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La fin de la puissance économique mondiale

De Robert Kurz
dimanche 12 septembre 2010 par anik

En Allemagne de l’Ouest, on célèbre le « conte d’été » d’une forte croissance trimestrielle, alimentée principalement par le succès des exportations de l’industrie automobile (tandis que les ventes intérieures se sont effondrées simultanément de 30%) et de construction mécanique. La crise est considérée comme surmontée bien que le niveau précédent du produit intérieur brut ne soit toujours pas atteint et un boom nouveau de l’économie mondiale est improbable. L’incertitude actuelle est aux Etats-Unis, la plus grande économie dans le monde. L’atmosphère s’assombrit. Ceci est principalement dû à un déphasage de l’économie mondiale, parce qu’aux Etats-Unis les programmes du gouvernement qui avaient commencé plus tôt, arrivent à échéance plus tôt. Maintenant se manifeste que cette soi-disant « reprise » marche dans le vide. D’éminents économistes parlent d’une imminente « double dip » [récession à double creux], une rechute peut-être plus bas encore dans la récession.

Le principal problème qui vient s’ajouter à la dette nationale, c’est le surendettement des ménages américains, dont la consommation représente 70% du PIB. Durant l’apogée du déficit économique en 2007, le revenu réel médian était inférieur à celui de 1970. Le pouvoir d’achat venait seulement des cartes de crédit et d’hypothèques accordées qui en grande partie ne valent plus rien. Le taux de chômage officiel a doublé pour atteindre 10%, mais il est en réalité estimé à 17%. Mais pour faire face à ce statut quo précaire, une croissance annuelle de 3% est requise, mais une réduction durable du taux de chômage serait réalisable seulement à 6-9% de croissance. C’est exclu à long terme, en particulier pour la classe moyenne qui se réduit à un rythme époustouflant. Pour être solvable de nouveau, le gouvernement des Etats-Unis devrait rembourser 6 milliards de dollars de dettes ou limiter massivement ses dépenses pendant dix ans. Cela pousserait la conjoncture plus encore dans l’abîme. Cependant une autre subvention d’Etat remet en question la solvabilité des USA, ce qui met en question la première puissance militaire mondiale. Le coût des opérations en Afghanistan, en Irak et ailleurs a augmenté depuis 2002 de plusieurs centaines de pour cent et ne peut plus être payé après l’éclatement de bulles financières avec une petite caisse.

La hargne anti-américaine qui sévit devant cette évolution, néglige le rôle de ce qui est la puissance économique mondiale pour le capitalisme mondial. Une déconnexion à long terme de la conjoncture mondiale par rapport aux Etats-Unis est illusoire. Cette structure construite au fil des décennies, fondée sur la consommation d’une puissance mondiale déficitaire ne peut pas se transformer en quelques mois en son contraire. Ni la Chine ni l’Union Européenne ni le Japon ne seront en mesure de reprendre le rôle des Etats-Unis. Cela concerne aussi la fonction de l’argent mondial. Après la fin du «  dollar-or », le « dollar-armement » est sur la touche. Le yuan chinois n’est même pas une monnaie convertible et l’euro se trouve lui-même dans une crise profonde. La perte d’une monnaie reconnue du commerce mondial et d’une monnaie de réserve aurait même les pires conséquences sur la conjoncture mondiale. Dès que la phase conjoncturelle s’équilibrera et que les programmes d’Etat de la Chine et de l’UE (ici encore aggravés par les politiques imposées d’austérité) atteindront leurs limites, une situation semblable à ce qui se passe maintenant pour les Etats-Unis touchera ces centres capitalistes. Alors, la fin effective de l’économie de la puissance mondiale qui n’est soutenue que par un fil de soie, pourrait déclencher au plus tard au cours des prochaines années, une deuxième vague de la crise de l’économie mondiale.


Robert Kurz
, 20 août 2010.

Texte paru dans Neuen Deutschland


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