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La Roumanie donne son feu vert à l’installation du bouclier antimissile américain

par Mihaela Iordache
jeudi 19 mai 2011 par Pierre

Bucarest a donné son accord le 3 mai dernier : une partie du bouclier antimissile américain, prévu pour protéger l’Europe d’une éventuelle menace iranienne, sera installée en Roumanie. 24 missiles intercepteurs SM3 devraient être déployés sur la base de Deveselu, abandonnée depuis 2002. Le projet coûtera 400 millions de dollars et devrait entrer en fonction en 2015.

Osservatorio Balcani e Caucaso, le 5 mai 2011

Au lendemain même de l’annonce de l’assassinat d’Oussama Ben Laden par les forces spéciales américaines, la Roumanie a voulu féliciter à sa manière les États-Unis. Elle a rendu officiel le cadeau que Bucarest offre à ses alliés privilégiés : l’ancienne base aérienne de Deveselu, un terrain d’environ 500 hectares, situé dans la province d’Olt, en Roumanie du sud, près de Craiova. Les Américains pourront y installer les éléments clés du bouclier antimissile.

Le village de Deveselu se trouve à 300 km de la capitale et ses 3.000 habitants ont été les premiers à se féliciter de l’annonce de l’arrivée imminente des Américains et de leur argent. Le pays entier n’a pas tardé à ironiser sur l’américanophilie soudaine du village. Le Président roumain Traian Băsescu a annoncé la conclusion positive des négociations, en expliquant que la base roumaine partiellement cédée aux Américains accueillerait des éléments d’interception du bouclier antimissile.

Deveselu est une petite localité en déclin, mais qui possède une longue tradition en matière d’aviation militaire. C’est ici qu’a été ouverte en 1952, avec l’aide des Soviétiques, l’une des plus grandes bases d’aviation militaire de Roumanie. Il s’agissait alors de défendre l’URSS contre une attaque potentielle des États-Unis et de l’Otan. Soixante ans plus tard, la donne a changé et la base va devenir un point d’ancrage stratégique pour les USA. On prévoit, d’ici 2015, l’arrivée de 200 militaires américains, de missiles intercepteurs et d’un puissant système de radars.

Tradition aérienne

« Près de 120 paramètres doivent être respectés pour assurer la sécurité du système », a expliqué le Président roumain, qui a cependant tenu à préciser que la base aérienne resterait sous contrôle roumain et qu’une partie seulement de sa superficie serait utilisée par le système antimissile. Selon la vice-secrétaire d’Etat américaine Ellen Tauscher, qui séjournait en Roumanie, le coût de réalisation du système de défense antimissile s’élèvera à 400 millions de dollars, et son entretien coûtera 20 millions par an. Ce seront naturellement les États-Unis qui s’acquitteront de la facture. La Roumanie met à disposition la base militaire et se chargera de sa sécurité.

Ellen Tauscher et un haut fonctionnaire du ministère roumain des Affaires Etrangères, Bogdan Aurescu, ont assuré que le bouclier antimissile n’aurait aucun impact négatif sur l’environnement. Les fermiers de Deveselu avaient exprimé leur inquiétude à ce sujet, en craignant pour leurs cultures de maïs et de pastèques. Pas de problèmes pour les fermiers, ni pour les Russes d’ailleurs. Ces derniers ne devraient pas s’inquiéter, affirme la vice-Secrétaire d’État américaine, parce que le bouclier les protégera aussi - du moins « s’ils coopèrent », a-t-elle précisé.

Ellen Tauscher, de passage à Bucarest au moment même où l’on fêtait aux États-Unis l’élimination de Ben Laden, a voulu rappeler que « la Roumanie était un ami proche et un allié de valeur au sein de l’Otan ». En outre, Bucarest et Washington coopèrent « dans les plus graves crises actuelles en matière de sécurité, comme en Afghanistan ou en Libye ». Dans les années à venir, selon Ellen Tauscher, les États-Unis renforceront leurs relations bilatérales avec la Roumanie, pour rendre l’Otan encore plus puissant ». De son côté, le Premier ministre roumain Emil Boc, n’a pas caché sa satisfaction à l’égard de ce projet : « Jamais dans son histoire la Roumanie n’a eu de tels systèmes de sécurité ».

Le bouclier antimissile doit être capable d’intercepter et de détruire des missiles envoyés par des pays hostiles sur des objectifs militaires américains ou alliés. Il prévoit aussi la défense contre les missiles non nucléaires de court et de moyen rayon d’action, qui pourraient venir d’Iran ou de Corée du Nord. Les missiles américains qui arriveraient à Deveselu sont de type Standard Missle (SM) 3 et disposent d’un rayon d’action dépassant les 500 km. Le missile SM3 peut être utilisé uniquement pour se défendre contre d’autres missiles, et les Américains assurent qu’ils l’utiliseront seulement s’ils étaient attaqués. D’ici 2018, une base américaine du même type devrait être construite en Pologne.

Le Conseil Suprême pour la Défense de la Roumanie a donné son feu vert a l’utilisation de l’aéroport Mihail Kogalniceanu par les avions américains et à celle du port de Constanţa pour le transit des militaires et des équipements techniques vers l’Irak et l’Afghanistan.

Prisons secrètes

Hasard ou coïncidence, c’est précisément le jour où a été annoncée la mise à disposition de la base aérienne de Deveselu aux alliés américains que la chaîne télévisée CBS a affirmé que Ben Laden aurait été localisé grâce à des informations provenant de la Roumanie.

Des membres d’Al Qaeda auraient été interrogés par la CIA dans les prisons secrètes présentes en Roumanie et en Pologne. Bucarest n’a rien confirmé, car les autorités roumaines ont toujours démenti l’existence de prisons secrètes de la CIA sur le territoire national.

Source : Le Courrier des Balkans