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Kosovo : dans cent ans, il n’y aura plus de terres agricoles

Traduit par Nerimane Kamberi
vendredi 7 mai 2010 par Pierre

Face à une croissance démographique exponentielle et un exode rural en pleine expansion, la demande en terrains constructibles est très forte au Kosovo, alors que la densité de population est déjà fort élevée. En conséquence, de nombreuses parcelles agricoles sont transformées en terrains constructibles, souvent au mépris de tout cadre législatif. L’État et les agriculteurs s’inquiètent de ce processus qui semble inéluctable, sachant qu’il faut nourrir chaque jour de nouvelles bouches…

Journal Koha Ditore, le 24 mars 2010

Dans un siècle, le Kosovo va se retrouver sans un mètre carré de terre agricole. Le pays sera devenu un terrain de construction pour habitations, routes, bâtiments consacrés à l’activité économique et aux services. C’est ce que disent les données du ministère de l’Agriculture, des Forêts et du Développement rural.

Selon ce ministère, la destruction des terres agricoles au Kosovo va constituer un problème sérieux pour nourrir la population, compte tenu de l’augmentation de la population et de la diminution des terres arables. Le ministère n’a pas de chiffres précis sur le pourcentage de terres agricoles qui ont changé d’utilisation. Au Kosovo, de façon non contrôlée, chaque année, selon les données du ministère de l’Agriculture, 1% des terres cultivables sont transformées en terrain constructibles.

La situation est critique à Pristina

Un des plus grands problèmes de l’après-guerre a été que les terres agricoles n’avaient pas été cultivées. Selon la Loi sur l’agriculture, le changement de destination des terres agricoles ne peut être fait que conformément au plan d’aménagement de la commune (Plan de développement de la commune, Plan de développement urbain et Plan de régulation urbain). Ces plans devaient être préparés selon la Loi d’aménagement n°2003/2004, approuvée en 2003, complétée en 2008.

Cette loi permet un meilleur contrôle de l’utilisation de la terre et un contrôle plus sévère des constructions illégales et non suivies. Même si le gouvernement du Kosovo a tenté de mettre fin à ces nombreuses constructions sur des terres agricoles, cette tendance n’a pas diminué, surtout dans les zones situées près des routes principales et des grands centres, là où les gens estiment qu’il est plus rentable de construire un bâtiment commercial que de faire de l’agriculture.

Selon Nijazi Idrizi, conseiller du ministre de l’Agriculture, environ 600 hectares de terres agricoles sont perdus chaque année. « C’est un fait inquiétant pour nous aussi. »

« Ce problème est plus grave dans la commune de Pristina qui n’a pas encore pu mettre un terme aux constructions sur les terres arables ». Le porte-parole de la commune, Muhamet Gashi, affirme que ce changement de destination des terres était très fréquent dans l’immédiat après-guerre.

« C’est vrai qu’après la guerre les terres ont été saccagées dans la commune de Pristina. D’agricoles, elles sont devenues terrains à bâtir, bâtiments d’habitation ou commerciaux. Ces dernières années, la commune s’est plus engagée dans la protection des terres agricoles et nous pensons que nous arriverons à les préserver des constructions illégales », déclare Muhamet Gashi.

L’économiste Musa Limani considère le problème des terres agricoles comme préoccupant. « La transformation de ces parcelles en terrains constructibles est un problème qui ne peut plus être résolu. Cela a causé, et cela causera, encore de grands problèmes à l’économie du pays. »

Selon Tahir Tahiri, président de l’Association des agriculteurs du Kosovo, les meilleures terres se transforment en terrain à bâtir. « Les bonnes terres agricoles sont de plus en plus couvertes d’habitations, de routes, de bureaux. Cela est dû à l’importante augmentation de la population, de la migration de la population des zones rurales pour la ville, à l’absence de plan d’aménagement et/ou à sa non application », souligne Tahir Tahiri.

Selon lui, le processus de privatisation a nui à ces terrains qui a ont été achetés dans le but de faire du business et non pas pour les cultiver.

Un tiers de la terre agricole « propriété des coopératives » a été privatisée

La terre agricole continue d’être privatisée. Environ 60% de sa surface, appartenant aux coopératives, a été privatisée. La plus grande partie l’a été pendant l’administration de l’Agence Kosovare de bonne foi. Puis, après la prise de l’administration par les Kosovars, environ 10% des terres (3.500 hectares) ont été privatisées. Selon les données de l’Agence kosovare de privatisation (AKP), il ne reste que 15.000 hectares de terre agricole à privatiser, sans compter les pâturages de Sharr-Prodhimi à Dragash.

En ce qui concerne le marché, les données de l’AKP montrent que le prix moyen de la terre au Kosovo a tendance à augmenter. Un hectare a été vendu pour 3.000 euros. Le porte-parole de l’AKP, M. Kaloshi, précise : « Le prix approximatif des terres agricoles vendues depuis le début de ce processus jusqu’à aujourd’hui est de 3.698 euros ». Les grandes parcelles se sont vendues moins cher. Une parcelle de plus de 100 hectares a été vendue à environ 2.000 euros l’hectare. Les parcelles inférieures à 5 hectares ont été vendues 150 fois plus cher.

« Nous pensons que ces variations se sont présentées lors de la privatisation des terres publiques dans les autres pays de la région qui sont toujours en transition. Et puis le problème du cadastre non mis à jour, les problèmes législatifs, les actions judiciaires, ont pu avoir un effet sur l’évaluation des investisseurs mais malgré tout, c’est le marché qui détermine la valeur des terres mises en vente », souligne Kaloshi. 80 millions d’euros ont été rassemblés par l’AKP après la vente de ces terres.

Le dernier rapport de l’AKP précise que « l’AKP ne permet pas et ne peut permettre que l’acquéreur change la destination des terres achetées. Et cela est précisé dans tous les documents de privatisation des terres arables ». Mais selon le président de l’Association des agriculteurs du Kosovo, Tahir Tahiri, ces explications ne sont pas exactes. « Une grande partie des terres agricoles privatisées ne sont pas travaillées, car dès le début elles ont une autre destination ». Musa Limani, professeur d’économie, renforce la déclaration de Tahiri en expliquant que « les terres agricoles privatisées vont être à l’origine de nombreux problèmes. Il faut revoir leur processus de privatisation. Il y a eu de la corruption, des accords secrets, etc. Ces terres ont été vendues, mais tout le processus de privatisation a détruit l’agriculture ». Selon les responsables de l’AKP, ce processus va continuer selon les mêmes politiques de privatisation des terres agricoles, par la méthode spin-off.

C’est Vushtrri/Vučitrn qui perd le plus grand nombre de terres agricoles

Selon les données du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, sur les 10.887 km2 de la République du Kosovo, environ 577.000 hectares soit 53% de la superficie sont des terres arables, tandis que 455.000 hectares ou 41% de la superficie sont des forêts. Les 6% restants sont des terres inexploitées. 88% de la terre est propriété privée et 12% propriété de l’État. Il y a 460.000 propriétaires pour 2,3 millions de parcelles et plus de 1.300 zones cadastrales.

Selon les données des directorats communaux pour l’agriculture, de 1999 à 2007, dans seize communes qui ont présenté un rapport, environ 2.580 hectares de terres sont utilisées à une autre fin, sans autorisation des assemblées communales.

C’est la commune de Vushtrri/Vučitrn qui transforme le plus de terres agricoles en terrains à bâtir. Dans la municipalité de Mitrovica, plus de 400 hectares de terres ne sont plus cultivés, tandis qu’en troisième position on trouve la commune de Ferizaj où ont été détruits plus de 250 hectares de terres agricoles. Il n’y a pas de données pour la commune de Pristina.

Source : Le Courrier des Balkans


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