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Le fascisme américain

vendredi 26 septembre 2008 par Pierre

Un « fascisme » américain ? L’expression peut surprendre, tant le terme de « fascisme » est le plus souvent associé à l’Italie mussolinienne.

Certes, aux États-Unis le fascisme n’est jamais parvenu au pouvoir, il n’a pas disposé de porte-parole désigné ni de groupe important réellement constitué en son nom. Pour autant, que ce soit dans la culture politique ou dans l’histoire nationale, les États-Unis de l’entre-deux-guerres portaient en germe tous les éléments constitutifs d’une imprégnation fasciste particulière qui est loin d’être un simple phénomène d’importation.

Damien Amblard concentre son étude du fascisme américain sur le personnage emblématique que fut Henry Ford. Ruraliste, po­puliste, antimarxiste, antisémite et nationaliste, Ford mit en place avec sa Ford Motor Company une idéologie industrielle basée sur les principes d’ordre et d’autorité.

Avec son Juif international, ouvrage traduit en allemand et large­ment diffusé par les nazis, il donna même à penser que si l’idée d’un « complot juif » n’avait pas finalement été désavouée par l’opinion internationale, il n’aurait pas hésité à exploiter ce motif dans le contexte de la crise économique.

Nombreux furent les mouvements américains qui prirent la suite de Ford pour raviver un antisémitisme national latent qui, contrairement à l’antisémitisme européen, ne se fondera jamais sur une idéologie mais préférera toujours s’appuyer sur les préjugés populaires - au premier rang desquels la hantise d’un « complot judéo-bolchévique ».

Damien Amblard octobre 2007 ISBN 2917191031

Extrait :

Le Fordisme : une révolution sociale pavant la voie au fascisme

Le 7 avril 1947 à 11 heures 40, l’Amérique était en deuil. Elle venait de perdre l’homme qui avait été l’une des figures de proue de la nation, un de ses héros, une icône populaire, un mythe de son vivant. Avant de s’éteindre à quatre-vingt-trois ans dans son domaine de Fairlane, Henry Ford avait marqué son époque comme aucun autre industriel avant lui. « C’est un grand homme que nous perdons. Peut-être l’un des plus grands. » C’est en ces termes qu’un journaliste concluait une nécrologie brève mais dense, qui se présentait comme une hagiographie relatant avec pathos l’oeuvre du « grand Henry ». Cette vision élégiaque d’Henry Ford n’était pas isolée et encore moins exagérée, elle correspondait, de fait, à l’émotion qu’éprouvait l’Américain moyen en apprenant la mort de l’industriel.

Ce garçon de ferme né deux ans avant la fin de la guerre de Sécession dans un petit bourg du Michigan, Greenfiel Township, aujourd’hui Dearborn, édifia en quelques décennies bien plus qu’un gigantesque réseau industriel. Il révolutionna les techniques de pro­duction, inventa et perfectionna un nouveau type de gestion d’en­treprise et procéda à de multiples manipulations mécaniques qui le menèrent à la création de « l’attelage sans chevaux » qui fit sa gloire : le Modèle T. C’est sous son influence que l’automobile, alors un objet de luxe réservé à une élite nantie, devint accessible à un plus grand nombre. Ses capacités de gestion, de créativité et de direction firent de lui, dix ans après la fondation de la Ford Motor Company, l’un des hommes les plus riches, les plus puissants, les plus célèbres et les plus emblématiques des Etats-Unis. Entre le président des Etats-Unis et Henry Ford, bien des Américains choisissaient ce dernier comme l’homme le plus représentatif de leur nation et celui auquel ils s’identifiaient le plus volontiers, car il incarnait le « rêve américain ». Plus qu’une célébrité, Ford était devenu un symbole, un mythe, une image vivante de cette Amérique victorieuse, pays des opportunités, à la pointe du progrès technique et de la modernité, cette Amérique en compétition active avec les premières puissances industrielles européennes.

L’invention et la généralisation de la chaîne d’assemblage furent à l’origine du succès de Ford, dont le nom devint vite synonyme de méthodes de production les plus avancées et les plus efficaces au monde. Il avait soutenu avec ferveur l’évolution de l’économie vers un système de production et de consommation de masse fondé sur des prix bas, des salaires élevés et d’importants volumes de production.

Mais le « fordisme » - ainsi nommé - ne se résume certes pas à des techniques de production et de gestion, aussi nouvelles et révo­lutionnaires qu’elles pussent être, et Ford en avait très clairement conscience. Comme le notait Antonio Gramsci, dès la mise en place de ce système qu’il assimilait au taylorisme et qu’il couplait à la notion d’américanisme, le fordisme entreprit une restructuration globale et complète de la société, encadrant les ouvriers et leurs familles dans tous les domaines de leur vie et influant grandement sur les modes de pensée et les comportements de ces hommes et femmes dont l’existence se résumait à leur tâche journalière.


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