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L’Armée de l’empereur

lundi 22 septembre 2008 par Pierre

Massacres en masse de prisonniers de guerre, notamment à Nankin ; asservissement de millions d’Asiatiques et d’Occidentaux, entre camps de la faim et chantiers de la mort ; atmosphère de terreur à l’échelle d’un quasi-continent ; débauche de crimes sexuels et prostitution forcée ; utilisation de cobayes humains ; pillage généralisé ; intoxication par la drogue de populations entières. Cela dura huit ans et toucha 400 millions d’hommes. Ce terrifiant volet de la Seconde Guerre mondiale en Asie n’avait jamais fait l’objet jusqu’à présent d’une étude approfondie et globale. Les pratiques de guerre de l’armée de l’Empereur du Japon sont minutieusement décrites afin d’en comprendre les mécanismes. Comment en arriva-t-on là ? Les explications, trop simples, par la culture ou le contexte, ne tiennent pas. C’est la conquête d’une armée par l’ultranationalisme, puis la conquête d’un pays par son armée qui sont en cause. Au-delà, c’est l’ère du fascisme, des totalitarismes, du triomphe de la brutalité qui trouva au Japon un formidable point d’appui. Ces horreurs des années 1940 restent encore au coeur des mémoires des années 2000. Le Japon s’est-il assez repenti ? La Chine est-elle fondée à s’offusquer des manuels scolaires de son voisin ? Et qu’en pensent les autres Asiatiques, dont l’attitude à l’égard de l’occupant nippon fut loin d’être unanime ?

Jean-Louis Margolin octobre 2006 ISBN 9782200266974

Critique :

A peine digéré, le traumatisme de la Shoah et du fléau nucléaire a sûrement masqué d’autres atrocités commises pendant la Seconde Guerre mondiale. Unanime en Europe, le devoir de mémoire reste un sujet épineux au Japon, surtout lorsqu’il s’agit d’éviter d’aborder certaines questions dans les manuels scolaires (en particulier le massacre de Nankin), ou lorsque l’ex-Premier ministre Koizumi choisit malgré les protestations en Chine et en Corée, de se recueillir chaque année au sanctuaire de Yasukuni.

Avec ‘L’Armée de l’Empereur’, première étude globale en français des crimes de guerre perpétrés par les corps de combattants nippons en Asie du Sud-Est, Jean-Louis Margolin revisite les heures sombres de la guerre du Pacifique.
Colonisation humiliante, univers concentrationnaire, torture et esclavagisme, prostitution forcée, expériences sur des cobayes humains, anthropophagie... En moins de 500 pages, Margolin dresse un rapport accablant qu’aucun “particularisme” ni aucun esprit national ne saurait justifier.

A partir des transcriptions du procès de Tokyo et de nombreux témoignages, l’historien décrit avec une précision quasi-chirurgicale comment la soldatesque nipponne s’adonna à une violence gratuite généralisée, tenant plus de la folie meurtrière collective que du génocide prémédité. Partant d’intentions tout à fait légitimes de taire tout postulat révisionniste, cette étude prend toutefois des allures équivoques à trop vouloir se focaliser sur le meilleur du pire. Sur le chemin de la vérité, le vertige des chiffres ne peut animer aucune méthode d’”horreur comparative” tant qu’il s’agit d’êtres humains. Excepté dans les dernières lignes du livre, Margolin détermine en partie son examen : à travers les exactions de leurs militaires, les Japonais dans leur ensemble passent pour des démons brutaux et sanguinaires. On aurait souhaité que l’ombre d’une nuance apporte un regard moins statistique et plus analytique sur toute cette noirceur.


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