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Élections législatives en Grèce : les urnes sanctionnent l’austérité

Traduit par Laurelou Piguet
lundi 7 mai 2012 par Pierre

Les Grecs ont voté contre l’austérité lors de ces élections législatives de crise. Le bipartisme du Pasok et Nouvelle-Démocratie a volé en éclat au profit des formations opposées aux plans de rigueur imposés par l’UE et le FMI. Les tractations pour la formation du futur gouvernement risquent d’être compliquées alors qu’aucune majorité ne se dégage.

I Kathimerini, le 6 mai 2012

Après dépouillement d’environ 95% des bulletins, les résultats des législatives en Grèce sont quasiment définitifs. Les conservateurs de Nouvelle-Démocratie (ND° arrivent en tête avec environ 20% des voix (19,68%), devant la coalition de gauche radicale Syriza à 16,34%.

Les socialistes sont troisièmes avec à peine 13,55%. Suivent le parti Grecs indépendants (nouveau parti fondé par des dissidents du parti Nouvelle-Démocratie, autour de 10%, le Parti communiste à environ 8%, puis les néo-nazis de l’Aube dorée légèrement sous la barre des 7% et la Gauche démocratique (Dimar) à 6%.

Viennent ensuite, avec moins de 5% des votes : le parti d’extrême-droite Laos (2,88%), les Verts-écologistes (2,79%), et l’Alliance démocratique (parti libéral fondé par Dora Bakoyannis, dissidente de ND, en 2009) avec 2,59%. Enfin, quelques partis recueillent moins de 2% des suffrages : Création, maintenant !, Action-Alliance libérale et l’Accord social (fondé par des dissidents du Pasok).

Ces résultats signifient que les deux poids lourds, Pasok et ND, de la classe politique grecque rassemblent à eux deux à peine un tiers des voix et 149 députés sur les 300 que comptent le Parlement grec. En 2009, le socialistes et conservateurs cumulaient plus des trois-quarts des votes.

Les électeurs grecs ont réagi contre l’austérité en favorisant la montée des partis opposés aux multiples plans de rigueur imposés par la Troïka. La crise a fait voler en éclat le bipartisme qui prévalait depuis la chute de la dictature, il y a 38 ans. La coalition de gauche radicale Syriza triple son score de 2009, tandis que le Pasok enregistre son score le plus faible.L’abstention approche les 40%. Elle avait de 30% aux dernières élections de 2009 et de 24% en 2004.

Prochaine étape : la formation d’un gouvernement

Les onze jours à venir vont être cruciaux : c’est pendant cette période, selon les dispositions de la Constitution hellène, que les différentes possibilités de gouvernement vont être étudiées. Le nouveau Parlement sera convoqué le 17 mai. Dans la mesure où les résultats montrent qu’aucune majorité absolue ne se dégage, la procédure constitutionnelle qui prévoit que le Premier ministre soit choisi en la personne du chef de parti ayant obtenu la majorité de sièges, ne pourra vraisemblablement pas s’appliquer. En conséquence de quoi c’est une autre procédure qui sera mise en œuvre, celle des mandats exploratoires.

Selon la Constitution, le président de la République confiera au chef de ND, parti obtenant la majorité relative, ce mandat exploratoire pour qu’il précise ses capacités à former un gouvernement susceptible d’obtenir la confiance du Parlement. Antonis Samaras aura ainsi trois jours pour rechercher une coalition avec un ou d’autres partis pour obtenir une majorité d’au moins 151 sièges.

Si cela s’avère impossible, ce mandat revient, dans un délai de trois jours également, au chef du parti qui arrive en deuxième position, en l’occurrence il s’agirait d’Alexis Tsirpas, chef du Syriza. Enfin, en cas d’échec, le même mandat est confié au chef du troisième parti en présence au Parlement, à savoir Evangélos Vénizélos pour le Pasok. En cas d’échec total, le Président convoquerait les chefs de parti et, si l’impossibilité de former un gouvernement qui ait la confiance du Parlement se confirmait, il pourrait être amené en fin de compte à dissoudre le Parlement et demander de nouvelles élections.

Le Pasok abattu, ND en première ligne

Le dirigeant du Pasok Evangélos Vénizélou s’exprimera quand les résultats seront officiellement arrêtés a déclaré la porte-parole Fofi Genimata. Il le fera « par respect pour les citoyens, pour protéger l’unité nationale et la cohésion sociale, et pour protéger l’image internationale du pays et sa crédibilité », a-t-elle précisé.

Elle a expliqué que ce scrutin ne pouvait se comparer à aucun autre dans les dernières décennies et qu’il était particulièrement difficile d’analyser la volonté du peuple. Des consignes informelles ont été données aux cadres du mouvement pour qu’ils évitent les plateaux télévisés jusqu’à ce que la situation soit clarifiée et que le président du Pasok se soit exprimé.

Le chef de ND a, lui, réagi dimanche soir aux résultats. Il conditionne sa proposition de gouvernement d’unité nationale à deux choses : le maintien du pays dans la zone euro et la modification des politiques du Mémorandum pour que le pays retrouve le chemin de la croissance et puisse souffler un peu. Il a soutenu que la politique actuelle, dont la responsabilité incombe au Pasok, a mené le pays et la société aux limites du supportable parce qu’elle ne prenait pas en compte des politiques de croissance que lui-même proposait depuis le début.

« Nouvelle-Démocratie apparaît comme le premier parti du pays, ce qui accroît ses responsabilités. Je comprends la colère du peuple mais notre formation politique ne laissera pas la Grèce sans gouvernement. »

Panos Kammenos, pour les Grecs indépendants, s’est montré satisfait des résultats de sa formation. Il a déclaré que le pays avait besoin d’un « gouvernement avec un but national ». Il refuse de collaborer avec Nouvelle-Démocratie et le Pasok, même s’il n’a pas exclu de travailler avec des députés de ces partis qui seraient en désaccord avec leur direction.

« Nous avons déposé des propositions. Que ceux qui les approuvent nous rejoignent. » Il a ajouté que le SYRIZA était un parti avec lequel « nous avons des points communs sur les questions d’économie. Nous sommes cependant en désaccord avec eux sur l’immigration clandestine et les relations avec la Turquie. » Il a expliqué que « messieurs Vénizélos [Pasok] et Samaras [ND] sont aux ordres de messieurs Raichebach, Fouchtel et Schoeble. » Il a également rejeté sa participation à un gouvernement de technocrates : « Quels technocrates ? Les technocrates, ce sont les banquiers qui les nomment, pas le peuple ».

Source : Le Courrier des Balkans


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