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Bastions pirates : une histoire libertaire de la piraterie

par Do or Die
vendredi 19 septembre 2008 par anik

Durant « l’Âge d’Or » de la piraterie (XVIIe-XVIIIe siècles), des équipages composés des premiers rebelles prolétariens pillèrent les voies maritimes entre l’Europe et l’Amérique. Depuis des ports libres, ils lançaient des raids si fructueux qu’ils déclenchèrent une crise impériale, en s’attaquant aux échanges britanniques avec les colonies, et en écrasant le système d’exploitation globale, d’esclavage et de colonialisme qui se développait.

Ce texte nous montre en quoi l’utopie pirate est une formidable épopée libertaire.

«  Si, alors qu’ils tentent un abordage, les pirates sont vaincus, les vainqueurs ont le droit de les pendre à la grande vergue sans procès en bonne et due forme. Dans le cas où l’on préfère les déférer au juge du port le plus proche, si ce magistrat décline l’honneur de les juger ou encore retarde leur procès au point de mettre les vainqueurs en danger, ceux-ci sont autorisés à se faire justice eux-mêmes. »
Extrait des Lois et des Règlements actuellement en vigueur contre les pirates, 1720.

Durant "l’Age d’Or" de la piraterie, entre le 17ème et le 18ème siècle, des équipages composés des premiers rebelles prolétariens, des exclus de la civilisation, pillèrent les voies maritimes entre l’Europe et l’Amérique. Ils opéraient depuis des enclaves terrestres, des ports libres, des "utopies pirates" situées sur des îles ou le long des côtes, hors de portée de toute civilisation. Depuis ces mini-anarchies - des "Zones d’Autonomie Temporaire" - ils lançaient des raids si fructueux qu’ils déclenchèrent une crise impériale, en s’attaquant aux échanges Britanniques avec les colonies, et en écrasant le système d’exploitation globale, d’esclavage et de colonialisme qui se développait [1].

Nous pouvons aisément imaginer la vie attractive qu’était celle d’un écumeur des mers, n’ayant de compte à rendre à personne. La société Euro-Américaine des 17ème et 18ème siècles était celle du capitalisme en plein essor, de la guerre, de l’esclavage, de l’enclosure des terres et des déblaiements ; la famine et la misère côtoyaient une richesse inimaginable. L’Eglise dominait tous les aspects de l’existence et les femmes avaient peu de choix hormis l’esclavage marital. Vous pouviez être enrolés de force dans la marine et y endurer des conditions bien pires que celles à bord d’un bateau pirate : "Les conditions pour les marins ordinaires étaient à la foi dures et dangereuses - et la paye était faible. Les punitions distribuées par les officiers incluaient les fers, la flagellation, le passage sous la quille - la victime étant tirée au moyen d’une corde d’un côté à l’autre du bateau. Le passage sous la coque était un châtiment qui s’avérait souvent fatal [2]." Comme l’a très bien fait remarqué le Dr Johnson : "Aucun homme ne sera marin s’il a la possibilité d’aller en prison de lui-même ; car être marin c’est être en prison avec la chance d’être noyé... Un homme en prison a plus d’espace, une meilleure nourriture, et communément, une meilleure compagnie [3]."

En opposition à cela, les pirates créèrent un monde qui leur était propre, où ils avaient "le choix en eux-mêmes" - un monde de solidarité et de fraternité, où ils partageaient les risques et les gains de la vie en mer, prenaient collectivement les décisions et vivaient pour eux-mêmes dans le présent, refusant de servir d’outils aux commerçants pour que ceux-ci puissent accumuler des richesses. D’ailleurs, Lord Vaughan, Gouverneur de la Jamaïque écrivait : "Ces Indes sont si Vastes et Riches, et ce genre de rapine si doux, que c’est l’une des choses les plus dures au Monde que d’en sortir ceux qui en ont fait usage pendant si longtemps [4]."

L’émergence de la piraterie

L’ère de la piraterie Euro-Américaine débute avec la découverte du Nouveau Monde et de l’énorme empire conquis par les Espagnols dans les Amériques. De nouvelles technologies permirent aux voyages en mer d’avoir plus de régularité et de précision, et les nouveaux empires émergeants n’étaient pas tant basés sur le contrôle des terres que sur celui des mers. Les Espagnols constituaient la superpuissance maritime du 16ème siècle, mais ils ne restèrent pas très longtemps sans concurrence : les Français, les Hollandais, et les Anglais se battaient tous pour devancer les Espagnols dans la course à l’empire. Dans cette quête, ils n’hésitèrent pas à recourir à la piraterie pour attaquer les Espagnols tant haïs et ainsi remplir leurs coffres avec les richesses que les Espagnols avaient dérobés aux Amérindiens. En temps de guerre, ces raids étaient légitimés comme actes corsaires, mais le reste du temps il s’agissait simplement de piraterie d’Etat (ou du moins d’une piraterie tolérée, voire même encouragée). Au cours du 17ème siècle, les empires embryonnaires finirent par devancer les Espagnols et à s’établir. Grâce aux nouvelles technologies, la navigation n’était plus uniquement utilisée pour les produits de luxe, mais devint la base d’un réseau commercial international essentiel dans l’origine et le développement du capitalisme. L’expansion massive du commerce maritime durant cette période créa également et de façon évidente, une population de marins - une nouvelle classe de salariés qui n’existait pas auparavant. Pour beaucoup d’entre eux, la piraterie paraissait être une bonne alternative aux dures réalités des navires de commerce ou de guerre.

Mais en même temps que les nouveaux empires s’affirmaient - et plus particulièrement l’empire Britannique - les attitudes envers la piraterie changèrent : "Le boucanier festoyeur ne convient pas aux marchands à la tête froide ni aux bureaucrates impériaux, dont le vieux monde de bilans et de rapports entre en conflit violent avec celui des pirates." La classe dirigeante reconnaissait que ce commerce stable, ordonné et régulier servait les intérêts d’un pouvoir impérial mature bien mieux que la piraterie. Ainsi la piraterie fut forcée d’évoluer entre la fin du 17ème et le début du 18ème siècles. Les pirates n’étaient plus des gentlemen-aventuriers subventionnés par l’Etat, comme Sir Francis Drake, mais des esclaves en fuite, des mutins, un mélange pluriethnique de prolétaires rebelles. Là où il y avait jadis un flou entre activité commerciale légitime et piraterie, les pirates réalisèrent alors qu’ils leur restaient très peu d’amis et qu’ils étaient de plus en plus considérés comme des "Brutes, et des Prédateurs". Comme la majeure partie de la société rejetait les pirates, ceux-ci devinrent aussi de plus en plus antagonistes face à leur rejet. A partir de là, les vrais pirates étaient ceux qui rejetaient explicitement l’Etat et ses lois et se déclaraient en guerre contre celui-ci.

Les pirates étaient chassés loin des centres de pouvoir comme les colonies américaines, à l’origine hors du contrôle de l’Etat et relativement autonomes, et ensuite contraintes de suivre le courant dominant du commerce impérial et du gouvernement. Il se développa alors une spirale mortelle de violence sans cesse croissante lors de laquelle les attaques de l’Etat entraînaient la vengeance des pirates, ce qui mena à un état de terreur plus grand encore [5].

"Un tas de fumier sur lequel l’Angleterre jette ses ordures"

Durant la seconde moitié du 17ème siècle, les Iles Caraïbes constituaient un melting-pot d’immigrants rebelles et paupérisés venant du monde entier. Il y avait des milliers de déportés irlandais, des mendiants de Liverpool, des prisonniers royalistes écossais, des pirates pris en hautes mers anglaises, des bandits de grands chemins pris aux frontières Ecossaises, des Huguenots et des Français en exil, des religieux dissidents, et des prisonniers capturés lors de divers soulèvements et complots contre le Roi.

Les mouvements révolutionnaires proto-anarchistes de la Guerre Civile de 1640 furent éradiqués et vaincus à l’aube de la grande époque de la piraterie vers la fin du 17ème siècle, mais il y a de fortes chances pour que des Diggers, des Ranters, des Muggletoniens, des Hommes de la Cinquième Monarchie, etc. aient fuit vers les Amériques et les Caraïbes pour inspirer ou rejoindre ces équipages insurgés qu’étaient les pirates. En fait, un groupe de pirates s’établit à Madagascar à un endroit qu’ils nommèrent "Ranter Bay" [6] . Après la défaite des Levellers en 1649, John Lilburne proposa de mener ses fidèles vers les Antilles, si le gouvernement acceptait de payer la note. Il semble également que les Ranters et les Diggers restèrent plus longtemps aux Amériques qu’en Grande-Bretagne - du moins jusqu’en 1690 où l’on nota la présence de Ranters à Long Island.

Il n’est pas étonnant que les territoires du Nouveau Monde étaient utilisés par les Britanniques comme colonies pénitentiaires pour ses pauvres mécontents et rebelles. En 1655, la Barbade était décrite comme "un tas de fumier sur lequel l’Angleterre jette ses ordures." Parmi ces indésirables on trouvait de nombreux radicaux - ceux qui avaient allumés la mèche de la révolution de 1640. "Perrot, le ranter barbu qui refusait de se décoiffer pour le Tout Puissant, fini à la Barbade", comme beaucoup d’autres, tel l’intellectuel Ranter, Joseph Salmon. Que les Caraïbes soient devenues un havre de radicaux n’est pas passé inaperçu : en 1665, Samuel Highland suggéra au Parlement de ne pas condamner l’hérétique Quaker James Nayler à la déportation de peur qu’il ne détourne les autres colons. Il est clair qu’à cette époque, les nouvelles colonies Britanniques en Orient étaient considérées comme un havre de relative liberté religieuse et politique ; ceci bien au-delà de la main mise de la loi et de l’autorité [7].

Avant que les marchands Européens ne découvrent le commerce d’esclaves Africains et les possibilités commerciales de navigation entre l’Afrique et les Caraïbes, des milliers d’Européens issus des classes prolétariennes et misérables furent envoyés vers les nouvelles colonies comme apprentis domestiques - en fait une autre forme de commerce d’esclaves. La seule différence entre le commerce d’apprentis domestiques et d’esclaves Africains, était qu’en théorie l’esclavage de ces immigrés n’était pas considéré comme éternel et héréditaire. Cependant, beaucoup d’entre eux furent escroqués, et leurs contrats prolongés indéfiniment de sorte qu’ils n’obtinrent jamais leur liberté. Les esclaves, qui étaient des investissements à vie, étaient souvent mieux traités que les apprentis domestiques [8].

Néanmoins, les maîtres avaient beaucoup de difficultés à tenir leurs domestiques qui tendaient à adopter le mode de vie indigène et à chercher la liberté dans les myriades d’îles des Antilles, ou vers des parcelles isolées de côtes ou de jungle. Là, ils formaient souvent de petites bandes ou tribus autogérées de marginaux et de fuyards, imitant en de nombreuses manières les indigènes qui les avaient précédés. Ces hommes - marins et soldats, esclaves et apprentis domestiques, formaient la base de la piraterie des Caraïbes qui émergea au 17ème siècle - conservant même en mer leur structure tribale égalitaire. Leur nombre grandissant et de plus en plus d’hommes se ralliant au drapeau rouge, leurs attaques contre les Espagnols devenaient plus audacieuses. Après leurs raids, ils reprenaient le chemin vers des villes comme Port Royal en Jamaïque, pour y dépenser leur argent dans les fêtes où ils "couraient la gueuse", jouaient et buvaient avant de retourner à leur vie de chasseurs-cueilleurs dans les îles [9].

Il y avait bien évidemment plus de 80 000 esclaves noirs qui travaillaient dans les plantations, en proie à de fréquentes et sanglantes révoltes, tout comme les quelques Indiens indigènes qui vivaient encore sur les îles. En 1649, une révolte d’esclaves à la Barbade coïncida avec le soulèvement de domestiques blancs. En 1665, suivant un modèle commun, les Irlandais se joignirent aux noirs dans la révolte. Il y eut des rebellions similaires aux Bermudes, à St Christophe et Montserrat, alors qu’en Jamaïque les rebelles Monmouthites déportés s’unirent aux Indiens "maroons" en révolte. Ce salmigondis de dépossédés fut décrit en 1665 comme "du gibier de potence ou des individus séditieux, pourris avant l’heure, et au mieux paresseux et seulement bons pour les mines." Ce à quoi une dame colon d’Antigua ajouta "ce sont tous des sodomites". Voilà dans quel bouillonnement de troubles sociaux multiraciaux et de tensions, nos Ranters, Diggers et Levellers déportés ou volontairement exilés seraient arrivés et à partir duquel la grande époque de la piraterie Euro-Américaine prit forme avec l’émergence des boucaniers dans les Caraïbes vers le milieu du 17ème siècle [10].

Arrgh, Jim Lad !

L’écrasante majorité des pirates était constituée de marchands qui choisissaient de rejoindre les pirates lorsque leurs bateaux étaient capturés, bien qu’un petit nombre d’entre eux étaient des mutins qui avaient collectivement pris le contrôle de leur bateau. "D’après le Jolly Roger de Patrick Pringle, le recrutement des pirates se faisaient surtout chez les chômeurs, les esclaves en fuite, et les criminels déportés. La haute mer contribuait à une stabilisation instantanée des inégalités sociales."

De nombreux pirates disposaient d’un sens affiné de la conscience de classe ; par exemple, un pirate du nom de Capitaine Bellamy tint ce discours au capitaine d’un navire marchand qu’il venait juste de capturer. Le capitaine du navire venait de décliner son invitation à rejoindre l’équipage pirate : "Palsembleu ! Je suis navré qu’ils ne vous laissent récupérer votre sloop, car je ne m’abaisserais pas à faire du tort à quiconque, lorsque cela n’est pas à mon avantage ; maudit soit le sloop, nous devons le couler, d’autant qu’il pourrait vous être utile. Vous aussi, soyez maudit, vous n’êtes qu’un sournois godelureau, de même que tous ceux qui s’abaissent à être gouvernés par les lois que les riches ont créées pour leur propre sécurité, car ces couards n’ont aucun courage sinon celui de défendre ce qu’ils ont obtenu par leur filouterie ; mais soyez maudit aussi : Que soit maudit cette bande de vauriens rusés, et vous aussi, qui les servez n’êtes qu’un ramassis de stupides poules mouillées. Ils nous calomnient, les fripouilles, alors qu’en fait ils ne diffèrent de nous que parce qu’ils volent le pauvre sous couvert de la loi, en vérité, et que nous pillons le riche sous la protection de notre seul courage ; ne feriez-vous pas mieux de devenir l’un des nôtres, plutôt que de lécher le cul de ces vilains pour avoir un travail ?"

Lorsque le capitaine répondit que sa conscience ne lui permettait pas de violer les lois de Dieu et des hommes, le pirate Bellamy poursuivit :
"Vous êtes la conscience du mal, vaurien, soyez maudits, moi je suis un prince libre, et j’ai autant d’autorité pour faire la guerre au monde entier que celui qui a une flotte de cent navires sur mer, et une armée de 100 000 hommes sur terre ; voici ce que me dit ma conscience mais que l’on ne peut discuter avec des morveux pleurnichards qui permettent à des supérieurs de leur botter le train à volonté d’un bout à l’autre du pont [11]."

La piraterie était une stratégie dans un des premiers cycles de la lutte des classes dans l’Atlantique. Les marins recouraient aussi à la mutinerie et à la désertion et à d’autres tactiques pour survivre et résister à leur sort. Les pirates étaient probablement la section la plus internationale et militante du proto-prolétariat constituée par les marins du 17ème et du 18ème siècle. Il y avait par exemple, de sérieux fauteurs de troubles comme Edward Buckmaster, un marin qui rejoignit l’équipage de Kidd en 1696, qui fut arrêté et emprisonné plusieurs fois pour agitation et sédition, ou Robert Culliford, qui mena plusieurs mutineries, capturant le navire sur lequel il servait, le transformant en bateau pirate [12].

En temps de guerre, avec les demandes de la marine, il y avait une grande pénurie de main-d’oeuvre qualifiée, et les marins pouvaient espérer des salaires relativement élevés. La fin des guerres, et plus particulièrement la Guerre de la Reine Anne, qui s’acheva en 1713, mis un grand nombre de marins au chômage et provoqua une forte baisse des salaires. 40 000 hommes se retrouvèrent sans travail à la fin de la guerre - écumant les rues des ports comme Bristol, Porsmouth et New York. En temps de guerre, les corsaires bénéficiaient de l’opportunité d’une liberté relative et d’une chance de s’enrichir. La fin de la guerre signifiait aussi la fin des courses et les ex-corsaires au chômage ne faisaient que s’ajouter à l’énorme surplus de travail. La Guerre de la Reine Anne dura 11 ans et en 1713 beaucoup n’avaient pratiquement rien connu d’autres que la guerre et le pillage des bateaux. On a pu fréquemment observer qu’à la fin des guerres, les corsaires devenaient pirates. La combinaison de milliers d’hommes entraînés et expérimentés dans la capture et le pillage des navires se retrouvant subitement sans travail et devant accomplir des tâches de plus en plus dures et de moins en moins payées fut explosive - pour beaucoup la piraterie a dû être une des seules alternatives à la famine [13].

Liberté, Egalité, Fraternité

Ayant échappé à la discipline tyrannique à bord des navires marchands, la chose la plus frappante dans les équipages pirates était leur nature anti-autoritaire. Chaque équipage fonctionnait sous les termes d’articles écrits, adoptés par l’intégralité de l’équipage et signé par chacun de ses membres. Les articles de l’équipage de Bartholomew Roberts commencent ainsi : "Tout homme a une voix dans les Affaires en Cours ; a un Titre égal aux Provisions fraîches, ou aux liqueurs fortes, saisies à tout moment, et peut les utiliser suivant son bon Plaisir, à moins qu’une Disette ne rende nécessaire pour le Bien de Tous, le vote d’un Retranchement [14]."

Les équipages de pirates Euro-Américains formaient réellement une communauté basée sur des coutumes partagées sur tous les navires. Les concepts de Liberté, d’Egalité, et de Fraternité se sont développés en mer près de cent ans avant la Révolution Française. Les autorités étaient souvent choquées par leurs tendances libertaires ; le Gouverneur Hollandais de l’Ille Maurice fit la rencontre d’un équipage qu’il décrivit ainsi :"Tous les hommes ont parlé autant que le capitaine et chacun d’entre eux porte sa propre arme sur lui." Ceci était extrêmement menaçant pour l’ordre de la société Européenne, où les armes à feu étaient réservées aux classes supérieures, et apportait un important contraste avec les navires marchands où tout ce qui pouvait servir d’armes était rangé et scellé, et pour la marine de guerre dont le but principal des marins naviguant sur les vaisseaux était de maintenir les marins à leur place [15].

Les vaisseaux pirates opéraient à partir du principe "Pas de Prise, Pas de Paie", mais lorsqu’un vaisseau était capturé, le butin était réparti grâce à un système de partage. Ce genre de système de partage était répandu dans la navigation médiévale, mais s’éteignit progressivement lorsque la navigation devint une entreprise commerciale et les marins, des salariés. Il existait chez les corsaires et les chasseurs de baleines, mais les pirates le développèrent sous sa forme la plus égalitaire - il n’ y avait pas de partages pour les propriétaires, ni les investisseurs, ni les marchands, il n’y avait pas de hiérarchie élaborée, de différenciation de salaire - chacun recevait une part équitable du butin et le capitaine généralement 1 ou 1/2 part. Le naufrage du Whydah, le vaisseau pirate de Sam Bellamy, qui fut découvert en 1984, prouve bien ceci - parmi les objets retrouvés, il y avait des bijoux rares en or provenant d’Afrique Occidentale qui "avaient été découpés et dont les entailles au couteau très visibles laissaient suggérer qu’on avait tenté de les diviser équitablement [16]."

La dure vie en mer transformait l’entraide en simple tactique de survie. La solidarité naturelle des mathurins se perpétua dans l’organisation pirate. Les pirates en arrivaient souvent à un "concubinage" entre eux, et si l’un mourrait, l’autre récupérait ses biens. Les articles des pirates incluaient aussi généralement une forme d’aide mutuel où les marins blessés incapables de participer au combat recevaient leur part comme pension. Les pirates prenaient très au sérieux ce genre de solidarité - au moins un équipage pirate offrait une compensation à ses blessés uniquement lorsqu’il s’apercevait qu’ils ne leurs manquaient rien. D’après les articles de l’équipage de Batholomew Roberts : "Si... un homme devait perdre une jambe, ou devenir infirme durant son service, il recevrait 800 dollars, provenant des fonds publics, et pour les blessés légers, une aide proportionnelle." Et ceux de l’équipage de George Lowther : "Celui qui aura le malheur de perdre une jambe, dans le temps de son engagement, recevra la somme de cent cinquante pounds Sterling, et restera avec la compagnie aussi longtemps qu’il lui conviendra [17]"

Les capitaines pirates étaient élus et pouvaient être destitués à tout moment pour abus d’autorité. Le capitaine ne jouissait pas de privilèges spéciaux : Lui "ou tout autre Officier n’a pas droit à plus (de nourriture) que les autres hommes, et même, le Capitaine ne peut garder sa Cabine pour lui seul." Les capitaines étaient destitués pour lâcheté, cruauté et, ce qui est révélateur, pour avoir refusé "de capturer et de piller des Vaisseaux Anglais" - les pirates avaient tourné le dos à l’Etat et à ses lois, et aucun sentiment de patriotisme n’aurait pu être toléré. Le capitaine avait juste le droit de commander durant la bataille, sinon toutes les décisions étaient prises par l’équipage tout entier. Cette démocratie radicale n’était pas forcément très efficace : souvent les bateaux pirates erraient sans but jusqu’à ce que l’équipage se décide [18].

A l’origine, les boucaniers s’attribuèrent le nom de "frères de la côte" - un terme approprié puisque les pirates échangeaient les navires, se retrouvaient à des points de rendez-vous, se regroupaient entre équipages pour des attaques combinées et se retrouvaient entre vieux potes. Même s’il semble surprenant que par-delà l’étendue des mers, les pirates gardaient le contact et se rencontraient, retournaient continuellement vers les divers "ports libres" où ils étaient accueillis par les trafiquants du marché noir qui achetaient leurs marchandises. Les équipages pirates se reconnaissaient entre eux, ne s’attaquaient pas entre eux, et travaillaient souvent ensemble pour renflouer leur flotte. Par exemple, en 1695, les équipages des capitaines Avery, Faro, Want, Maze, Tew et Wake s’unirent pour effectuer un raid sur la flotte du pèlerinage annuel vers la Mecque, avec leur six navires contenant au moins 500 hommes. Ils se retrouvaient aussi pour festoyer ; comme lors de "saturnales" où les équipages de Barbe Noire et Charles Vane unirent leurs forces en 1718 dans l’Ile d’Ocracoke en Caroline du Nord. Il est même prouvé qu’il y avait un langage pirate unique, ce qui signifie que les pirates cherchaient à développer leur propre culture, bien distincte. Philip Ashton qui passa seize mois chez les pirates entre 1722 et 1723, rapporta que l’un de ses ravisseurs "selon la coutume des pirates, et dans leur propre dialecte, me demanda, si je voulais signer leurs articles". Il existe une anecdote amusante sur un captif des pirates qui "sauva sa vie (à force de) jurer et de blasphémer" - suggérant ainsi que l’une des particularités de ce langage pirate était la libre utilisation de jurons et de blasphèmes. Malgré les séparations et les regroupements - les hommes allant de bateaux en bateaux - il existait une grande continuité parmi les divers équipages pirates, qui partageaient les mêmes cultures et les mêmes coutumes et qui, au fil du temps, développèrent une "conscience pirate" spécifique. La perspective que cette communauté pirate puisse prendre une forme permanente constituait une menace pour les autorités qui craignaient le développement d’un "Commonwealth" dans les régions inhabitées, où "aucun pouvoir dans les parties du monde ne serait parvenu à le leur disputer [19]."

Vengeance

Un aspect particulièrement important de ce que nous pourrions appeler la "conscience pirate" était la vengeance envers les capitaines et les maîtres qui les avaient exploités auparavant. Le pirate Howell Davis disait : "leurs raisons pour devenir pirate étaient qu’ils voulaient se venger des abjects marchands et des cruels commandants de vaisseaux". En capturant un marchand, les pirates lui administraient généralement la "Distribution de Justice", "en s’informant sur la manière dont le commandant se comportait avec ses hommes, et ceux, contre qui la plainte avait été déposée" étaient fouettés et passés à la saumure. Il est intéressant de noter que la torture favorite infligée aux capitaines capturés était la "Corvée" - en souvenir d’autres corvées - lors de laquelle le coupable devait courir autour du mat d’artimon entre les pirates placés autour de lui qui l’encourageaient à accélérer en lui piquant le dos à l’aide de "pointes de sabres, de couteaux, de compas, de fourches, etc." Il semble que les pirates étaient déterminés à donner au maître le goût de sa propre médecine - créant littéralement un cercle vicieux ou un manège de discipline qui rappelle la vie laborieuse du marin. Le plus militant de ces redresseurs de torts des mers était sans doute Philip Lyne, qui fut arrêté en 1726, confessant qu’il "avait tué 37 Maîtres de Vaisseaux [20]."

L’historien radical Marcus Rediker a découvert d’intéressants indices sur l’intérêt porté par les pirates pour le châtiment dans les noms donnés à leurs bateaux - le groupe de noms le plus répandu contenait le mot revenge (vengeance - ndt), comme par exemple le Queen Anne’s Revenge de Barbe Noire, où celui de John Cole, le New York Revenge’s Revenge. Le Capitaine marchand Thomas Checkley avait raison en décrivant les pirates qui avaient capturé son navire comme se prétendant des "Hommes de Robin des Bois". Il y a d’autres indices à propos de ceci dans le nom d’un autre bateau - le Little John qui appartenait au pirate John Ward. Pour Peter Lamborn Wilson : "(ceci) nous donne une indication précieuse sur ses idées et sur l’image qu’il avait de lui-même : il se considérait à l’évidence comme une sorte de Robin des Mers. Certains indices nous suggèrent d’ailleurs qu’il donnait aux pauvres et qu’il était nettement déterminé à prendre aux riches [21] ." La réponse de l’Etat à ces joyeux marins des sept mers fut brutale - le crime de piraterie était puni de mort. Les premières années du 18ème siècle virent les "officiers royaux et les pirates (piégés) dans un système de terreur réciproque" alors que s’accentuait l’antagonisme des pirates pour la norme sociale et que les autorités étaient plus que jamais déterminés à les traquer. Des rumeurs voulurent que les pirates qui avaient tiré profit du pardon royal de 1698 se virent refuser les avantages du pardon en se rendant, ce qui ne fit qu’augmenter la méfiance et l’antagonisme ; les pirates étaient résolus "à ne plus attendre d’offres de pardon, mais en cas d’attaque, à se défendre contre leurs compatriotes sans foi qui tomberaient entre leurs mains." En 1722, le Capitaine Luke Knott se vit accorder 230 £ pour la perte de son emploi, après avoir livré 8 pirates, "il fut obligé de quitter le service Marchand, les Pirates le menaçant de le Torturer à mort si jamais il tombait entre leur mains." Il ne s’agissait aucunement d’une menace en l’air - en 1720, les pirates de l’équipage de Barholomew Roberts "brûlèrent et détruisirent, ouvertement et de jour... des vaisseaux sur la Route de Basseterre (St. Kitts) et eurent l’audace d’insulter H. M. Fort", pour se venger de l’exécution de "leurs camarades à Nevis". Roberts envoya ensuite un courrier au gouverneur, lui indiquant qu’"ils Viendraient et Brûleraient la Ville (Sandy Point) pour y avoir pendu les Pyrates". Roberts eut même un drapeau le montrant sur deux crânes avec les inscriptions ABH et AMH - A Barbadian’s Head et A Martican’s Head (Une Tête de la Barbade et Une Tête de la Martinique - ndt). Plus tard au cours de cette même année, il donna corps à sa vendetta contre ces deux îles en pendant le gouverneur de la Martinique en bout de vergue. Comme des primes étaient offertes pour la capture des pirates, ceux-ci y répondirent en offrant des récompenses pour la capture de certains personnages officiels. Et lorsque les pirates étaient capturés ou executés, d’autres équipages pirates vengeaient généralement leurs frères, attaquant la ville qui les avaient condamnée, ou les bateaux qui se trouvaient dans son port. Cette forme de solidarité montre qu’une véritable communauté pirate s’était développée, et que ceux qui naviguaient sous "la bannière du Roi de la Mort" ne se considéraient plus comme Anglais, Hollandais ou Français, mais comme des pirates [22].

Piraterie et Esclavage

L’Age d’Or de la piraterie correspond également aux beaux jours du commerce d’esclaves dans l’Atlantique. La relation entre la piraterie et le commerce d’esclaves est complexe et ambigüe. Certains pirates participèrent au commerce d’esclaves et eurent la même attitude que leurs compatriotes envers les Africains dont ils se servaient comme monnaie d’échange.

Cependant, tous les pirates ne participèrent pas au commerce des esclaves. En fait un grand nombre de pirates étaient d’anciens esclaves ; il y avait bien plus de noirs sur les bateaux pirates que sur les navires de guerre ou de commerce, et selon les observateurs, il était rare qu’ils soient utilisés comme "esclaves". La plupart de ces pirates noirs étaient des esclaves en fuite, qui rejoignaient les pirates au cours de leur voyage depuis l’Afrique, ou qui désertaient les plantations, ou encore qui étaient envoyés comme esclaves pour travailler à bord des navires. Il y avait quelques hommes libres, comme les "nègres libres", des marins de Deptford, qui en 1721 engagèrent "une mutinerie parce que nous avions trop d’officiers, et que le travail était trop dur, et ainsi de suite." La marine en général offrait plus d’autonomie aux noirs que la vie dans les plantations, mais la piraterie, plus particulièrement, pouvait - bien que cela soit très risqué - offrir une chance d’être libre pour un Africain dans l’Atlantique du 18ème siècle. Par exemple, un quart des deux cents hommes d’équipage du vaisseau du Capitaine Bellamy, le Whydah, étaient noirs, et des témoignages sur le naufrage de ce navire pirate en 1717 à Wellfleet, Massachusetts, rapportent que la plupart des corps rejetés sur le rivage étaient ceux de noirs. L’historien de la piraterie, Kenneth Kinkor prétend que même si le Whydah était à l’origine un négrier, les noirs qui se trouvaient à bord lors du naufrage étaient bien des membres de l’équipage et non des esclaves. En partie parce que les pirates, comme d’autres mathurins, "en venaient à trouver méprisable la Notion de Vie à Terre", et un homme noir qui savait manier les cordages et les noeuds était plus à même de gagner le respect qu’un homme vivant à terre et n’y connaissant rien. D’après Kinkor : "Les pirates jugeaient les Africains sur leurs langue et leurs aptitudes maritimes - en d’autres termes, sur leurs connaissances et non sur leur race [23] ."

Les pirates noirs menaient souvent l’abordage afin de pouvoir obtenir la prise du navire. Le vaisseau pirate le Morning Star "avait un Cuisinier Noir doublement armé" lors des abordages et plus de la moitié des hommes d’abordage d’Edward Condent sur le Dragon Volant étaient noirs. Certains pirates noirs devinrent seconds ou capitaines. Par exemple, en 1699, lorsque le Capitaine Kidd jeta l’ancre à New York, deux sloops l’attendaient, dont l’un était "celui d’un petit homme noir... qui fut auparavant le Second du Capitaine Kidd [24]."

Au 17ème siècle, les noirs qui se trouvaient sur les bateaux pirates n’étaient pas jugés comme les autres pirates parce que l’on pensait qu’ils étaient des esclaves, mais vers le 18ème siècle ils étaient exécutés aux côtés de leurs "frères" blancs. Le sort le plus enviable que pouvait espérer un pirate noir lorsqu’il était capturé était d’être vendu comme esclave, qu’il soit affranchi ou non. Lorsque Barbe Noire fut capturé par la Royal Navy en 1718, il y avait cinq hommes d’équipages sur dix-huit qui étaient noirs, et selon le Conseil du Gouverneur de Virginie les cinq noirs étaient "autant impliqués que le reste de l’Equipage dans les mêmes Actes de Piraterie." Un "coquin déterminé, un nègre" nommé César fut pris alors qu’il allait faire sauter le navire plutôt que d’être capturé et ainsi retourner à l’esclavage [25]

En 1715, le Conseil de la Colonie de Virginie s’inquiéta des liens entre le "ravage des pirates" et "une insurrection de nègres". Il avait bien raison de s’inquiéter. En 1716, les esclaves d’Antigua se montrèrent "très impudents et insultants" et il fut signalé que bon nombre "rejoignirent ces pirates qui ne semblent pas faire grand cas des différences raciales." Ces liens étaient transatlantiques ; s’étendant depuis le coeur de l’Empire, à Londres, jusqu’aux colonies d’esclaves des Amériques ou la "Côte de l’Esclavage" en Afrique. Vers 1720, un groupe de pirate s’établit en Afrique Occidentale, rejoignant et se mélangeant aux Kru - un peuple d’Afrique Occidentale vivant dans ce qui est actuellement la Sierra Leone et le Liberia, renommé pour sa technique de pêche dans de longues pirogues et pour avoir mené les révoltes d’esclaves lorsqu’il fut soumis. Ces pirates faisaient probablement partie de l’équipage de Bartholomew Roberts, et ils ont dû s’enfuir dans les bois lors de l’attaque de la Navy en 1722. Cette alliance n’est pas si inhabituelle lorsque l’on considère que sur les 157 hommes qui ne purent s’échapper du bateau de Roberts, et furent capturés ou tués à bord, 45 étaient noirs - probablement ni des pirates ni des esclaves, mais des "marins Noirs, plus communément appelés grémetes" - des marins Africains indépendants venant principalement de la Sierra Leone, et qui auraient rejoint les pirates "contre un modeste salaire [26]".

Nous voyons là comment s’établirent ces liens et comment l’héritage des pirates fut disséminé même après la défaite ou la capture à bord du bateau de Roberts. Les "nègres" composant cet équipage se mutinèrent à cause des mauvaises conditions et des "Repas réduits" que leur proposait la Navy. "Beaucoup d’entre eux vécurent longtemps comme des pirates", ce qui signifiait bien évidemment pour eux plus de liberté et une meilleure nourriture [27].

Devenir indigène

Lionel Wafer était un chirurgien Français qui rejoignit un équipage de boucaniers aux Caraïbes en 1677. Au retour d’un voyage aux Indes Orientales, il eut un accident et fut récupéré par les villageois Indiens, adoptant finalement les coutumes locales. Voici la description qu’en firent des marins Anglais revenant de ce village :
"J’étais assis, les jambes croisées parmi les Indiens. Selon leurs coutumes, j’étais peint comme eux, avec pour seul vêtement un pagne, et mon anneau de nez pendant au-dessus de ma bouche. Ce fut un merveilleux moment avant qu’un membre de l’équipage, en me regardant de plus près, ne s’écrie, "Voici notre docteur", et immédiatement tous saluèrent mon arrivée parmi eux [28]."

Ce genre d’abandon de la "civilisation" pour le mode de vie indigène n’était pas toujours accidentel. Les boucaniers des Caraïbes tirent leur nom du boucan, une technique pour fumer la viande qu’ils tenaient des Indiens Arawak. A l’origine, les boucaniers occupaient des terres sur l’île d’Hispaniola qui appartenait à l’Espagne (désormais Haïti et la République Dominicaine) - et se tournèrent vers la piraterie lorsque les Espagnols tentèrent de les en évincer. Sur Hispaniola, ils vivaient de la même façon que les indigènes qui les précédèrent. Ce mode de "vie maroon" était clairement identifié à la piraterie - hormis les boucaniers d’Hispaniola et Tortuga, le principal groupe d’Européens installés dans le Nouveau Monde était celui des bûcherons de la Baie de Campeche (aujourd’hui Honduras et Belize), un "équipage d’ivrognes insolents" qui étaient considérés par la plupart des observateurs comme interchangeable avec les pirates. Ils choisirent consciemment un mode de vie non-cumulatif dans des villages communautaires indépendants à la périphérie du monde [29].

Les relations des pirates avec les indigènes qu’ils rencontraient étaient variables. Certains pirates en faisaient des esclaves, pour toutes sortes de tâches, violaient les femmes et volaient ce qui les intéressait. En revanche, d’autres pirates s’installaient et se mariaient - intégrant la société indigène. C’est plus particulièrement à Madagascar, où les pirates se mêlèrent à la population que se développa "une race de mulâtre à la peau sombre". Les contacts et les échanges culturels entre les pirates, les marins et les Africains ont mené à des similarités claires entre les chansons de marins et les chants Africains. En 1743, plusieurs marins passèrent en cour martiale pour avoir chanter un "chant nègre". Ce genre de rapprochement se fit dans les deux directions et n’étaient pas aussi rares que l’on pourrait croire. Un pirate du nom de William May, établi sur l’île de Johanna à Madagascar, reçu un choc lorsqu’un des "nègres" s’adressa à lui avec un excellent Anglais. Il apprit que l’homme fut enlevé de son île par un navire Anglais et qu’il vécu un moment à Bethnal Green, à Londres, avant de revenir chez lui. Son nouvel ami lui évita d’être capturé par les Anglais et d’être ensuite amené à Bombay pour y être pendu [30].

Il s’agit d’une image classique de ce que l’on pourrait nommer "l’idéologie pirate" voulant que les pirates se considèrent comme des rois libres, comme des empereurs individuels autonomes. Ceci était en partie dû au rêve de richesse - Henry Avery fut idolâtré pour l’énorme fortune qu’il avait pillé ; certains pensèrent qu’il avait même bâti son propre royaume pirate. Il y eut pourtant un pirate qui connu un sort encore plus remarquable, puisqu’il était à la base esclave en Martinique : Abraham Samuel, "Tolinor Rex", le Roi de Fort Dauphin. Samuel était un esclave en fuite qui rejoignit l’équipage du navire pirate John & Rebecca, dont il devint même le second. En 1696 les pirates s’emparèrent d’un important butin et décidèrent de se retirer et de s’établir à Madagascar. Samuel se retrouva dans l’ancienne colonie Française de Fort Dauphin où la princesse locale l’identifia comme étant l’enfant qu’elle eut d’un Français durant l’occupation de la colonie. Samuel se retrouva soudainement être l’héritier du trône vacant de ce royaume. Les négriers et les marchands venaient en masse pour commercer avec le "Roi Samuel" mais il gardait de la sympathie pour ses camarades pirates, les autorisant, et les assistant même dans le pillage des navires marchands qui venaient pour commercer avec lui. Il y eut un certain nombre de personnages similaires, peut-être moins flamboyants, dans les ports et les rades de Madagascar - des pirates ou des négriers qui étaient devenus des chefs locaux à la tête d’armées privées d’au moins 500 hommes [31].

Sexe, drogues & rock’n’roll

Les pirates semblent s’être beaucoup plus amusés que leurs pauvres camarades des navires de guerre ou de commerce. Ils ont organisé plusieurs fêtes sauvages - en 1669, près des côtes d’Hispaniola, des boucaniers d’Henry Morgan firent sauter leur navire lors d’une fête particulièrement orgiaque, qui comme toute bonne fête pirate incluait des tirs depuis les canons du navire par des hommes ivres. Il est probable qu’ils mirent le feu aux poudres dans la soute du navire, ce qui provoqua sa destruction. Lors de certains voyages, l’alcool "coulait à flots" et pour beaucoup de mathurins la promesse de grog à volonté était l’une des principales raisons pour quitter la marine marchande afin de devenir pirate à la place. Mais ceci se retournait parfois contre eux - un groupe de pirates mis trois jours à capturer un navire parce qu’il n’ y avait jamais assez d’hommes à jeuns disponibles. Les marins en général détestaient les voyages sans alcool - l’une des principales raisons étant que sous les tropiques l’eau tendait à accueillir des créatures qu’il fallait filtrer avec les dents [32].

Une fête pirate n’était pas digne de ce nom sans musique. Les pirates étaient renommés pour leur amour de la musique et ils engageaient souvent des musiciens pour la durée de la croisière. Durant le jugement de l’équipage de "Black Bart" Bartholomew Roberts en 1722, deux hommes furent acquittés parce qu’ils étaient de simples musiciens. Les pirates semblent avoir utilisé la musique lors des batailles, comme le déclara l’un des deux hommes, James White, en disant que "son travail consistait à faire de la musique à la poupe au moment de l’action [33]."

Pour certains hommes, la liberté que la piraterie offrait à la place du monde contraignant qu’ils venaient de quitter, s’étendait à la sexualité. La société Européenne du 17ème et du 18ème siècles était profondément anti-homosexuelle. La Royal Navy menait régulièrement des campagnes anti-sodomie sur les navires à bord desquels les hommes étaient confinés pour des années. Sur les navires de guerre et de commerce, on considérait la sexualité incompatible avec le travail et la discipline à bord, comme le précisa le Ministre John Flavel en écrivant au commerçant John Lovering au sujet des marins : "La Mort de leur Désirs, est le Meilleur Moyen pour donner Vie à votre Commerce". Dans Sodomy and the Pirate’s Tradition, B. R. Burg suggère que la grande majorité des pirates étaient homosexuels, et que même s’il n’existe pas beaucoup de preuves pour soutenir cette théorie, il est clair qu’une colonie pirate était l’endroit le plus sûr, si l’on veut abonder dans ce sens. D’ailleurs certains boucaniers d’Hispaniola et de Tortuga vivaient dans une sorte d’union homosexuelle connue sous le nom de matelotage (qui vient du français "matelot" et pourrait bien être la racine du mot anglais "mate" qui signifie compagnon), mettant en commun ce qu’ils possédaient, le survivant héritant alors de la part de son compagnon. Même lorsque les femmes eurent rejoint les boucaniers, le matelotage continua, un matelot partageant alors sa femme avec son partenaire. Louis Le Golif dans ses Mémoires d’un Boucanier se plaignait de l’homosexualité à Tortuga, où il dû s’engager dans deux duels afin de tenir à distance deux prétendants plein d’ardeur. Finalement, le Gouverneur Français de Tortuga fit venir des centaines de prostituées, dans l’espoir de détourner les boucaniers de leurs pratiques. Le capitaine pirate Robert Culliford, avait un "grand associé", John Swann avec lequel il vivait. Certains pirates achetaient de "beaux garçons" pour en faire leurs compagnons. Sur un navire pirate, un jeune homme qui reconnu avoir eut une relation homosexuelle fut mis aux fers et maltraité, mais il semble qu’il s’agit là d’une exception. Il est également significatif que dans aucun règlement pirate on ne trouve d’articles contre l’homosexualité [34].

Femmes Pirates

La vie de liberté sous le drapeau noir, le Jolly Roger, s’étendait à un autre groupe surprenant de voleurs des mers : les femmes pirates. Il n’était pas si rare de voir naviguer des femmes aux 17ème et 18ème siècles. Il existait une tradition bien établie de femmes s’étant travesties pour trouver fortune, ou bien suivre leurs maris ou leurs amants en mer. Bien sûr, les seules femmes que nous connaissons sont celles qui furent prises et exposées. Leurs soeurs plus chanceuses ont navigué dans l’anonymat. Même dans ce cas, il semblerait que les femmes à bord des bateaux pirates étaient peu nombreuses. Ce qui, par ironie, contribua à la chute des pirates - il était relativement facile pour l’Etat d’écraser la communauté pirate, parce que celle-ci était largement dispersée et fondamentalement fragile ; les pirates avaient du mal à avoir une descendance ou à se développer. En comparaison, les pirates des Mers de la Chine du Sud qui furent les plus chanceux et durèrent le plus longtemps, étaient organisés en groupes familiaux rassemblant les hommes, les femmes et les enfants sur les navires - de sorte qu’il y avait toujours une nouvelle génération de pirates parée à l’abordage [35].

Tout comme les pirates en général se définissaient comme étant en opposition avec les relations sociales du capitalisme émergeant aux 17ème et 18ème siècles, certaines femmes trouvèrent dans la piraterie une façon de se rebeller contre l’émergence des rôles et des genres. Par exemple, Charlotte de Berry, née en Angleterre en 1636, suivit son mari dans la marine de guerre déguisée en homme. Lorsqu’elle fut emmenée de force sur un vaisseau à destination de l’Afrique, elle mena une mutinerie contre le capitaine qui l’avait agressé, et lui trancha la tête avec un couteau. Elle devint alors capitaine pirate, son navire croisant la côte Africaine pour capturer des bateaux chargés d’or. Il y eut également d’autres femmes pirates moins chanceuses ; en 1726 les autorités de Virginie jugèrent Mary Harley (ou Harvey) et trois hommes pour piraterie. Les trois hommes furent condamnés à la pendaison mais Harley fut libérée. Thomas, le mari de Mary un pirate également, semble avoir échappé à la capture. Mary et son mari avaient été déportés vers les colonies une année auparavant. Trois ans plus tard, en 1729, une autre déportée était jugée pour piraterie dans la colonie de Virginie. Les six membres d’un gang pirate, dont Mary Crickett (ou Crichett), et Edmund Williams, chef de ce gang, furent déportés en Virginie en 1728 pour félonie [36].

Cependant, les femmes pirates au sujet desquelles nous en savons le plus sont Anne Bonny et Mary Read. Mary Read était une enfant illégitime, et fut élevée comme un garçon par sa mère afin de la faire passer pour son fils légitime parmi sa famille. Elle dû s’endurcir pour faire face à une vie difficile, et adolescente elle était déjà "audacieuse et forte". Mary semble avoir apprécié son identité masculine et elle s’engagea comme marin sur un navire de guerre, puis comme soldat Anglais lors de la guerre des Flandres. A la fin de la guerre, elle rejoignit un navire Hollandais à destination des Indes Occidentales. Lorsque son navire fut capturé par l’équipage pirate de "Calico" Jack Rackham, et Anne Bonny, elle décida de tenter sa chance avec les pirates. Il semble qu’elle aimait cette vie, et elle tomba bientôt amoureuse d’un des membres de l’équipage. Mais son amant eut un contentieux avec un autre pirate, qu’il dû régler selon leur tradition, c’est-à-dire "à l’épée et au pistolet". Mary le sauva en combattant et en tuant son adversaire avec un couteau après l’avoir provoqué deux heures avant le duel [37].

Anne Bonny était l’enfant illégitime d’une "servante" d’Irlande et grandit déguisée en garçon, son père prétendant qu’elle était l’enfant d’un parent dont ont lui avait confié la garde. Il l’emmena ensuite à Charleston, en Caroline du Sud, où il n’était plus nécessaire de dissimuler son identité. Annie devint une femme "robuste" avec un "tempérament fougueux et courageux". En effet, "un jour où l’un de ses jeunes camarades voulu coucher avec elle contre sa volonté, elle le frappa si durement qu’il resta longtemps alité suite à cela." Elle s’enfuit vers les Caraïbes où elle tomba amoureuse d’un capitaine pirate nommé "Calico" Jack Rackham (on l’appelait ainsi à cause de ses vêtements exotiques et colorés). Anne et "Calico" Jack, "découvrant qu’ils ne pouvaient jouir librement de la compagnie de l’autre par des moyens honnêtes, décidèrent de s’enfuir ensemble, et de jouir au détriment du monde entier." Ils dérobèrent un navire dans un port et durant plusieurs années Bonny seconda Rackham tout en étant son amante, à la tête d’un équipage (dont fera bientôt partie Mary Read déguisée en homme qui les rejoindra suite à la capture de son bateau) qui effectua des raids dans les Caraïbes et les eaux côtières de l’Amérique [38].

L’un des témoins à leur procès, une femme du nom de Dorothy Thomas, qui avait été faite prisonnière par les pirates, affirma que les femmes "portaient des vestes d’hommes, et des pantalons longs, et des foulards noués autour de la tête, et que chacune d’entre elles avait une machette et un pistolet en main". En dépit du fait que Read et Bonny portaient des vêtements d’hommes, leur prisonnière ne s’y trompa pas ; pour elle "la raison pour laquelle elle sut qu’il s’agissait de femmes c’était la grosseur de leurs seins."

Les autres prisonniers capturés par les pirates racontèrent que Bonny et Read "étaient toutes deux très débauchées, ne cessant de jurer, et toujours prêtes et désireuses de faire des choses à bord." Les deux femmes semblent avoir exercé un certain leadership ; par exemple, elles faisaient partie du groupe désigné pour s’occuper de l’abordage - un rôle confié aux membres les plus courageux et les plus respectés de l’équipage. Lorsque les pirates "apercevaient un navire, le traquaient ou l’attaquaient", les deux femmes "portaient des vêtements d’hommes", et en toutes autres occasions, "elles portaient des vêtements de femmes" [39].

Rackham, Bonny et Read furent pris en Jamaïque en 1720, par un sloop britannique. L’ensemble de l’équipage était ivre (un fait banal) et caché dans la cale - un seul d’entre eux hormis Read et Bonny eut le courage de se défendre. Ecoeurée, Mary Read fit feu avec son pistolet en direction de la cale "tuant un homme d’équipage et en blessant plusieurs autres". Dix-huit hommes d’équipage avaient déjà été jugés et condamnés à la pendaison lorsque les femmes arrivèrent au tribunal. Trois d’entre eux, dont Rackham, furent plus tard pendus à des emplacements de choix afin de servir d’instruction morale et d’"exemple public" aux marins qui passeraient à côté de leurs corps en décomposition. Cependant, Mary Read insista sur le fait que les "hommes de courage" - comme elle - ne craignent pas la mort. Le courage était la vertu principale des pirates - car seul le courage leur permettait d’assurer continuellement leur survie. "Calico" Jack Rackham passa du rang de second à celui de capitaine lorsque le capitaine en charge, Charles Vane, fut destitué par son équipage pour lâcheté. C’est pourquoi Rackham connut une fin piteuse, lorsqu’il s’entendit dire par Anne Bonny, avant d’être pendu, que "s’il s’était battu comme un Homme, il n’aurait pas été pendu comme un Chien". Bonny et Read échappèrent toutes deux à l’exécution car elle "plaidèrent durant leur grossesse, et demandèrent à ce que l’exécution soit reportée [40]."

Misson et Libertalia

La plus célèbre utopie pirate fut celle du Capitaine Misson et de son équipage, qui établirent leur communauté intentionnelle, leur utopie sans loi, Libertalia, au nord de Madagascar au dix-huitième siècle [41]..

Misson était français, il naquit en Provence, et c’est lorsqu’il se retrouva à Rome après avoir quitté le vaisseau de guerre français La Victoire, qu’il perdit sa foi, dégoûté par la décadence de la Cour Papale. A Rome, il rencontra Caraccioli - un "Prêtre défroqué" qui au cours de ces longs voyages sans grande occupation si ce n’est la discussion, converti progressivement Misson et une grande partie de l’équipage à une sorte de communisme athée :
"(...) il s’attaqua à la question politique, et montra à ses auditeurs que tout homme né libre avait droit au minimum indispensable pour vivre, autant qu’à l’air qui lui permettait de respirer. (...) L’immense différence qui existait entre l’homme qui se vautrait dans le luxe et celui qui se voyait plongé dans la misère la plus noire résultait seulement de l’avarice et de l’ambition pour une part, d’une sujétion misérable pour l’autre."

S’embarquant pour une carrière dans la piraterie, l’équipage de La Victoire, fort de 200 hommes, désigna Misson comme capitaine. Les hommes collectivisèrent le butin du vaisseau, décidant que "tout deviendrait commun". Les décisions seraient soumises au "vote de toute la compagnie". Ils se mirent alors en route suivant cette nouvelle "vie de liberté". Le long des côtes Africaines, ils capturèrent un vaisseau négrier Hollandais. Les esclaves furent libérés et emmenés à bord de La Victoire, Misson déclarant que "le commerce de gens de notre espèce, ne saurait jamais trouver grâce aux yeux de la justice divine : qu’aucun homme n’a le pouvoir de liberté sur un autre" et qu’"il n’a pas libéré son cou des entraves de l’esclavage, et affirmé sa propre liberté pour asservir les autres". A chaque combat, l’équipage se renforçait de nouvelles recrues françaises, anglaises et hollandaises, ainsi que d’esclaves africains libérés.

Alors qu’il naviguait au large des côtes de Madagascar, Misson découvrit une crique parfaite située dans un territoire au sol fertile, à l’eau claire et dont les habitants étaient amicaux. C’est là que les pirates établirent Libertalia, renonçant à leurs titres d’Anglais, de Français, de Hollandais ou d’Africains pour se devenir des Liberi. Ils créèrent leur propre langue, un mélange polyglotte de dialectes Africains combinés au Français, à l’Anglais, au Hollandais, au Portugais et à la langue des indigènes de Madagascar. Peu après avoir commencé à travailler à l’implantation de la colonie, La Victoire croisa le pirate Thomas Tew, qui décida de les accompagner jusque Libertalia. Ce genre de colonie n’était pas une idée nouvelle pour Tew ; il avait perdu son second et 23 membres d’équipage lorsqu’ils tentèrent de s’établir un peu plus loin sur la côte Malgache. Les Liberi - "les Ennemis de l’Esclavage", décidèrent d’augmenter leur nombre en capturant un autre navire négrier. Le long des côtes de l’Angola, Tew et son équipage capturèrent un négrier Anglais avec 240 hommes, femmes et enfants dans ses cales. Les membres d’équipage Africains retrouvèrent parmi les esclaves des amis et des parents, qu’ils délivrèrent de leurs entraves, les traitant avec l’honneur dû à leur nouvelle vie de liberté.

Les pirates s’établirent là pour devenir fermiers, gérant la terre en commun - "aucune haie ne délimitant la propriété d’un homme en particulier". Les butins et l’argent pris en mer sont "mis dans la trésorerie commune, l’argent étant inutile là où tout est commun."

L’Empire contre-attaque : la fin de l’Age d’Or de la piraterie

L’Age d’Or de la piraterie euro-américaine s’étendit approximativement de 1650 à 1725 avec son apogée aux alentours de 1720. Ce furent des conditions et des circonstances particulières qui menèrent à cette période glorieuse en hautes mers. Cette période débuta par l’émergence des boucaniers sur les îles Caraïbes d’Hispaniola et Tortuga. Durant la majeure partie de cette période, la piraterie était centrée autour des Caraïbes, et ce pour d’excellentes raisons. Les îles Caraïbes offraient d’innombrables cachettes, des criques secrètes et des îles inexplorées ; des endroits où les pirates pouvaient trouver de l’eau et des provisions, se reposer et attendre. L’endroit était parfait ; situé sur la route empruntée par des flottes de navires lourdement chargés de trésors retournant vers l’Espagne ou le Portugal et venant d’Amérique du Sud, la mer des Caraïbes était réellement impossible à contrôler pour les marines de guerre et la plupart des îles étaient inhabitées et n’appartenaient à personne. Tout cela favorisa l’implantation d’un paradis de la flibuste.

En 1700 une nouvelle loi fut introduite, autorisant le jugement et l’exécution rapide des pirates, où qu’ils se trouvent. Avant l’apparition de cette loi, ils devaient être ramenés à Londres pour y être jugés et exécutés à marée basse à Wapping. La "Loi pour la Suppression la plus Efficace de la Piraterie" permit également de renforcer l’usage de la peine de mort et offraient des récompenses pour toute résistance aux attaques pirates, mais le plus important c’est qu’elle remplaçait le jugement des jurés par une cour d’officiers de la marine de guerre. Le fameux Capitaine Kidd fut l’une des premières victimes de cette nouvelle loi - celle-ci fut d’ailleurs partiellement accélérée afin de pouvoir lui être appliquée. Il fut pendu à l’Execution Dock de Wapping, et son corps exposé dans une cage, fut recouvert de goudron pour mieux le conserver, et ainsi inspirer la "terreur à tous ceux qui le verraient" depuis Tilbury Point. Son cadavre noirci et en décomposition devait servir d’avertissement clair concernant les risques que les marins encouraient en résistant à la discipline du travail [42].

Le cas de Kidd s’avère plutôt inhabituel puisqu’il fut exécuté à Londres. Après 1700, grâce à cette nouvelle loi, la guerre contre les pirates put se mettre en place dans les périphéries de l’Empire Britannique, et il ne s’agissait plus d’un ou deux cadavres qui pendaient aux gibets des lignes de marées, mais parfois vingt ou trente d’un coup. En 1722, lors d’une affaire particulièrement significative, l’Amirauté Britannique jugea 169 pirates de l’équipage de Bartholomew Roberts et en exécuta 52 d’entre eux à Cape Coast Castle sur la côte de Guinée. Les 72 Africains qui se trouvaient à bord, qu’ils soient libres ou non, furent vendus comme esclaves, alors que certains venaient de s’affranchir peu de temps auparavant [43].

C’est la disparition de ces conditions favorables uniques de l’Age d’Or de la Piraterie qui mit un terme au règne des pirates. Avec le développement du capital au 17ème siècle vint l’émergence de l’Etat, favorisée par les guerres impériales qui ruinèrent le globe à partir de 1688. Pour mener à bien ces vastes campagnes de guerres il fallait un développement conséquent du pouvoir de l’Etat. Lorsqu’en 1713 le Traité d’Utrecht mit fin à la guerre entre les nations Européennes, la capacité de l’Etat à contrôler la piraterie fut massivement développée. La fin de la guerre permit également aux navires de combat de se concentrer sur la chasse aux pirates, mais aussi d’accroître considérablement les intérêts commerciaux Britanniques dans les Caraïbes, ce qui fournit encore plus de motivations à accomplir tous ces efforts. Tandis que le nouvel Etat encore plus puissant consolidait son monopole de violence, les colonies durent agir. Traiter avec les pirates et investir dans leurs voyages était encore monnaie courante dans les colonies bien longtemps après que ceci ne soit devenu intolérable en Angleterre ; cela se régla par une extension du pouvoir de l’Etat de la mère patrie qui devait renforcer la discipline dans les colonies. Le début de la fin fut marqué par le retour à la Jamaïque de l’ancien boucanier Sir Henry Morgan comme Gouverneur avec pour ordres de détruire au plus vite les pirates. Les patrouilles navales les firent sortir de leurs repaires et permirent d’éliminer les chefs par des pendaisons massives. Finalement, la guerre des pirates contre le commerce était devenue trop fructueuse pour être tolérée ; l’Etat les combattait donc pour permettre au commerce de s’effectuer librement et au capital de s’accumuler, apportant ainsi la richesse aux marchands et des rentes pour l’Etat [44].

Si nous voulons rechercher les héritiers de la piraterie libertaire de cet Age d’Or, il ne faut pas seulement regarder du côté des pirates modernes, mais plutôt voir de quelle façon la piraterie fut introduite dans la lutte des classes Atlantique. Tout comme l’élan initial de la piraterie des 17ème et 18ème siècles venant de mouvements radicaux axés sur la terre, tels que celui des Levellers, le courant d’idées et de pratiques circula dans l’Atlantique, émergeant en des endroits parfois surprenant. En 1748, il y eut une mutinerie à bord du HMS Chesterfield, près de Cape Coast Castle, le long de la côte d’Afrique. L’un des meneurs - John Place - était déjà venu là ; il faisait partie de ceux qui furent capturés avec Bartholomew Roberts en 1722. Ce furent les "vieux loups" comme John Place qui surent faire vivre la tradition pirate et assurèrent la continuité des idées et des pratiques. Les mutins comptaient sur la tradition pirate "pour installer une colonie". Le terme anglais "to strike" (faire grève) vient des mutineries, et plus particulièrement des "Grandes Mutineries" de Spithead et de Nore en 1797, lorsque les marins baissèrent les voiles pour interrompre le flot incessant du commerce ainsi que la machine de guerre étatique. Ces marins Anglais, Irlandais, et Africains établirent leur propre "conseil" et une "démocratie de bord" et certains parlèrent même d’établir une "Nouvelle Colonie" en Amérique ou à Madagascar [45]

Les pirates ont prospéré grâce à un vide dans le pouvoir, pendant une période de bouleversement et de guerre qui leur conféra la liberté de vivre véritablement en dehors des lois. Avec le retour de la paix arriva une extension du contrôle et l’achèvement des possibilités de l’autonomie pirate. Ceci n’est guère surprenant lorsque l’on considère que les périodes de guerre et de trouble ont souvent favorisé l’éclosion d’expériences révolutionnaires, d’enclaves, de communes et d’anarchies. Des pirates des 17ème et 18ème siècles, jusqu’à la République de Fiume d’inspiration pirate et concrétisée par D’Annunzio durant la première guerre mondiale, en passant par la Commune de Paris qui fit suite à la guerre franco-prussienne, les communes des Diggers pendant la Guerre Civile Anglaise et les paysans makhnovistes en Ukraine pendant la Révolution russe, on constate que c’est souvent lors d’étapes transitoires que les expériences de la liberté peuvent trouver l’espace pour s’épanouir.

Le Drapeau Noir

"Pourquoi notre drapeau est-il noir ? Le noir c’est l’ombre de la négation. Le drapeau noir est la négation de tous les drapeaux. C’est la négation de toute nationalité qui dresse la race humaine contre elle-même et nie l’unité de l’humanité. Le noir exprime la colère et l’outrage pour tous les crimes perpétrés contre la race humaine au nom de l’allégeance à un Etat ou à un autre [46]".

Nous savons tous que les pirates arboraient le "Jolly Roger" - le drapeau à tête de mort. Le nom "Jolly Roger" doit probablement être une anglicisation du français Joli Rouge - le drapeau rouge, le drapeau "de sang" qu’utilisaient auparavant les pirates. Le drapeau rouge est largement reconnu comme le symbole international de la révolution prolétarienne et de la révolte, et le drapeau noir, historiquement, est celui du mouvement anarchiste (ces deux couleurs combinées sont celles des drapeaux anarcho-communistes de la révolution espagnole de 1936) [47].

La première fois que le drapeau noir fut utilisé par les anarchistes ou lors d’une révolte ouvrière semble être lorsque Louise Michel participa à une émeute de chômeurs où furent pillées des boulangeries, le 9 mars 1883. Cependant, on rapporte qu’elle arbora un drapeau à tête de mort 12 ans auparavant, en 1871, lorsqu’elle mena un bataillon de femmes pendant l’insurrection de la Commune de Paris. On trouva même lors de ces événements un journal quotidien nommé Le Pirate [48]

En juin 1780, lorsque les prisons de Londres furent ouvertes et les prisonniers libérés pendant les "émeutes de Gordon", nous trouvons cette description : "Un géant a été aperçu sur une charrette, agitant un immense drapeau noir et rouge, comme le porteur d’étendard d’une armée d’opposition." Le nom de cet homme est James Jackson, et il poussa la foule à détruire la principale prison de Londres en criant "Ohé ! pour Newgate !" L’utilisation de ce "ohé !" suggère que Jackson aurait pu être un marin - les marins ont toujours constitué la section la plus militante de la classe ouvrière, auquel cas ce drapeau noir et rouge servant d’appel à la liberté dans les rues de Londres aurait pu avoir des liens directs avec les drapeaux qu’utilisaient les pirates Caraïbes plusieurs années auparavant. Ceci précède considérablement Louise Michel et nous ramène presque aux beaux jours des pirates [49].

Le drapeau noir et rouge flottait encore dans les îles Caraïbes en 1791. A la suite d’une énorme révolte d’esclaves, une partie de l’ancien bastion pirate d’Hispaniola prit à la place le nom Amérindien d’"Haïti" et devint ainsi la première république noire indépendante au monde. Menés par Toussaint Louverture, les rebelles écrasèrent les forces de trois empires pour gagner leur liberté. Le drapeau rouge et noir d’Haïti devint la bannière de la liberté pour les noirs du dix-huitième et du dix-neuvième siècle, et plus particulièrement pour les marins qui naviguaient vers Haïti, devenant alors des Haïtiens et arborant le drapeau rouge et noir. Les esclaves américains naviguant à bord des navires de guerre et de commerce et parvenant à s’en échapper trouvaient refuge à Haïti [50].

Au sujet d’un certain William Davidson, on apprend que "lors d’une manifestation, il protégea le drapeau noir orné d’une tête de mort et d’os croisés, sur lequel était écrit "Mourons comme des hommes, ne nous laissons pas acheter comme des esclaves". Davidson était un noir, né en 1786 et exécuté en 1820. Il naquit à Kingston en Jamaïque - autrefois qualifiée de "plus vile cité de la terre" et capitale pirate notoire. Il passa trois années en mer, fut syndicaliste, lut Tom Paine et, pour beaucoup, il était en relation avec Toussaint Louverture et la révolution haïtienne.

Il fut finalement exécuté le premier mai 1820, avec d’autres camarades, pour avoir participé à la "conspiration de Cato Street" visant à assassiner le cabinet tout entier pendant le dîner. Ceci devant servir à mener l’attaque contre Manson House et la Banque d’Angleterre, à se saisir de l’artillerie et à impulser une révolution en Grande-Bretagne !

Soyez fiers d’arborer le Jolly Roger !

Guerre aux Baleiniers

Depuis 1977, de vrais pirates des temps modernes ont écumé les mers à bord du Sea Shepherd, pour attaquer et couler les baleiniers et les bateaux pêchant avec des filets dérivants. Le vaisseau noir arborant le drapeau noir des pirates est équipé de piques permettant d’ouvrir les flancs des bateaux ennemis et d’une avant-proue renforcée avec 18 tonnes de béton pour mieux les éperonner. Il arbore sa version du Jolly Roger - un crâne avec un bâton de berger et un trident se croisant - le "Bateau de Neptune" est en guérilla depuis près de 25 ans pour défendre l’environnement marin : "Tout bateau de pêche navigant sur l’océan est une cible potentielle pour le Sea Shepherd."

Sea Shepherd Conservation Society, P.O. Box 2616, Friday Harbor, WA 98250 (USA). Source : David B. Morris - Earth Warrior (Golden, Colorado, Fulcrum, 1995).http://www.seashepherd.org/

http://fr.wikipedia.org/

Pour en savoir plus

- Cordingly, David - Life Among the Pirates : The Romance and the Reality (London, Little, Brown & Co., 1995)
- Cordingly, David (ed.) - Pirates (London, Salamander, 1996)
- Defoe Daniel - Libertalia, une Utopie Pirate (Paris, Esprit Frappeur, 1998)
- Defoe Daniel - Histoire Générale des plus fameux Pyrates, tomes I et II (Paris, Phébus, 1990)
- Hill, Christopher - Liberty Against the Law : Some Seventeenth Century Controversies (London, Penguin, 1996)
- Hill, Christopher - Radical, pirates ? in Collected Essays, Vol. 3 (Brighton, Harvester, 1986), et in Margaret Jacob et James Jacob (eds.) - The Origins of Anglo-American Radicalism (London, George Allen and Unwin, 1984)
- Klausmann Ulrike, Marion Meinzerin & Gabriel Khun (trad. Nicholas Levi) - Women Pirates and the Politics of the Jolly Roger (Montreal, Black roses Book, 1997)
- Marcus B. Rediker - Beetween the Devil and the Deep blue Sea : Merchant Seamen, Pirates and the Anglo-American Maine World 1700-1750 (Cambridge, Cambridge University Press, 1987)
- Marcus B. Rediker - Liberty beneath the Jolly Roger : The Lives of Anne Bonny and Mary Read, Pirates in M. Creighton and L. Norling (eds.) - Iron Men, Wooden Women : Gender and Atlantic Seafaring, 1700-1920 (Baltimore, John Hopkins University Press, 1995)
- Ritchie, Robert C. - Captain Kidd and the War against the Pirates (Cambridge, Massachusetts and London, harvard University Press, 1986)
- Wilson, Peter Lamborn - Utopies Pirates : Corsaires Maures et Renegados (Paris, Dagorno, 1998)

Do or Die

Source :infokiosque

Bastions pirates a été publié dans la revue Do or Die n° 8

Do or Die est un collectif libertaire anglais qui publie la revue d’écologie radicale du même nom.
Pour en savoir plus :
http://www.eco-action.org/dod/index.html

remerciements à tolkien !
Bastions pirates a été publié dans la revue Do or Die n° 8 (2001).
Traduction FTP.
Pas de copyright.

[1Par exemple, la Compagnie des Indes faillit être mise en déroute par les pirates dans les années 1690. Robert C. Ritchie - Captain Kidd and the War against the Pirates, pp. 128-34

[2Larry Law - Misson and Libertalia (London, A Distribution / Dark Star Press, 1991), p. 6

[3Marcus B. Rediker - Beetween the Devil and the Deep Blue Sea : Merchant Seamen, Pirates and the Anglo-American Maine World 1700-1750, p. 258

[4Rediker, Op. Cit., p. 255 ; Ritchie, Op. Cit., p. 29, 142

[5Rediker, Op. Cit., p. 272 n52, 274 - "plus il y avait de pirates capturés et pendus, plus la cruauté des survivants était grande" ; Ritchie, Op. Cit., p. 2

[6Marcus B. Rediker - Libertalia : The Pirate’s Utopia in David Cordingly (ed.) - Pirates, p. 123

[7Christopher Hill - Radical Pirates ? in Collected Essays, Vol. 3, pp. 162, 166-9 ; Peter Lamborn Wilson - Le Masque de Caliban : L’Anarchie Spirituelle et le Sauvage dans l’Amérique Coloniale in Sakolsky and Koehnline (eds.) - Gone to Croatan : The Origins of North American Dropout Culture (New York / Edinburgh, Autonomedia / AK Press, 1993) p. 107 ; Ritchie, Op. Cit., p. 14-15

[8Jenifer G. Marx - Brethren of the Coast in Cordingly (ed.) - Pirates, pp. 47, 49, 50 ; Ritchie, Op. Cit., pp. 65, 211, 226

[9Richard Platt et Tina Chambers (photographe) - Pirate (London, Dorling Kindersley, 1995), pp. 20, 26-7 ; Ritchie, Op. Cit., p. 22-23

[10Hill - Radical Pirates ?, pp. 169-170

[11Rediker, Op. Cit., p. 258 ; Hakim Bey - TAZ : Zone Autonome Temporaire (Paris, L’Eclat, 1997), voir aussi L’Art du Chaos (Paris, Nautilus, 2001

[12Ritchie, Op. Cit., pp. 65, 117-8

[13Ibid. pp. 42, 234

[14Daniel Defoe (Captain Charles Johnson) - Histoire Générale des Plus Fameux Pyrates (Paris, Phébus, 1990)

[15Ritchie, Op. Cit., p. 124

[16Lawrence Osborne - A Pirate’s Progress : How the Maritime Rogue Became a Multiracial Hero Lingua Franca, Mars 1998

[17Ritchie, Op. Cit., p. 59, 258, n38 ; Rediker, Op. Cit., p. 264 ; Defoe, Op. Cit., pp. 212, 308, 343.

[18Ritchie, Op. Cit., p. 59, 258, n38 ; Rediker, Op. Cit., p. 264 ; Defoe, Op. Cit., pp. 212, 308, 343

[19Ritchie, Op. Cit., pp. 87-88, 117 ; Douglas Botting and the Editors of Time-Life Books - The Pirates (Amsterdam, Time Life, 1979), p. 142 ; Rediker, Op. Cit., p. 278 ; Defoe, Op. Cit., p.7

[20Cordingly - Life Among the Pirates, p. 271 ; Ritchie, Op. Cit., p. 234 ; Botting - The Pirates, p. 61 ; Rediker, Op. Cit., pp. 269-272

[21Rediker, Op. Cit., p. 269 ; Peter Lamborn Wilson - Utopies Pirates : Corsaires Maures et Renegados (Paris, Dagorno, 1998)

[22Rediker, Op. Cit., pp. 255, 274, 277 ; Ritchie, Op. Cit., p. 234 ; Botting - The Pirates, pp. 48, 166 ; Platt and Chambers - Pirate, p. 35

[23Rediker, Op. Cit., pp. 133-4 ; W. Jeffrey Bolster - Black Jacks : African American Seamen in the Age of Sail (Harvard University Press, 1997), pp. 12-13 ; Defoe, Op. Cit., p. 228

[24Rediker, Op. Cit., p. 133 ; Bolster - Black Jacks, p. 15

[25Rediker, Op. Cit., pp. 133-4, 249 n37 ; Bolster - Black Jacks, p. 14 ; Defoe, Op. Cit., p. 82.

[26Rediker, Op. Cit., pp. 134, 249 n42, 250 n44 ; Bolster - Black Jacks, pp. 50-1

[27Rediker, Op. Cit., p. p. 134 ; Defoe, Op. Cit., p. 273

[28Lionel Wafer - Voyage de Mr. Wafer, Où l’on trouve la description de l’Isthme de l’Amérique (1723) <http://www.buccaneer.net/piratebooks.htm>

[29Platt and Chambers - Pirate pp. 26-7 ; Rediker, Op. Cit., p. 146 ; Cordingly - Life Among the Pirates, p.7

[30Defoe, Op. Cit., p. 131 ; Ritchie, Op. Cit., pp.86-7, 104, 118

[31Ritchie, Op. Cit., pp. 84-5

[32Ibid. pp. 59, 69, 72-3 ; Cordingly - Life Among the Pirates, p.64

[33Cordingly - Life Among the Pirates, p.115

[34Ibid. pp. 122-5 ; Marcus B. Rediker - Liberty beneath the Jolly Roger : The Lives of Anne Bonny and Mary Read, Pirates in M. Creighton and L. Norling (eds.) - Iron Men, Wooden Women : Gender and Atlantic Seafaring, 1700-1920 (Baltimore, John Hopkins University Press, 1995), p. 9 ; Ritchie, Op. Cit., pp. 123-4 ; Marx - Brethren of the Coast, p. 39

[35Rediker - Liberty beneath the Jolly Roger, pp. 8-11, 233 n26 ; Defoe, Op. Cit., p. 212 ; Platt and Chambers - Pirate pp. 32-3, 62 ; Rediker, Op. Cit., p. 285 ; Klausmann Ulrike, Marion Meinzerin & Gabriel Khun (trad. Nicholas Levi) - Women Pirates and the Politics of the Jolly Roger, pp. 36-7

[36Platt and Chambers - Pirate p. 33 ; Rediker - Liberty beneath the Jolly Roger, pp. 10, 232-233 n24 n25

[37Rediker - Liberty beneath the Jolly Roger, pp. 3-5, 8, 13 ; Platt and Chambers - Pirate, pp. 32-3

[38Rediker - Liberty beneath the Jolly Roger, pp. 5-7, 13-16, 234 n41 ; Platt and Chambers - Pirate pp. 32-3 ; Defoe, Op. Cit., pp. 623-6

[39Rediker - Liberty beneath the Jolly Roger, pp. 7-8

[40Ibid. pp. 2-3, 5-7, 13-14 ; Platt and Chambers - Pirate pp. 32, 35 ; Defoe, Op. Cit., pp. 158-9

[41Cette histoire est tirée de l’ouvrage du Captain Charles Johnson, General History of the Robberies and Murders of the most notorious Pyrates, publié à Londres en 1728, (Defoe, Op. Cit. 1, pp. 383-439), voir aussi Libertalia, une utopie pirate (Esprit Frappeur), Histoire des pyrates (Phébus) de Daniel Defoe, ainsi que Utopies Pirates (Dagorno) de Peter Lamborn Wilson

[42Ritchie, Op. Cit. 2, pp. 153-4, 228, 235 ; Cordingly - Life Among the Pirates, p.237

[43Ritchie, Op. Cit. 2, p. 235 ; Bolting - The Pirates, pp.174-5

[44Ritchie, Op. Cit., pp. 7, 128, 138, 147-51

[45Rediker, Op. Cit., pp. 137-8

[46Howard J. Ehrlich (ed.) - Reinventing Anarchy, Again (Edindburgh, AK Press, 1996), p. 31

[47Cordingly, David - Life Among the Pirates, pp. 2, 138-143 : "Les drapeaux rouges ou ’drapeaux de sang’ sont mentionnés aussi souvent que les drapeaux noirs jusqu’à la moitié du dix-huitième siècle" ; Ritchie, Op. Cit., pp.22 ; Platt and Chambers - Pirate, p. 35

[48Woodcock - Anarchism : A History of Libertarian Ideas and Movements (London, Penguin, 1963), p. 284 ; Jason Wehling - History of the Black Flag : Why Anarchists fly it. What are its origins ?, in Fifth Estate (Vol. 32, # 1, Summer 1997), p. 31 : Le Pirate : Journal Quotidien # 1-4 (1871) in University of Sussex Commune Collection - suite de Le Corsaire.

[49John Nicholson - The Great Library Riot of 1780 (London, Bozo, 1985), pp. 44-46

[50Bolster - Black Jacks, pp. 152-3


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