robin-woodard

Moldavie : le Président refuse de fêter la défaite des nazis aux côtés de l’armée russe

par Mehdi Chebana
lundi 3 mai 2010 par Pierre

« Hitler ne viendra pas à Moscou ». Les médias russes se déchaînent contre le président moldave par intérim, Mihai Ghimpu, qui refuse de célébrer, en Russie, le 65e anniversaire de la victoire contre le nazisme. « Comment participer à une parade aux côtés de l’armée qui nous a amené le communisme ? », se justifie le chef de file des libéraux, lâché par ses partenaires de la coalition gouvernementale.

Le Courrier des Balkans, jeudi 29 avril 2010

Le président moldave par intérim, Mihai Ghimpu, a annoncé, samedi 24 avril, qu’il ne participerait pas à la parade militaire organisée le 9 mai prochain à Moscou, à l’occasion du 65e anniversaire de la victoire sur le nazisme.

« Rien ne me lie à Moscou, cette parade est celle des vainqueurs, qu’iraient faire les vaincus là-bas ? », se justifie-t-il dans les médias. « Comment participer à cette parade aux côtés d’une armée qui nous a amené le communisme et qui a organisé la famine et les déportations en Sibérie ? »

Alors que le ministère de la Défense avait déjà annoncé, quelques jours plus tôt, que l’armée ne pourrait pas participer aux festivités faute de budget suffisant, cette décision a suscité une vive polémique dans l’ancienne république soviétique où vivent encore 6.000 vétérans de la Seconde guerre mondiale.

« C’est une claque pour ceux qui se sont battus pour la paix et contre le fascisme au prix de leur vie », s’indigne, dans un communiqué, le Parti des communistes (PCRM, opposition) qui s’est dit prêt à financer l’envoi de soldats moldaves à Moscou. « Pire encore, c’est une preuve incontestable que le gouvernement libéral a plus de compassion pour les vaincus que pour les vrais héros de ces batailles sans précédent contre le fascisme. »

La position de Mihai Ghimpu a été vivement critiquée jusque dans les rangs de la coalition gouvernementale, dont le Parti libéral, qu’il préside, est l’une des composantes.

« Au sein de l’Alliance pour l’intégration européenne, certains collègues ont abandonné la lutte contre les communistes pour se lancer visiblement dans un combat contre le gouvernement en déclarant, sans savoir, que l’exécutif n’avait pas d’argent pour cette parade », a regretté mardi le Premier ministre libéral démocrate Vlad Filat, lors d’une conférence de presse.

Sous pression, Mihai Ghimpu a finalement accepté que 70 soldats de la compagnie de la Garde d’honneur défilent sur la Place-Rouge, le 9 mai, aux côtés des contingents français, américain, britannique, allemand, polonais ou encore ceux des pays de la Communauté des États indépendants (CEI). Tout en maintenant son refus d’aller lui-même à Moscou...

De leur côté, les autorités de Transnistrie, cette bande de terre sécessionniste qui abritait les camps de concentration de la Roumanie pro-nazie, devraient envoyer 57 soldats au défilé, selon l’ancien conseiller présidentiel moldave, Sergiu Mocanu.

Le courroux de Moscou

En Russie, où l’ambassadeur moldave a été convoqué mercredi par le ministre des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, les prises de position de Mihai Ghimpu ont fait l’effet d’une bombe. « Hitler ne viendra pas à Moscou », titre notamment la radio Voix de la Russie sur son site internet [1], évoquant la surprise de nombreux hommes politiques moldaves et russes.

« Si ce que j’ai entendu est vrai, ce monsieur s’identifie à Adolf Hitler parce que la coalition anti-hitlérienne était dirigée contre l’hitlérisme et le fascisme », déclare Andréï Klimov, vice-président du Comité des relations internationales de la Douma, pour la radio moscovite. « D’ailleurs, toute l’humanité progressiste était au nombre des vainqueurs, alors que le vaincu c’était l’hitlérisme condamné par le Tribunal de Nuremberg pour crimes contre l’humanité. »

La radio Voix de la Russie rappelle aussi que, lors du sommet des pays membres de la CEI qui s’est tenu en octobre à Chişinău, Mihai Ghimpu avait refusé de signer les documents finaux prévoyant la proclamation de l’année 2010 « Année des anciens combattants de la Grande Guerre patriotique ». La signature du dirigeant moldave ne figure pas non plus sur le message des dirigeants de la CEI à l’occasion du 65e anniversaire de la Victoire.

De son côté, le quotidien Kommersant estime que cette affaire va un peu plus ternir les relations entre la Russie et la Moldavie : « Après une telle insulte, la Russie va causer, sans trop d’effort, de graves problèmes à Chişinău. Il suffira de bloquer l’accès des vins moldaves au marché russe, les restrictions ayant pourtant été levées récemment, ou de durcir la politique d’immigration pour les Moldaves qui travaillent en Russie. »

Les crimes de l’URSS à l’étude

En janvier dernier, Mihai Ghimpu a mis sur pied une Commission pour l’étude et l’appréciation du régime communiste totalitaire en Moldavie entre 1924 et 1991. Alors que le nombre de Moldaves exécutés, exilés ou déportés par les autorités soviétiques n’a jamais pu être établi scientifiquement (les spécialistes l’estiment autour d’un million de victimes), cette commission présidentielle devra rendre, le 1er juin, un rapport détaillé sur les mécanismes et les crimes du communisme.

Source : Le Courrier des Balkans

[1Ce titre apparait sur la version russe du site. La radio Voix de la Russie propose un titre moins tranchant pour la version française de son portail : « Les vaincus se multiplient ».


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 248 / 612456

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Monde  Suivre la vie du site Europe  Suivre la vie du site Moldavie   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.21 + AHUNTSIC

Creative Commons License