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Yougoslavie : Tito est-il le responsable de l’implosion sanglante des années 1990 ?

par M. Stojanović
vendredi 7 mai 2010 par Pierre

Le 4 mai 1980, Josip Broz, dit Tito, Président de l’ancienne République fédérale socialiste de Yougoslavie s’éteignait à Ljubljana. Depuis, la Yougoslavie a volé en éclats après avoir connu une période de conflits sans précédents sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Celui qui réussit à unifier les six peuples constitutifs et à juguler les velléités indépendantistes a-t-il jeté les bases des nationalismes en modifiant la Constitution en 1974 ? Trente ans après sa disparition, il est temps de faire le bilan de l’héritage du Maréchal Tito.

Journal Danas, le 3 mai 2010

« Josip Broz Tito a sauvegardé l’unité de la Yougoslavie, ce pays qui a représenté un mélange ethnique, confessionnel et linguistique, pendant trois décennies. Suite à son décès en 1980, les tensions ethniques latentes ont atteint leur maximum ce qui a mené aux guerres balkaniques », dit Martin Bell, analyste britannique et ancien correspondant de la BBC dans les Balkans. D’après lui, Tito avait réussi à regrouper les différents courants d’opinion sous le slogan « fraternité et unité ». Cependant, les opinions, au sujet de Tito, des citoyens issus des anciennes républiques yougoslaves restent bien divergentes.

Ceux qui se souviennent volontiers de la vie commune dans l’État communiste, sont souvent considérés comme des « yougo-nostalgiques ». L’analyste britannique remarque qu’on peut en trouver partout sur l’ancien territoire yougoslave : ce pays qui a maintenu un juste équilibre entre les grandes puissances et qui a été un des fondateurs du Mouvement des non-alignés, fut un acteur important de la scène internationale.

La Constitution de 1974 a semé les graines du nationalisme

Josip Broz Tito, homme synonyme de la Yougoslavie, est mort le 4 mai 1980. Ses funérailles ont eu lieu en présence de nombreux hommes d’État internationaux et de dirigeants politiques locaux qui le tiennent pour responsable du conflit qui a éclaté onze ans après son départ. Dans ce contexte, Martin Bell indique que Raif Dizdarević, politicien bosniaque, ancien partisan de Tito et dernier ministre des Affaires étrangères de l’ancienne Yougoslavie, considère que la Constitution de 1974 a semé les nationalismes, parce qu’elle affaiblissait la structure fédérative du pays, sans pourtant mettre en place les réformes économiques nécessaires.

Raif Dizdarević, ancien collègue combattant de Tito, affirme que les républiques les plus riches ont obtenu le soutien des électeurs, parce qu’elles s’étaient demandé s’il était vraiment nécessaire de subventionner les plus pauvres. « Au moment où nous avons décidé de décentraliser, nous avons permis aux républiques de s’exprimer au lieu de donner la chance à l’économie », dit-il.

Les paradoxes de la devise « Fraternité et Unité »

Bien que le régime titiste interdisait la démonstration d’emblèmes nationaux des républiques unies en 1945, l’analyste britannique estime que ces symboles identitaires restaient pourtant très importants pour les gens. Ainsi, affirme-t-il, « les nationalismes éveillés » représentaient la fin du rêve intitulé « la Yougoslavie unie ». Situation paradoxale, certains des affrontements les plus sanglants de la guerre en Croatie ont eu lieu au bord de la « Route de la Fraternité et de l’Unité ». L’année suivante, le même scénario de carnages a touché le « Pont de la Fraternité et de l’Unité à Sarajevo ».

Les limites des politiques identitaires actuelles

Martin Bell indique que « la légende de Tito » a disparu de la mémoire collective bien plus rapidement que d’autres personnalités historiques. L’éclatement de l’État commun a été suivi de la destruction de presque tous les monuments fédéraux, tandis que les rues qui portaient le nom du grand chef communiste ont été vite rebaptisées. Dans la ville de Sarajevo, on retrouve encore quelques symboles communistes, mais après la guerre en Bosnie qui a fait 97.000 mots ou disparus en trois ans, les peuples restent profondément divisés. Les Musulmans, les Croates et les Serbes qui vivaient ensemble n’habitent plus les uns à côté des autres. C’est le règne des « politiques identitaires ».

Conformément à la nouvelle perception, Sarajevo est décrite comme une ville musulmane, et les Serbes qui y habitent affirment que le nombre des mosquées érigées après la guerres dépasse celui de Téhéran. Les Serbes de Bosnie ont leur « État dans l’État », dont le chef-lieu est la ville de Banja Luka. Ils s’efforcent de maintenir le statut spécial proclamé par les Accords de Dayton de 1995. Bien que ces Accords aient marqué la fin de la guerre, on entend souvent dire qu’aucun progrès n’a été réalisé effectivement depuis.

Selon l’analyste britannique, le gouvernement de Bosnie-Herzégovine, dirigée par Haris Silajdžić, s’engage dans une organisation étatique proche de l’unitarisme, ce qui tient à distance les Croates et les Serbes qui se sentent menacés. En même temps, Martin Bell observe que le gouvernement de Sarajevo ne fonctionne pratiquement pas. De plus, il estime que les prochaines élections risquent de « renforcer les nationalismes ».

Les Serbes de Bosnie, mécontents de leur statut, menacent de leur côté d’organiser un référendum sur l’indépendance de la Republika Srpska, mais l’analyste britannique pense que personne ne reconnaîtrait cet État. En même temps, cette démarche de Banja Luka aurait menacé les positions musulmanes parce que « une Bosnie sans les Serbes n’est pas la Bosnie ». Martin Bell rappelle les paroles de l’ancien président croate, Stjepan Mesić, qui était allé jusqu’à proposer une intervention armée pour détruire la Republika Srpska.

En analysant les déclarations des dirigeants des anciennes républiques yougoslaves, Martin Bell conclut qu’aucun de ces pays ne pourrait se vanter « d’acquis importants après la mort de Tito », mis à part le fait d’avoir finalement réussi à signer la paix. « La Bosnie, la Serbie et la Croatie étaient les États en conflit, mais leurs histoires entrelacées représentent un lourd fardeau pour chacun d’entre eux », estime l’ancien correspondant en poste dans les Balkans.

Source : Le Courrier des Balkans


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