robin-woodard

Les agrocarburants : une catastrophe sociale, économique et écologique

Par Christian Berdot
vendredi 12 septembre 2008 par Christian Berdot

Le mercredi 10 septembre, une étude commandée par la région Aquitaine sur les carburants végétaux était présentée au siège de l’Association des Régions de France, à Paris.

Dans l’article publié hier, dans Sud-Ouest, sous la plume de Jacques Ripoche " Biocarburants : les insuffisances des études ", il n’était question que de doutes concernant l’éthanol de blé et de betteraves. L’éthanol de maïs qui concerne directement notre région serait-il épargné par l’étude ?

Il n’en est rien. Même si les choses sont toujours dites dans un langage très technique et très diplomatique, plusieurs arguments massus contre l’éthanol de maïs peuvent être trouvés.

Voici ce qui est écrit à propos de l’étude PWC (reprise par l’ADEME) qui a servi de base pour lancer le programme éthanol en France :

– le premier (argument), fort simple, touche à la méthode d’affectation généralement mise en oeuvre lors de l’étude des filières pétrolières. Les justifications relatives à la méthode d’affectation à appliquer à une raffinerie conduisent à retenir la méthode d’affectation énergétique, puisque le contenu énergétique constitue généralement le paramètre d’intérêt des produits [22]. L’avantage des produits pétroliers est que ceux-ci présentent des densités énergétiques, c’est-à-dire des quantités d’énergie par unité de masse, relativement similaires, ce qui implique que l’affectation massique devient une très bonne approximation de l’affectation énergétique et est donc appliquée dans un souci de simplification [21, 22].

Cette particularité des produits pétroliers n’est pas valable pour les différents produits issus des filières de carburants végétaux, ce qui implique que l’approximation entre méthodes massique et énergétique n’est également plus valable. Ainsi la recherche d’une homogénéité méthodologique entre filières pétrolières et végétales de carburants voudrait que la méthode d’affectation à employer soit énergétique, et non massique. (p.132)

Essayons de présenter les choses clairement.

Lors de la fabrication de l’essence, le co-produit a une densité énergétique équivalente à l’essence. On attribue donc les coûts de fabrication au pro rata de la masse, ce qui est logique puisque les deux produits ont une valeur énergétique proche. C’est cette même logique qui a été appliquée à la fabrication de l’éthanol. Mais c’est là que commence l’erreur de méthode, car il ne s’agit plus d’un co-produit, mais de résidus sans valeur énergétique...

Explication :

Lors de la fabrication de l’éthanol de maïs on a dans un premier temps séparation de l’amidon du reste de la plante. Ensuite, avant de devenir de l’éthanol, l’amidon subit plusieurs opérations qui demandent beaucoup d’énergie. L’essentiel de la dépense énergétique lors du processus de fabrication de l’éthanol est concentrée sur ces opérations ( hydrolise, fermentation, distillation) et ne concerne pas les résidus.

Même si les résidus n’ont aucun pouvoir énergétique - puisque tout l’amidon en a été extrait - il ne représentent pas moins de 57% de la masse des produits finaux (éthanol, CO2 et vinasses). C’est pour cela que l’étude PWC/ADEME leur impute 57% de l’énergie dépensée !

" C’est comme si un éleveur laitier désireux de calculer le coût énergétique du lait concentré n’en imputait qu’un tiers au lait, sous prétexte que la vache produit aussi deux tiers de lisier ! " (Patrick Sadonne - EDEN)

C’est essentiellement grâce à ce tour de passe-passe que l’étude PWC/ADEME a pu présenter les résultats prometteurs que l’on connaît et c’est sur la base de ces promesses peu sérieuses que la Région Aquitaine donnait sa subvention et que le "plan national éthanol" était lancé.

Voici par ailleurs, ce qu’écrivent très prudemment les auteurs dans les conclusions de leur chapitre sur l’éthanol de maïs aux Etats-Unis (pp. 41-47) :

Ceci représente, au mieux, une économie de 32 % d’énergie fossile par rapport à la production d’essence (pour un bilan de l’essence à 1100 kJ / MJ). Ainsi, si l’avantage, voire le léger désavantage, de la filière pourrait être quantifié plus précisément, il apparaît que la filière d’éthanol issu de maïs aux Etats-Unis ne présente qu’un intérêt relativement limité en termes de réduction de consommation d’énergie d’origine non-renouvelable. (p. 59)

Tout ceci est dit très diplomatiquement. En clair, cette filière n’apporte rien. De plus, si on compare cet "intérêt limité" aux milliards de dollars et euros de subvention/défiscalisation qu’elle coûte, la messe - d’enterrement - est dite.

Et on n’a même pas besoin d’évoquer d’autres graves problèmes comme l’eau, les engrais, les dégagements de N2O (310 plus actif que le CO2), les changements directs ou indirects d’affectation des sols, ni que les filières d’élevage rapide n’utiliseront pas les drèches de maïs car trop pauvres en protéines comparées au soja ou mêmes aux drèches de colza, ni que l’éthanol est mélangé sous forme d’ETBE, etc, etc,...

Cette étude confirme bien le constat que faisait Alain Rousset, il y a un an : "Les agrocarburants sont une arnaque écologique".

Pour les Amis de la Terre, "Il serait temps que l’agriculture recommence à nourrir les humains et arrête d’engraisser les actionnaires des industries de la chimie, des semences et des OGM. Commençons par supprimer toute aide à ces filières. "


C. Berdot

Référent de la campagne OGM/Agrocarburants
des Amis de la Terre-France

Mont-de Marsan le 9 septembre

Les agrocarburants : une catastrophe sociale, économique et écologique

Les Amis de la Terre sont heureux que Mr Rousset prenne le relais des associations pour dénoncer le scandale des agrocarburants.

Alors qu’une université aussi reconnue internationalement que l’Université de Cornell trouvait qu’il fallait 1,3 de pétrole pour fabriquer l’équivalent d’un litre de pétrole en éthanol, l’étude reprise par l’ADEME arrivait, elle, à des résultats extraordinaires. C’est sur la base de cette étude manquant de sérieux scientifique que le coûteux programme d’éthanol a pu être lancé en France.

Depuis le début, les Amis de la Terre dénonce le gaspillage d’argent public. En ces temps de lutte contre les changements climatiques, on essaye de diminuer les quantités de gaz rejetées. La tonne de CO2 évitée en utilisant du bois en chaudière collective revient à 30 Euros. Pour l’éthanol de maïs, on atteint 2155 euros !

L’eau devient une denrée rare et pourtant. Prenons une voiture qui consomme 6 litres d’essence au 100 km. La quantité d’eau qu’il faut pour faire pousser le maïs nécessaire pour la faire rouler, représente au minimum 72 litres d’eau au km parcouru ! C’est irresponsable !

Les Amis de la Terre ont dénoncé très tôt la création de la filière éthanol comme une filière spéculative. Les résultats sont là : l’OCDE annonce que dans les 10 années à venir les prix alimentaires peuvent augmenter de 50% et la Banque Mondiale dans sa dernière étude attribue pour 75% cette hausse aux agrocarburants. On aura tout vu : les contribuables subventionnent eux-mêmes l’augmentation des prix alimentaires !

Pendant que ces filières détournent des milliards d’euros et de dollars, tant aux Etats-Unis que dans l’Union Européenne, l’ONU annonce que 300 millions d’humains supplémentaires ne peuvent plus se payer à manger. C’est certainement ce qu’on appelle l’aide au développement.

Les banques et les fonds d’investissements achètent ou louent à tour de bras du foncier dans les pays du Sud pour faire des agrocarburants. Conséquence : la Commissaire aux réfugiés de l’ONU annonce pour les années qui viennent, 60 millions de personnes expulsées de leurs terres, 60 millions de «  réfugiés énergétiques ».

Au lieu d’organiser des colloques pour savoir comment nourrir la planète demain, il serait beaucoup plus efficace d’arrêter immédiatement les politiques qui affament aujourd’hui 1 milliard d’humains, en commençant par supprimer toute subvention publique au « bio » éthanol.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 996 / 599469

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Dossiers, alternatives, politiques et réflexions  Suivre la vie du site Écologiques   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.21 + AHUNTSIC

Creative Commons License