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Nagoya : l’accélération de la commercialisation de la nature

lundi 1er novembre 2010 par anik

Les droites libérales mondiales sont vraiment décomplexées, non seulement elles détruisent tous les acquis sociaux pour asservir et exploiter toujours plus les peuples, mais elles veulent exploiter encore plus notre environnement. Voici donc plusieurs articles concernant la mise à prix de la nature qui a eu lieu dernièrement à Nagoya au Japon.

La Nature n’a pas de prix (mais une immense valeur !)

Par Fabrice Nicolino, Sylvain Angerand

Pour de nombreuses entreprises, l’objectif de la prochaine conférence sur la biodiversité à Nagoya (Japon), est d’obtenir une généralisation des mécanismes de compensation pour la biodiversité et éviter ainsi de remettre en cause leur stratégie de développement économique. L’enjeu n’est donc pas tant de protéger la planète, que de sauver le capitalisme en le ripolinant en vert. L’économie, plus aveugle que jamais, entend transformer les ressources naturelles en de quelconques objets financiers.

Le monde officiel prépare deux rendez-vous importants. Du 18 au 29 octobre, à Nagoya (Japon), aura lieu un énième sommet sur la biodiversité. Préparé par un « machin » de plus, au nom totalement incompréhensible : la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (COP-10). Le mois suivant, du 29 novembre au 10 décembre, ceux qui ont tragiquement échoué à parler de la crise climatique en décembre 2009, à Copenhague, remettent le couvert. Ce sera à Cancun, où les plages sont belles. Derrière ces rideaux de fumée, les transnationales avancent leurs pions.

Attention, ce qui suit n’est pas une fiction. L’économie, plus aveugle que jamais, entend transformer les ressources naturelles en de quelconques objets financiers. Notamment grâce à des mécanismes dits de compensation qui permettront de continuer à détruire sous les applaudissements d’une opinion bernée.

Ruée vers le carbone

Si les négociations sur le climat sont aujourd’hui dans l’impasse, c’est essentiellement parce que les pays riches refusent de réduire fortement leurs émissions de gaz à effet de serre et tentent de saboter les (rares) acquis du protocole de Kyoto (comme le principe de responsabilité commune mais différenciée). Pour autant, face à une opinion publique de plus en plus mobilisée, les gouvernements ne peuvent plus se permettre de rendre encore une copie blanche et proposent un recours massif à des mécanismes de flexibilité. Une des formes de cette dérive est l’intégration progressive des forêts et de l’agriculture dans le marché du carbone.

Generals Motors, une entreprise fabriquant les véhicules les plus polluants du monde, les fameux Hummer, a ainsi passé un accord avec l’État du Parana au Brésil pour compenser ses émissions de carbone en finançant la protection de plusieurs forêts. Conséquence : une « police verte » a été recrutée et plusieurs villageois ont été emprisonnés pour avoir coupé des arbres stockant le carbone de la multinationale états-unienne [1].

En Indonésie, Shell finance la préparation du projet de Rimba Raya, sur l’île de Bornéo, qui pourrait générer plusieurs centaines de millions de dollars de crédits carbone forestiers. Au Nigeria, l’activité de l’entreprise est combattue depuis plusieurs années par les communautés comme l’explique Nnimmo Bassey, directeur d’Environmental Rights Action et président des Amis de la Terre International : « Ici, Shell nous fait souffrir des marées noires et du torchage illégal du gaz, et est à l’origine de graves conflits avec les communautés Ogoni vivant dans le delta du Niger et cette société voudrait se racheter une bonne conduite en Indonésie ? C’est scandaleux ». Teguh Surya, directeur des campagnes de Walhi – les Amis de la Terre Indonésie – confirme : « Shell ne doit pas utiliser les forêts indonésiennes pour verdir ses crimes environnementaux et la violation des droits humains qu’elle commet au Nigeria ou ailleurs ».

L’agriculture n’est pas épargnée par les marchés du carbone. Au contraire, l’argument climatique est le nouveau cheval de Troie de Monsanto pour imposer ses OGM. La multinationale est devenue l’ambassadrice de l’agriculture de conservation et de la technique de « semis direct ». En effet grâce à l’utilisation massive de Roundup et de soja génétiquement modifié pour être tolérant à cet herbicide, plus besoin de labourer pour désherber. Non labourés, les sols stockeraient plus de carbone ce qui permettraient d’obtenir de précieux crédits carbone, en plus des bénéfices énormes provenant de la vente de l’herbicide maison et des semences qui vont avec.

La généralisation des mécanismes de compensation

La plupart des ces projets sont volontaires et ne sont pas (encore) reconnus officiellement par les Nations-Unies mais ils influencent de façon forte les négociations. Le poids économique de certaines entreprises leur donne un poids politique et une capacité d’influence très forte. Depuis une dizaine d’années, elles ont compris l’intérêt d’assister aux conférences internationales pour présenter leur projet-pilote et orienter les négociations dans leur intérêt.

Pour de nombreuses entreprises, l’objectif de la prochaine conférence sur la biodiversité à Nagoya, est d’obtenir une généralisation des mécanismes de compensation pour la biodiversité et éviter ainsi de remettre en cause leur stratégie de développement économique. L’enjeu n’est donc pas tant de protéger la planète, que de sauver le capitalisme en le ripolinant en vert. La première étape est de chiffrer la valeur des services environnementaux pour ensuite créer des actifs financiers et les échanger sur un marché de la biodiversité. Une entreprise pourrait alors compenser les impacts environnementaux d’un projet en achetant un « crédit biodiversité ».

En France, la Caisse des Dépôts et Consignations s’est déjà positionnée sur le sujet avec la création d’une filiale spécifique « CDC biodiversité ». L’une des premières missions de cette filiale a été d’étouffer la polémique autour de l’autoroute A65 Pau-Langon en proposant pour le compte du concessionnaire Aliénor près de 1400 hectares de compensation, gérés pendant 55 ans.

Contrairement à la présentation qui en est faite, la généralisation de ces mécanismes de compensation constitue davantage des freins à une transition vers des sociétés plus durables qu’une avancée. Ils permettent de légitimer de nombreux projets et politiques controversés et d’isoler ceux qui s’y opposent.

L’un des exemples les plus polémiques est celui de la compensation eau. L’entreprise Coca-Cola a été régulièrement pointée du doigt ces dernières années pour des conflits autour de l’eau avec les communautés riveraines de ses usines, notamment en Inde. Dans le village de Mehdiganj (Uttar Pradesh), l’embouteillement de la célèbre boisson nécessite 500.000 mètres cubes d’eau par jour ce qui inévitablement a conduit à un abaissement du niveau de la nappe phréatique et à un assèchement des puits. Face aux manifestations et aux menaces de fermeture de l’usine, la multinationale s’est lancée dans une grande campagne de promotion du concept de « neutralité en eau », grâce à un partenariat avec le WWF International : pour chaque litre d’eau utilisé en Inde, Coca-Cola reverse une somme d’argent permettant au WWF de restaurer une rivière ou une zone humide ailleurs dans le monde. Un programme scandaleux qui va à l’encontre du droit fondamental et universel d’accès à l’eau pour tous.

Faut-il mettre un prix à la nature pour la protéger ?

La convergence de ces initiatives s’inscrit dans une logique commune : le seul moyen pour protéger la nature serait de lui mettre un prix et de la faire entrer dans un marché. C’est toute l’ambiguïté des récentes études, comme celle de Pavan Sukhdev - qui veut chiffrer économiquement les services que proposent aujourd’hui gratuitement la nature - car elle peine à trancher le débat récurrent entre « valeur » et « prix ». Or la nature a une valeur inestimable, en particulier car la plupart des populations les plus pauvres de la planète dépendent de ses services gratuits pour vivre (alimentation, médecine traditionnelle, matériaux de construction, eau...).

Non à l’idée de mettre un prix à la nature car, mécaniquement, cela exclut ceux qui ne peuvent payer et conduit à une mise en concurrence déséquilibrée des populations locales avec des entreprises ayant une assise financière puissante.

Au-delà du risque d’accroître la main mise des multinationales sur les ressources naturelles, de nombreuses banques privées voient aujourd’hui dans la généralisation des mécanismes de compensation et la monétarisation de la nature un nouveau levier de croissance. La spéculation sur la crise écologique et le cours des denrées alimentaires constituent aujourd’hui sans doute les placements parmi les plus rentables et sécurisés. Aussi l’intérêt croissant de la sphère financière pour les nouveaux marchés des services environnementaux risque d’accélérer la privatisation de la nature et de marginaliser politiquement encore davantage les communautés locales et les peuples autochtones.

Nous appelons donc à une réorientation radicale des négociations sur le climat et la biodiversité. Toute solution passe par un renforcement du droit des communautés locales et des peuples autochtones à gérer par eux-mêmes leurs ressources naturelles et nous réaffirmons notre opposition à une privatisation et à une financiarisation de la nature.

Sylvain Angerand, chargé de campagne pour les Amis de la Terre, Fabrice Nicolino, journaliste, animateur du blog Planète sans visa

(Lire la totalité de l’article sur le site de Basta)

EN DIRECT de NAGOYA « C’est un nouvel ordre économique que l’on veut bâtir ici »

Interview d’Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité biologique (CDB) depuis 2006. Il est en charge des négociations de Nagoya. D’ici vendredi, les 193 Etats membres doivent décider d’une stratégie pour enrayer la perte de biodiversité et surtout adopter un protocole pour l’accès et le partage aux ressources génétiques.

S&A : Quel est l’enjeu du protocole en gestation à Nagoya ?

« C’est un nouvel ordre économique que l’on veut bâtir ici. » Il faut faire en sorte que les compagnies pharmaceutiques, cosmétiques et l’agrobusiness puisse avoir l’accès de façon régulière à la ressource génétique là où elle se trouve, au cœur de l’Amazonie ou au Congo, mais en partageant les avantages de l’utilisation de ces ressources avec les populations autochtones ou avec les pays en voie de développement. Avec le partage des bénéfices issus de la nature, on donne une raison aux populations autochtones de protéger ces plantes qui nous procurent du bien-être et on donne à ces hommes les moyens de le faire. Ces populations ne seront plus obligées pour survivre de couper les arbres pour se chauffer ou tuer les singes pour se nourrir. C’est un outil essentiel pour stopper la biodiversité.

Lire tout l’interview sur le site de sciences et avenir.

Biodiversité : alerte, l’ONU s’aligne sur l’OMC !

Biodiversité : alerte, l’ONU s’aligne sur l’OMC ! (1/2)

Bio-diversité : alerte, l’ONU s’aligne sur l’OMC ! (2/2)

Agnès Bertrand, co-auteur de « OMC le pouvoir invisible », et Françoise Degert, journaliste, tirent le signal d’alarme : la financiarisation de la nature rapporte aux banques en leur permettant de se garantir sur les actifs naturels. Mais elle représente un véritable danger pour la préservation des écosystèmes.

Deux articles à lire sur le site de Marianne.

Nature à vendre

par Patrick Piro pour Politis

Extrait : [...]
Le commerce est bien au cœur des débats. Deux tendances s’affirment : d’une part, la présentation de la biodiversité comme ensemble de « services » rendus à la société, dont il convient de chiffrer la valeur ou le coût de la dégradation si l’inaction perdure. C’est l’objet du rapport « TEEB », présenté à Nagoya. Et, d’autre part, le recours à la marchandisation de ces « services » au prétexte de mieux assurer leur préservation, en dehors de tout encadrement pour le moment. L’une des pratiques est le « paiement pour services environnementaux » : par exemple, des paysans reçoivent une somme pour chaque hectare de forêt qu’ils n’auront pas déboisé.

À quel tarif ? Qui financera ? La nature étiquetée en rayon, nouveau continent à conquérir pour les marchés ! Mais il y a bien plus pervers : la compensation de dommages infligés aux écosystèmes. Une entreprise minière qui détruirait l’habitat d’une espèce irait se racheter en plantant des arbres ailleurs… Une pure monstruosité du point de vue écologique et biologique. Au nom d’une marchandisation sans tabou, on vend même déjà des produits financiers permettant de telles transactions. Et rien n’interdit ensuite d’imaginer l’équivalent des criminels échafaudages boursiers qui ont fomenté la crise de 2009. Un immense scandale de « subprimes biodiversité » équivaudrait à l’effondrement des écosystèmes de la planète...

Lire la totalité de l’article sur Politis.


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