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Albanie : les mineurs de Bulqizë touchent à nouveau le fond

Traduit par Mandi Gueguen
lundi 25 juillet 2011 par Pierre

Propriétaire de la mine de Bulqizë - la plus grande d’Albanie - depuis 2006, l’entreprise autrichienne ACR n’a jamais investi le moindre argent dans la sécurisation des installations. Pourtant ses bénéfices ont augmenté en flèche grâce à la hausse des cours du chrome. Une fois encore, les mineurs se sont mis en grève pour protester contre les dangers qu’ils encourent à descendre jusque 1.500 mètres sous terre pour un salaire de misère. Reportage dans les montagnes isolées du Nord-Est.

Shekulli, le 18 juillet 2011

À Bulqizë, bourgade de 12.000 âmes située dans les montagnes du Nord-Est de l’Albanie, se trouve une immense mine de chrome. Découvert en 1948, le gisement a été rapidement exploité grâce à la technologie soviétique. À l’époque communiste, jusqu’à 7.500 mineurs ont travaillé sur le site. Aujourd’hui, il ne sont plus que 700. Le chiffre était même tombé à 650 au début des années 2000 avant que la très forte hausse des cours du chrome ne permette l’embauche de nouveaux salariés.

Le 3 juillet, ces hommes ont arrêté le travail et se sont lancés dans un large mouvement de protestation contre leurs conditions de salaire et de sécurité. Alors que les profits de l’entreprise ACR qui exploite la mine se comptent en millions de dollars, les galeries sont dans un état de sécurité lamentable. « Descendre dans la mine signifie ne jamais savoir si on va pouvoir remonter à la surface. Hormis un casque de protection, nous n’avons aucun moyen de sécurité. Le chrome est chargé sur des brouettes qu’on n’utilisait plus même au temps du communisme », déplore Baki Bajraktari, l’un des mineurs grévistes.

Les mineurs revendiquent une hausse de 20% de leurs salaires et quelques autres avantages sociaux. Mais, ce ne sont pas leurs seules exigences. Ils demandent aussi de nouveaux investissements, la condamnation des tunnels en mauvais état et l’ouverture de nouvelles galeries. « Nous voulons creuser de nouvelles galeries sur neuf nouveaux niveaux, car les réserves actuelles de chrome sont en train de se tarir », précise Baki Bajraktari.

Du côté des dirigeants d’ACR, on se dit prêt à négocier avec les mineurs concernant leurs revendications salariales et de sécurité. Pourtant, Luan Nika, à la tête des grévistes, estime que ses collègues se sentent menacés par l’entreprise autrichienne. « Il n’y a aucune négociation ni aucun dialogue », affirmait-il le 6 juillet, trois jours après le début de la grève. Il précisait alors que les dirigeants locaux d’ACR avaient envoyé une lettre incitant les salariés à reprendre immédiatement le travail sous peine de se retrouver au chômage technique pendant plusieurs mois.

Aucune rénovation depuis la privatisation de la mine

Depuis les années 1990, aucun travaux d’aménagement ou de rénovation n’a eu lieu dans la mine, et son état se dégrade de plus en plus. Cédée en concession en 2001 à DARFO, une entreprise italienne qui l’a exploitée sans jamais réinvestir dans sa rénovation, la mine a ensuite été revendue à l’autrichien ACR en 2006. Le contrat de la concession voté au Parlement obligeait clairement la société à investir au moins 22 millions d’euros d’ici la fin 2010 pour rénover les moyens techniques employés et améliorer les conditions de travail des mineurs. Pour le moment, rien n’a été fait dans ce sens.

L’industrie du chrome est un des piliers de l’économie albanaise et de ses exportations. Le secteur peut rapporter jusqu’à 300 millions de dollars de revenus annuels. Actuellement, 5.000 tonnes de chrome sont extraites chaque mois, au prix de 400 dollars le tonne. Une fois le raffinement effectué dans l’usine d’Elbasan, au Sud-Est de Tirana, le prix atteint 4.000 dollars le tonne. Selon les mineurs, plus de 800.000 tonnes de chrome ont été extraits de la mine au cours de la dernière décennie.

Plus de quinze jours après le début des protestations, une partie des mineurs s’est rendu à Tirana pour manifester devant le siège du Premier ministre afin de faire entendre leurs revendications de hausse des salaires, d’amélioration des conditions de travail et de baisse de l’âge de départ à la retraite.

Pendant ce temps, la grève se poursuit à Bulqize. Les mineurs se disent désormais prêts à durcir leur action et à se lancer dans une grève de la faim si rien n’est fait pour eux. Trente mineurs dont l’état de santé le permet s’y préparent déjà. Le président de la Confédération des Syndicats de mineurs, Kol Nikolla, a précisé que lors de leur rencontre avec les dirigeants de la compagnie ACR, les revendications des mineurs ont été acceptées, en principe.

Source : Le Courrier des Balkans


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