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Les Rroms d’Albanie : misère économique et exclusion sociale

par Mimoza Dhima
jeudi 2 septembre 2010 par Pierre

Entre 100.000 et 140.000 Rroms vivent en Albanie. Souvent objet de diverses discriminations, la majeure partie de cette population souffre aussi du chômage. Pour subsister, les Rroms font les poubelles ou mendient dans les rues. Sous-scolarisés, très peu de jeunes Rroms accèdent à l’Université. Les politiques d’intégration annoncées par le gouvernement restent des coquilles vides.

Osservatorio Balcani e Caucaso, le 25 mai 2010.

Vera Shahu attend son septième enfant. Le 8 avril 2010, elle aurait voulu célébrer avec sa famille la journée internationale des Rroms, mais elle n’avait plus chez elle que quelques bouts de pain rassis, de l’huile et des pommes de terre.

Ses enfants dorment sur un tapis par terre dans une des deux chambres improvisées et aux conditions d’hygiène très précaires, dans un baraquement en bois près du fleuve Lana qui traverse la capitale albanaise. Une vieille armoire rongée par les mites constitue le seul meuble qu’ils possèdent. « Mes fils, l’aîné de 15 ans et le cadet de 4 ans, n’ont pas d’avenir sans l’aide de l’Etat. Ils connaîtront nos difficultés ou pire encore, la vie devient de plus en plus dure », se lamente Vera, 40 ans, qui souffre d’anémie et ne dispose d’aucune protection sociale ni d’autre type d’aide.

Leurs revenus oscillent entre un et deux euros par jour grâce à la vente des canettes d’aluminium, la famille arrive à survivre en comptant sur les restes des restaurants de la ville. « Malgré la misère, je veux envoyer mes fils à l’école pour qu’ils apprennent à écrire au moins leur nom », dit Vera, qui demande au gouvernement un niveau d’éducation adéquat et une maison digne pour ses enfants.

En Albanie, la situation de Vera est celle d’une grande partie des Rroms. En l’absence de chiffres officiels, leur nombre est estimé entre 100.000 et 140.000. « Les politiques, on ne les voit qu’à l’occasion de la journée internationale des Rroms. Le 8 avril, ils viennent se faire photographier avec nous, puis le reste de l’année, ils nous ignorent », affirme Selvie Rushiti, d’origine rrom, qui travaille à l’association EFE. Face à l’indifférence du gouvernement, Selvie et certains Rroms plus « âgés », ont créé des associations qui viennent en aide aux plus besogneux. Leurs ressources proviennent des donations étrangères.

En 2003, Selvie a transformé le premier étage de sa maison en un centre préscolaire capable d’accueillir jusqu’à 85 enfants par an, alors que dans sa cour on vendait jusqu’il y a peu des vêtements d’occasion. Cette petite activité parvenait à faire vivre 120 familles rroms.

Cependant, un jour les policiers ont chassé les vendeurs et la famille de Selvie vit depuis dans la crainte que « quelqu’un au gouvernement puisse les exproprier et se servir du terrain pour construire des immeubles ». « Ils ne peuvent pas nous tuer, mais ils nous discriminent. Des 140.000 Rroms vivant en Albanie, seuls sept vont à l’Université, dont quatre qui bénéficient de bourses d’études du Conseil de l’Europe », ajoute-t-elle.

Ce sont ceux-là qui ont représenté l’Albanie au 2ème Sommet européen des Rroms, tenu le 8 avril dernier dans la ville espagnole de Cordoue. Les autres sont contraints d’abandonner les études, faute d’argent, ils arrivent à peine à s’acheter de quoi manger. 80% des citoyens albanais vivant en-dessous du seuil de pauvreté appartiennent à la communauté rrom.

« Le Premier ministre albanais, Sali Berisha, affirme que l’économie est en croissance, mais nous ne le constatons pas. Notre problème majeur est le chômage », explique Istref Pellumbi, responsable d’un atelier de couture ouvert avec l’aide de la fondation du magnat américain George Soros. 150 femmes rroms y apprennent à coudre gratuitement pendant 9 mois par an. Istref Pellumbi ajoute : « nous demandons au ministère du Travail de créer des emplois pour ces femmes bien formées et de les insérer dans la société ».

La société rrom albanaise est inquiète car la stratégie du gouvernement, telle qu’elle a été formulée en 2003 et qui visait à aider cette catégorie de population en lui procurant des maisons, du travail et l’éducation, est restée lettre morte. Pour cette raison, les Rroms albanais cherchent aujourd’hui à pousser le gouvernement à entreprendre de vraies réformes contre la discrimination, si le pays veut rejoindre l’Union européenne.

Source : Courrier des Balkans


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