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Et si, après des décennies de frustration, le clitoris prenait sa revanche ?

Écrit par Sylvain Marcelli
jeudi 21 août 2008 par anik

"La Revanche du clitoris", livre libre édité par La Musardine, cherche à en finir avec les monologues du vagin, au nom d’un principe simple mais méconnu depuis des générations : "le clitoris est bien le principal détonateur de l’orgasme féminin."

"Tous les ados savent ce qu’est la sodomie, mais beaucoup d’entre eux ne peuvent pas situer le clitoris." Ce bien triste constat, qui peut sans doute s’appliquer à nombre d’adultes, est la raison d’être du livre de la journaliste-bloggeuse Maïa Mazaurette et du journaliste-médecin Damien Mascret, édité récemment par La Musardine. Dénonçant une "excision culturelle", les auteurs s’attaquent avec virulence à l’héritage de Freud, coupable de proposer "une vision très masculine de la sexualité". Ce n’est, apprend-t-on en les lisant, qu’en 1980 que l’association américaine de psychiatrie a cessé de qualifier de "pathologiques" les femmes qui n’avaient pas d’orgasmes vaginaux.

Tour à tour scientifique (schémas à l’appui), historique et polémique, le livre n’est pas tendre avec la pratique contemporaine de la sexualité, accusée de "zapper" le clitoris, "des manuels scolaires à la pornographie, en passant par le tuning sexuel". À qui profite le crime ? Eh bien, notamment à l’industrie pharmaceutique, qui peut promouvoir "l’orgasme chimique" en faisant croire à des femmes qu’elles sont frigides…

La pénétration n’est "pas particulièrement adaptée à la jouissance"

La démonstration, condensée en une centaine de pages, est brillante… Et pose des questions qui bousculent nombre d’idées reçues. Faut-il renoncer à "l’obsession de jouissance simultanée" qui guide de nombreux couples ? Et si la pénétration n’était "pas particulièrement adaptée à la jouissance" ? C’est vrai que cette description lapidaire ne fait pas spécialement envie : "Les femmes attendent sagement, et les hommes débarquent avec leur sexe d’étalon pour les rendre heureuses"…

Selon nos deux auteurs, "les standards de la féminité sont redoutablement limités : la princesse vierge, la pute ou la maman. Prendre en main sa propre sexualité propulse immédiatement les femmes dans la case "pute", alors qu’il y a tout à gagner à être actrice de sa propre sexualité". Le livre préconise pourtant de redécouvrir "des plaisirs simples" car "toutes les contraintes que nous créons sont des obstacles à cette spontanéité qui nous ferait mieux jouir".

La sexologue Shere Hite détournait à la fin des années 70 le slogan punk "Do it yourself" en l’appliquant aux femmes pendant l’acte d’amour. Autrement dit : "La règle cardinale est de faire vous-même le maximum pour que l’orgasme se produise, sans attendre que ça vous arrive tout cuit, sans attendre non plus que votre partenaire tombe par hasard sur le point sensible." Pourquoi est-ce encore aussi subversif dans nos sociétés prétendument libérées ?


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