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Malgré les risques sismiques, la Turquie maintient son programme nucléaire

par Thomas Seibert
lundi 28 mars 2011 par Pierre

Le nucléaire fait de nouveau débat en Turquie : malgré la catastrophe au Japon, le gouvernement a réaffirmé sa volonté de poursuivre son programme de construction de centrale. L’opposition et les militants se dressent contre ce choix qu’ils qualifient d’irresponsable compte tenu de la menace sismique réelle dans le pays. La première centrale nucléaire turque devrait être achevée d’ici 2019.

The National, le 16 mars 2011

« Notre détermination concernant le développement du nucléaire en Turquie est inchangée » a déclaré cette semaine Taner Yildiz, le ministre turc de l’Énergie. Le ministre a ajouté, en soutien à son propos, que les réacteurs concernés par l’accident au Japon étaient vétustes : « c’est une technologie vieille de 40 ans. Aujourd’hui, la sécurité est bien mieux assurée ».

Ces déclarations contrastent toutefois avec l’inquiétude manifestée par d’autres États, comme l’Allemagne et la Suisse, qui, à la lumière de la catastrophe, ont annoncé leur intention de revoir leurs positions concernant l’usage de l’énergie nucléaire.

Le projet de construction d’une centrale nucléaire est un projet ancien en Turquie, mais qui a avorté plusieurs fois. C’est en 2009 que le projet est réactualisé : Ankara lance alors un appel d’offre, auquel seule la Russie répond. Un accord est signé fin 2010, prévoyant la construction des centrales et leur gestion sera confiée à des entreprises russes. La première centrale devrait voir le jour entre 2016 et 2019.

Une opposition mobilisée

Les opposants au nucléaire considèrent que le risque sismique, sur tout le territoire turc, fait du nucléaire une technologie trop dangereuse pour que son développement soit encourage. En effet, de petits tremblements de terre sont enregistrés dans le pays presque chaque jour, et des dizaines de milliers de personnes ont disparu ces dernières décennies suite à des tremblements de terre plus importants. En 1999, par exemple, près de 20.000 personnes sont mortes dans un séisme de magnitude 7,4 sur l’échelle de Richter, survenu dans le Nord-Ouest du pays. Par ailleurs, un séisme d’amplitude 4,6 sur l’échelle de Richter a récemment frappé la ville de Van, en Anatolie orientale. Si ni dommages ni blessés ne sont à déplorer, c’est sans nul doute un risque à prendre en compte.

En effet, Pınar Aksoğan, experte en énergie au sein de l’association Greenpeace prend acte du fait que de nombreux pays adoptent désormais ouvertement un regard critique sur la technologie nucléaire, et y oppose l’attitude inchangée des autorités turques : « que fait Taner Yildiz, notre ministre de l’Énergie ? Il cache au grand public la crise nucléaire, et fait comme si tout était sous contrôle ». Pınar Aksoğan l’a même accusé de « mettre la vie [des Turcs] en danger ».

Un petit groupe de manifestant s’est réuni cette semaine, place Taksim, au centre d’Istanbul, pour protester contre la détermination du gouvernement à poursuivre son projet de construction de centrales : « Nous ne voulons pas de centrales nucléaires ! » criaient-ils.

Pourquoi une centrale ?

Ankara maintien que la Turquie a besoin de l’énergie nucléaire pour pouvoir soutenir la croissance, éviter une pollution trop importante, et réduire la dépendance à l’égard de la Russie et de l’Iran pour l’approvisionnement en gaz naturel. Environ la moitié des besoins énergétiques de la Turquie sont couverts par le gaz, et environ un tiers par des centrales thermiques au charbon. L’économie turque est en effet très dynamique : le PIB par habitant a été multiplié par deux ces dix dernières années, et une croissance de 4,5% est encore attendue pour 2011.

Les écologistes soutiennent toutefois que la Turquie devrait investir davantage dans le développement des énergies renouvelables, comme le solaire ou l’éolien ; et qu’elle pourrait également prendre des mesures afin de construire un système énergétique plus sûr, et dont les pertes seraient minimisées.

La centrale nucléaire turque est prévue pour être construite à Akkuyu, dans la province de Mersin, sur la côte méditerranéenne du pays. Un autre projet devrait voir le jour, prévoyant la construction d’une centrale à Sinop, sur les rives de la Mer Noire. Ce sont des sociétés russes qui sont chargées du projet d’Akkuyu. Le projet de Sinop, encore en négociation, devrait être pris en charge par des entreprises japonaises. Chaque projet devrait coûter environ 14 milliards d’euros (31 milliards de lires turques).

Certes, Taner Yildiz a concédé que des leçons devaient être tirées des récents événements au Japon, et qu’elles seront prises en compte dans la réalisation des projets. Cela dit, il a insisté sur le fait que, la situation japonaise n’étant pas comparable à la situation en Turquie, jugeant que la production d’énergie nucléaire sur le sol turc sera sans dangers. « Il n’y a pas de risques de tsunami ici » a-t-il déclaré. « Et un séisme d’une amplitude comparable [à celui ayant frappé le Japon –soit d’une amplitude de 9] est très improbable en Turquie ».

Le gouvernement minimise les risques

Vu la détermination du parti au pouvoir, l’AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi – Parti pour la justice et le développement), de maintenir son projet de construction de centrale(s) malgré les risques, le sujet va probablement être un élément central de la campagne des élections parlementaires prévues pour juin 2012. Ali Rıza Öztürk, député du Parti républicain du peuple (Cumhuriyet Halk Partisi –parti kémaliste d’opposition) représentant la province de Mersin, a enjoint Taner Yildiz à s’expliquer sur ce sujet : « le ministre a-t-il des preuves qu’aucun séisme ne se déclarera à Akkuyu, ou bien Mersin est-elle seulement d’une importance secondaire aux yeux du gouvernement ? » a-t-il demandé par question écrite.

Des observateurs ont également émis des doutes quant à la sécurité du site d’Akkuyu. En effet, Necdet Pamir, expert en énergie, a déclaré au journal Vatan que le permis de construire une centrale nucléaire à Akkuyu date des années 1970 : soit à une époque où les sismologues ignoraient encore l’existence d’une faille tectonique située à environ 20 km au Nord-Est du site. Il a conclu par ces mots : « après les événements du Japon, nous devons absolument revoir ce permis de construire une centrale nucléaire à Akkuyu »

En effet, l’actuel programme nucléaire turc est la sixième tentative de doter la Turquie de l’énergie atomique. Le programme nucléaire turc remonte à 1956, date à laquelle est créé l’Institut turc à l’énergie atomique (TAEK) ; et les études pour la construction d’un réacteur nucléaire commencent en 1967. (NdT).

Source : Courrier des Balkans


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