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Le Parti communiste roumain renaît de ses cendres

par Romulus Georgescu
jeudi 8 juillet 2010 par Pierre

Après vingt ans de silence, le Parti communiste roumain est de retour. Le 2 juillet, l’Alliance socialiste a changé de nom et repris son identité communiste. En 2010, le décorum reste le même : Lénine, Marx et même Nicolae Ceauşescu sont invoqués pendant qu’à l’écran défilent les images des réalisations du régime « d’avant 1989 ». Face à une assistance âgée et peu nombreuse, les cadres qui défilent à la tribune croient aux lendemains qui chantent, jurant que le PCR reprendra le pouvoir dès 2012.

Adevarul, le 3 juillet 2010

Les Communistes font leur retour après 20 ans de silence et démasquent les « traîtres » : l’ancien président Ion Iliescu et l’ancien président exécutif du Parti socialiste roumain Octav Cozmâncă. L’Alliance socialiste a été rebaptisée le 2 juillet, lors d’un congrès tenu à Bucarest, pour devenir Parti communiste roumain (PCR). L’événement a rassemblé au Palais des enfants, anciennement Palais des « pionniers », quelque 200 personnes, en majorité des retraités vêtus d’habits pauvres.

D’entrée, une quasi unanimité

« Premier congrès du PCR, troisième millénaire, année 10 », voilà ce qu’on peut lire sur la banderole rouge placée derrière la tribune. Les délégués portent des écharpes rouges, décorées d’un soleil, au milieu duquel se trouve l’acronyme PAC. Les invités de marques ne manquent pas : Li Ming, conseiller auprès de l’ambassade de la République Populaire de Chine, ainsi qu’un conseiller de l’ambassade de Corée du Nord. L’ouverture est classique : on chante « l’Internationale », main droite levée, le poing serré.

Le changement de nom d’Alliance socialiste en Parti communiste a été voté presque à l’unanimité (2 abstentions) et accueilli par une salve d’applaudissements. Les camarades venus de province prennent la parole, pendant qu’en arrière plan défilent des images de réalisations du Communisme. Les allocutions ont du mal à décoller, même accompagnées d’images du barrage de Bicaz. L’un des premiers orateurs commence par la formule « Mesdames, messieurs, chers camarades ». Le dilemme est vite décelé par le président du parti, Constantin Rotaru : « Le mot camarade est un mot qui nous est cher et nous l’utilisons entre nous. Nous allons nous adresser aux autres par "mesdames, messieurs", ne faisons pas un usage démesuré de ce beau mot ».

Les traîtres montrés du doigt

Une fois les hésitations dépassées, vient le moment de l’action. « Comme disait Marx, les conditions sont mûres », rappelle le camarade Dinu en parlant du passage du socialisme au communisme avant d’affirmer que « le régime de 2012 nous invitera à reprendre le pouvoir ». Applaudissements, ravivés par des graphiques projetés montrant que les niveaux de productions les plus élevés ont été atteints en 1989, qu’il s’agisse d’agriculture, d’industrie ou de natalité.

Les citations se multiplient également à l’écran : Lénine, Marx, Walter Roman, le Maréchal Antonescu. Et, bien entendu, Nicolae Ceauşescu, « un ancien camarade à nous, abandonné en décembre parce que nous n’avons pas compris qu’il œuvrait pour notre bien », explique le camarade Costea. Un hommage est porté aux anciens membres du PCR et, à l’initiative de la salle, à la mémoire de Nicolae Ceauşescu. Le référendum sur la façon dont chaque citoyen a bâti sa fortune, demandé par le camarade Ţârlea, suscite de vifs applaudissements.

Le rituel communiste n’aurait pas été complet sans démasquages. « Les fautes du régime d’avant 1989 sont dues aux traîtres au sein même du parti », accuse le président Constantin Rotaru. Leurs noms sont dévoilés : « les événements de 1989 ont eu lieu parce que le PCR comprenait des membres comme Ion Iliescu et Octav Cozmâncă ». Une unique conclusion s’en suit : « nous devons faire en sorte que le PCR ne compte plus ce genre de membres dans ses rangs. Mieux vaut être peu nombreux, mais bons.”

Le communisme roumain, entre Ceauşescu et Dieu

Même s’ils regrettent Ceauşescu et qu’ils ont visionné des dizaines de graphiques avec les objectifs de plans dépassés, les communistes avouent qu’avant 1989 il y a eu des erreurs commises. Quelques retouches s’imposent, en particulier dans la relation avec la divinité et avec l’Église orthodoxe roumaine.

« Nous ne propageons pas des concepts athéistes, nous dirigeons les gens vers Dieu », explique un camarade. D’ailleurs, dans le livre rouge avec le programme des Communistes l’Église roumaine fait l’objet de louanges, perçues comme moyen de « propagation parmi les croyants des idées morales, des sentiments patriotiques, pour la mise en place de relations normales de cohabitation sociale et de tolérance ».

Source : Le Courreir des Balkans


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