besoin, combien son concept de spectacle est vérifié.

Debord dit qu’il a écrit pour peu de gens. Il a raison. Son public est un public d’illettré. Que croyez vous rencontrer dans le prolétariat, sinon une majorité de gens qui ne lisent pas ? Mais, ne pas lire ne veut pas dire être un idiot qui ne comprend rien. Au contraire. Nous savons bien, aujourd’hui que ceux qui savent lire, pour beaucoup, ne sont que des sagouins à la Finkielkraut ou à la Sollers, sans compter les grands patrons capitalistes. Savoir lire et écrire est bien souvent la marque de la soumission et non celle d’une émancipation.

Debord définit ce qu’est notre monde : spectaculaire. Et il le fait en détournant les idées de ses (de nos) ennemis. Car, là réside tout son talent, de savoir détourner ce qu’il y a de meilleurs chez les penseurs, à commencer par Marx avec la première phrase du « Capital », dans son livre « La société du spectacle ». Il aura su jouer du détournement jusqu’à réussir à s’enrichir sans devoir se retrouver salarié, en ayant séduit le gros capitaliste Lebovici (est-ce le frère de Serge le psychanalyste ? Je veux bien qu’on éclaire ma lanterne). Les deux hommes seront devenu des amis inséparables.

La dernière controverse de Debord porte sur l’édition de ses textes et l’argent qu’il aura su en tirer.

Dans notre monde de l’argent, ne pas en avoir signifie simplement être esclave de ce monde. Trouver l’argent à la manière de Mesrine ou à la manière de Debord...

Il est reproché à Debord d’avoir republié chez Gallimard, alors qu’il avait conchié cet éditeur, comme si, entre temps, il y a eu une révolution. Il lui est reproché la diffusion de son film sur Canal, comme si, entre temps il y eu une révolution. Nous n’en sommes pas encore là. Alors ? Que faire de ce qu’on cherche à faire connaître, lorsque le temps se réduit du fait d’une maladie mortelle incurable ? Aller à l’essentiel ! Debord avait rien à foutre de la gloire, mais pas de l’argent, parce que l’argent est ce qui fait qu’on arrive à vivre dans ce monde, et que son manque tue ; l’argent, qu’il a eu soin de monnayer son passage à Canal, comme avec Gallimerde, pour ses descendants ou ses ayant-droit. Pourquoi, au nom d’un purisme révolutionnaire plus proche des puritains protestants que de l’esprit révolutionnaire, aurais-t-il dû laisser dans le besoin ceux qui lui furent cher ? Canal, parce que Brigitte Cornand, la seule qui pouvait le comprendre dans le milieu de la télé :
http://www.humanite.fr/

Il s’est suicidé avant que son film ne passe à Canal. Son but était que des gens comme moi ait accès à ses films. Je l’ai vu dans des conditions difficiles, parce que je n’ai pas la téloche. J’ai donc, à l’époque, loué une chambre dans un hôtel d’autoroute. J’ai pu voir ce film sur Canal, puis je suis parti, devant le regard médusé du caissier qui ne comprenait pas pourquoi j’avais payé une chambre sans y passer au moins la nuit.

Debord fut un maitre du détournement. Il a contribué à réactualiser le discours critique. Cela déjà est essentiel.

Il s’est suicidé du fait de douleurs atroces, et qu’à l’âge où il était parvenu, il est ridicule d’essayer d’ajouter des ans à une vie finalement pas si mal rempli que ça, et qui aurait fini dans la soumission à l’autorité médicale mensongère.


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