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Biodiversité animale (3ème partie)

De Antoine de Ruffray
jeudi 16 septembre 2010 par anik

Ce tour d’horizon sévère n’est pourtant pas destiné à nous décourager, mais plutôt à ne pas nous voiler la face, en simplifiant les problèmes posés. Si la situation n’est pas reluisante en Europe, on pourra constater [1] qu’elle est peut-être moins désastreuse en Afrique.

Peu d’élevages industriels, beaucoup de pastoralisme et d’agriculture paysanne ont moins entamé la biodiversité, malgré les menaces certaines d’une standardisation à l’occidentale, sous prétexte de répondre aux besoins démographiques. Car là come partout se pose aussi la question des limites de la consommation de produits carnés et piscicoles par les sociétés humaines et de leurs modes alimentaires.
Actuellement dans toute l’Europe, il faut souligner le travail patient de dizaines d’associations de conservation et de relance d’espèces jusqu’à récemment en voie de disparition, auquel il faut ajouter les efforts de nombreuses personnes dans et en dehors du monde de l’élevage : des éleveurs à la recherche d’un autre modèle d’agriculture, s’en emparent, fournissent des marchés locaux sans se plier aux standards et réussissent à confroter leurs fermes là où d’autres vont de crise en crise.
Des positions récentes témoignent d’une prise de conscience, certes minoritaire, mais qui se répand à travers les différents secteurs sociaux concernées : des représentants de 30 organisations de pastoralistes, de peuples autochtones, de petits paysans et d’ONG venant de 26 pays du Nord et du Sud, se sont réunis le 6 septembre 2007, à Wilderswil (CH) pour participer au Forum sur la diversité du bétail. En parallèle, ils critiquent sévèrement la Conférence technique internationale de la FAO sur les ressources zoo-génétiques pour l’alimentation et l’agriculture qui s’est tenue à Interlaken. Ils disent défendre leur "souveraineté alimentaire et les droits des éleveurs" et proclament : "Les organisations sociales de pastoralistes, de bergers et de fermiers ne sont pas intéressées à participer à un plan qui n’aborde pas les causes centrales de la destruction de la diversité du bétail et qui ne propose que des solutions de soutien faible à un système mondial d’élevage qui s’effondre progressivement. Puisque le Plan GLobal d’Action ne met pas en cause l’élevage industriel, nous allons renforcer notre engagement quant à nous organiser, préserver la diversité du bétail et combattre les forces négatives qui nous appriment. Néanmoins, nous conservons notre esprit d’ouverture et la volonté de participer à tout suivi qui puisse être mis en marche à travers la FAO".
En Europe, dans le même ordre d’idée, l’obligation de vacciner les ovins et bovins contre une maladie originaire du Sud, inoffensive pour l’homme et non contagieuse, la Langue Bleue ou FCO [2], a mobilisé une opposition des éleveurs dans plusieurs pays. Ceux-ci réfusent d’être dessaisis du choix des soins les plus appropriés à apporter à leurs troupeaux : ils préfèrent développer l’immunité naturelle de leur cheptel plutôt que de se laisser instrumentaliser par l’industrie pharmaceutique. En Suisse, ils ont eu partiellement gain de cause au bout d’un an. En France, pour la seconde année consécutive, ils sont plusieurs milliers, dont un certain nombre cité en justice, mais tous les jugements leur donnent raison...
Actuellement, une mobilisation dans plusieurs pays européens se met aussi en place pour faire échec à l’obligation de "puçage électronique" de tous les petits ruminants, décidée par l’UE ; plus largement, lors des Vèmes rencontres du réseau européen de semences "Libérons la Diversité !" qui se sont tenues à Graz, Autriche, du 25 au 27 mars 2010, les participants, dénonçant sensiblement le même désastre que ceux de Wildersvil, ont lancé un appel aux paysans éleveurs et pasteurs "à continuer de protéger et garantir la diversité animale créée depuis des siècles par les savoir-faire de générations de paysans : diversité des races ou des populations, diversité au sein des troupeaux..." concluant que "face à cette urgence, les éleveurs doivent se regrouper et résister ! Pour la liberté et l’autonomie des éleveuses et des éleveurs ! Pourle libre choix des reproducteurs, et des soins des animaux !"
Il est certain que ces appels sont déjà relayés sur le terrain par de nombreux paysans éleveurs, de plus en plus reconnus par une société qui retrouve avec eux, non seulement une alimentation plus saine, mais aussi des racines et des repères dont elle est de plus en plus spoliée.

Antoine de Ruffray*

*Eleveur de moutons transhumants à Longo Maï en Provence (également membre fondateur de PAISALP Association de Producteurs fermiers paysans en Haute Provence, et administrateur de la Confédération Paysanne Provence Alpes Côte d’Azur).

[1Voir pour cela l’ensemble de létude D.Planchenaut et J.P. Boutonnet, citée à propos des races, en tenant compte qu’elle a déjà plus de 10 ans.

[2Fièvre Catarrhale Ovine


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