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Le retour de Marx

Pièce de theâtre
lundi 15 septembre 2008 par marius

Hooward ZIN, Universitaire étasunien et auteur de grandes fresques, signe là une pièce de theâtre qui à eu du succès aux USA, mais aussi en France.

Karl Marx le retour
Par Howard ZINN

Les éditions Agone nous proposent de lire une surprenante et revigorante courte «  pièce historique en un acte », intitulée Karl Marx, le retour (celle-ci, depuis 1995, a été jouée sur diverses scènes américaines sous le titre Marx in Soho). Avant la seconde guerre mondiale, élevé dans une famille pauvre, Howard Zinn, son auteur, fait très tôt l’expérience de l’injustice ; évoquant ses parents, il note aujourd’hui que leur « existence était une lutte perpétuelle pour la survie »). Refusant cette société foncièrement inégalitaire, il comprend que c’est en fait le système lui-même qui n’est pas « juste ». Lecteur de Dickens et de Steinbeck, il découvre à dix-sept ans (en 1939, alors qu’il travaille sur un chantier naval de Brooklyn) le Manifeste de Marx et de Engels ; c’était, précise-t-il dans son Avant-propos à cette édition, « une pensée très stimulante ». Pour lui, les propos des rédacteurs de cet ouvrage ne renvoient pas seulement à un contexte historique précis (à « une aberration du XIXe siècle anglais »), mais s’attachent à décrypter la « vérité fondamentale du système capitaliste ».
Devenu professeur (il enseigne l’histoire politique à la Boston University), il reste fidèle à une approche libertaire des écrits de Marx. Dans les années 60-70, il s’intéresse à l’anarchisme et participe aux luttes de la Nouvelle Gauche, prenant une part active au mouvement contre la guerre du Vietnam
. Plus tard, tout en travaillant à son Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours (déjà traduite et publiée chez Agone), il écrit une pièce de théâtre consacrée à Emma Goldman, féministe et anarchiste américaine ; l’une des scènes de cette pièce a pour protagonistes « de jeunes révolutionnaires newyorkais » confrontant «  les idées de Marx et de Bakounine dans un café de Lower East Side ».

Alors que les régimes qui prétendaient être socialistes s’effondrent et que les représentants des intérêts du Capital crient avec indécence leur victoire finale, Howard Zinn conçoit ce Karl Marx, le retour pour, simultanément, montrer «  un Marx furieux que ses conceptions aient été déformées jusqu’à être identifiées aux cruautés staliniennes » et démontrer « que la critique marxiste du capitalisme reste fondamentalement vraie ». Cette pièce-monologue, qui mêle références réelles et lignes de fuite imaginaires, est certes grave, mais non dénuée d’humour.

Karl Marx, arrivé en « transports en commun », un sac de sport à la main, se retrouve à Soho (non pas à Londres, mais, à cause d’un « cafouillage bureaucratique », à New York) alors que le XXe siècle s’achève. «  J’ai lu vos journaux… Ils proclament tous que mes idées sont mortes », constate-t-il, poursuivant aussitôt en interpellant ainsi directement ses interlocuteurs : « Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi il était nécessaire de me déclarer mort encore et encore ? ». Le ton est immédiatement donné ! Tout en livrant quelques souvenirs intimes (concernant ses relations familiales…) et politiques (sur ses désaccords avec Bakounine et avec Proudhon, sur la Commune de Paris, cette «  véritable démocratie »…), Marx regrette avec colère que des « dogmatiques » aient pu trahir ses idées et prétendre parler « au nom du prolétariat ». De même, en rappelant ses propres thèses sur ce que nous nommons pudiquement la globalisation néo-libérale (le capitalisme a besoin du marché libre afin de « faire plus de profit – encore ! encore ! »), il scrute avec fureur les conséquences désastreuses de cette folle quête (les sans-abris, les licenciements massifs, la marchandisation exacerbée des êtres humains…).
Aussi, l’idée de révolution, à l’ère des progrès scientifiques et technologiques et de la culture mondiale involontairement favorisée par le capitalisme, ne lui semble pas démodée : «  C’est déjà arrivé. Et ça peut se reproduire, à une bien plus grande échelle ». Avant que le rideau ne tombe, Marx, buvant une dernière gorgée de bière, invoque ironiquement le retour du Messie. Il s’exclame alors avec malice : «  Le Christ ne pouvait pas le faire, alors c’est Marx qui est venu… » !
Cette pièce, alerte et lucide, a le mérite d’affirmer qu’un retour à Marx, offensif et inventif, s’impose.

Traduit de l’anglais par Thierry Discepolo, Marseille, Ed. Agone, 2002,92p.


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